‹ Le. P. Girard et lé̕ducation par la langue maternelleChapitre 16 sur 46 · GIRARD CURÉ DE BERNE · texte numérisé non relu

GIRARD CURÉ DE BERNE

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lestants, déjà si injustes dans les jugements qu'ils portent sur l’impossibilité d’imprimer une direction morale aux institutions catholiques? » Girard finit par se laisser convaincre. C’était la première fois, depuis la réforme du xvi® siècle, qu’un prêtre catholique était autorisé à dire la messe à Berne, dans la ville de Berthold V et dans l’ancienne collégiale de Saint-Vincent.

Dans ce milieu protestant, le jeune curé de Berne sut se faire respecter et aimer. Il organisa le culte de son église avec une extrême simplicité, écartant la pompe inutile des cérémonies, le luxe des ornements. N’est-ce pas lui qui a dit : « Le catholicisme est souvent païen avec ses formulaires et ses cérémonies? » Ennemi des pratiques superstitieuses, des dévotions outrées qui, à ses yeux, défiguraient le christianisme, il était plus préoccupé de convaincre les consciences par la persuasion et la parole que de les conquérir par le vain éclat du culte extérieur. Il évitait les controverses sur les points qui divisent les catholiques et les protestants. Il recherchait au contraire tout ce qui pouvait dans les vérités évangéliques rapprocher des chrétiens de confession diverse. « Pourvu que Jésus-Christ soit prêché », disait-il!.. Il entretenait des relations cordiales avec les chefs de l’église protestante, notamment avec le doyen Ith, comme lui admirateur de Kant, comme lui ami de Pestalozzi. Il assistait aux sermons des pasteurs protestants, et eux aux siens. Une grande dame disait de lui : « Je ne connais point d’homme qui soit plus dangereux pour nous autres protestants que le P. Girard; il fait respecter sa religion que tant

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d’autres ne savent que faire haïr. » Dans ce milieu bienveillant, dont il disait : « Si j’avais ignoré la vraie tolérance, Berne me l’aurait apprise », Girard se reprenait à son rêve d’une réconciliation religieuse universelle : il désirait, il espérait, — plus assuré dans son désir que confiant peut-être dans son espoir, — la fusion fraternelle des sectes, ce qu’on pourrait appeler les États-Unis du christianisme. « Ce beau jour de la réunion, où toutes les religions chrétiennes ne feront qu’une seule famille, je ne le verrai jamais... » La conciliation étpiit le fond de son âme. Et c’est ce même ^esprit de paix, d’union, qui l’animera plus tard dans sa mission éducatrice : « Je dois être utile à toute la jeunesse, quelle que soit l’opinion des parents ».

Il y a eu dans la vie de Girard deux périodes particulièrement attachantes — et c’est d’elles que nous allons maintenant parler ; — dans son œuvre deux points essentiels : l’organisation et la direction de l’école française de Fribourg, de 1804 à 1823(1), et, depuis 1823 jusqu’à sa dernière année, la lente et laborieuse composition de son ouvrage capital. De V enseignement régulier de la langue maternelle,

Horace Mann avait quarante ans, lorsque sa nomination de secrétaire Bureau d'éducation de Boston lui permit de devenir un grand éducateur. C’est à l’âge de cinquante ans que Félix Pécaut a commencé l’organisation de l’école de Fontenay.

(i) Girard avait été nommé supérieur du couvent des Cordeliers de Fribourg, en i8o4 : c’est en cette qualité qu’il reçut des autorités de la ville le mandat de diriger l’école française de Fribourg.

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Girard, lui aussi, avait quarante ans quand il fut charg’é de diriger Técole française de Fribourg, et il était octogénaire quand il fit paraître le Cours de langue, La maturité de la vie, et même la vieillesse, avec les qualités d’expérience et de prudence qu’elles supposent, n’est-ce point l’âge le plus propice pour faire œuvre sérieuse d’éducation pratique ou théorique?

l’cEUVRE pratique du P. GIRARD.

On va aujourd’hui à Fribourg’ pour entendre le chant des orgues fameuses de son Église, et op salue en passant la belle statue que ses compatriotes reconnaissants ont érigée à Girard (1). On y va pour admirer la légère et hardie structure de ses ponts suspendus, — œuvre d’ingénieurs français, amis de Girard, — et encore pour visiter sa jeune et florissante université, ou bien son musée scolaire, le plus beau, je crois, que possède la Suisse.

On allaita Fribourg, au temps de Girard, pour voir Girard lui-même et pour visiter son école dont la renommée s’était partout répandue. C’était un pèlerinage scolaire qui se renouvelait tous les ans. D’abord de nobles étrangers, des princes et des seigneurs de tout pays : le roi détrôné de Suède,

n) La statue de Girard a été érigée le 23 juillet 1860, à Fribourg, entre le couvent des Cordeliers et les bâtiments de l’école ; elle porte une longue inscription dont voici les dernières lignes :

... Il a bien mérité de la pairie.

(Décret du Grand Conseil du 6 mars i85o.)

Au père du peuple fribourgeois,

Au protecteur de la jeunesse,

Au philosophe chrétien el au moine patriote.

Entre autres discours, le jour de l’inauguration, il y eut celui de Daguet, son disciple de prédilection, le futur directeur du journal 'Éducateur suisse.

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