‹ Le. P. Girard et lé̕ducation par la langue maternelleChapitre 18 sur 46 · SUCCÈS RAPÏDU DE L’ÉCOLE · texte numérisé non relu

SUCCÈS RAPÏDU DE L’ÉCOLE

François Naville, dans son livre De V Edueation publique publié en 1832, rendait le meme témoignag-e (1).

Girard, disail-il, avait formé une jeunesse telle peut-être qu’aucune ville dans le inonde n’en pourrait offrir une semblable. Cette classe ignorante, grossière, pleine de préjugés, <[ui fourmille partout, ne se rencontrait plus à Fribourg : on n’en pouvait du moins trouver quelques traces que chez les Ihommes d’un âge miir... Si, voyant jouer des enfants couverts de haillons, vous vous approchiez d’eux, croyant avoir affaire à de petits polissons des rues, vous étie^’tout surpris qu’ils vous répondissent avec politesse, avec jugement, avec cet accent qui exprime des mœurs honnêtes et une éducation soignée... Le mot de l’énigme, vous le trouviez à l’école...

Qu’était-ce donc enfin que l’école française de Fribourg, et comment Girard était-il parvenu à transformer si heureusement l’éducation fribourgeoise?

Notons d’abord qu’il avait réussi très vite à réunir, à grouper autour de lui tous les enfants de langue française, quelle que fût la condition sociale de leurs parents (2). L’école, il est vrai n’était point gratuite (3) ; les familles aisées payaient une rétribution. Mais c’était une école

(1) F.-M.-L. Naville, De l'Éducation publique^ 2® édition, i833, p. i58.

(2) Les enfants de langue allemande étaient instruits par l’ordre des Augustins; les filles l’étaient par les Ursulines. L’enseignement secondaire était toujours aux mains des jésuites ou de leurs hommes de paille.

(3) La municipalité de Fribourg allouait à l’école une petite subvention de 1 4co francs, qui fut portée à 2 000 en 1808. Girard ne demandait que 3o louis de traitement pour chacun de ses instituteur&.

commune, où les enfants riches se mêlaient aux enfants pauvres. Girard avait ainsi accompli, sur le petit théâtre où il lui était donné d’ag-ir, le rêve que, trente ans plus tard, Horace Mann essayera à son tour de réaliser dans les milliers d’écoles du Massachusetts : « Les murs de séparation, disaitil joyeusement, sont maintenant renversés. Destinés à vivre ensemble quand ils auront grandi, ne doivent-ils pas être habitués de bonne heure à faire ensemble l’apprentissage de la vie, à se connaître et à s’estimer? » Ce n’est pas aux États- Unis seulement que l’esprit démocratique a inspiré les grands éducateurs.

Pour assurer la fréquentation de ses classes, Girard n’eut jamais besoin de recourir aux moyens coercitifs d’une loi quelconque d’obligation. Tel était l’attrait de son école que, même avant qu’ils eussent atteint l’âge scolaire, les plus petits enfants de Fribourg aspiraient à devenir écoliers. Dans un de ses discours de distribution de prix. Girard leur disait :

Je ne vous oublie pas, chères petites créatures, qui venez avant l’âge me demander si je ne voudrais pas vous recevoir à l’école, et que je tâche de consoler par un « bientôt »; ni vous non plus, aimables petits qui vous glissez furtivement dans nos rangs et que je trouve dans les salles, à côté de vos aînés, ouvrant de grands yeux sur ce qui s’y passe, n’y comprenant rien, mais voulant néanmoins vous associer de quelque manière au travail de vos frères.

Il est à remarquer d’ailleurs que, s’il n’avait pas besoin pour sa propre école de faire édicter une loi d’obligation, — faute de place, il dut souvent refuser des élèves, et, pouréviter l’encombrement,

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