LE RAPPORT SUR YVERDOA
principes, sans dissimuler les erreurs qui l’avaient choqué dans les pratiques scolaires d’Yverdon, il met en relief tout ce que son inspection lui a montré d’intéressant et de bon. 11 rend justice à l’homme admirable qui épuisait dans sa dernière création le reste de ses forces expirantes; il ménage délicatement les susceptibilités du confrère dont il devenait le juge, et qdi attendait avec une impatience craintive l’arrêt qu’il avait lui-même sollicité (i).
Le Rapport^ malgré les imperfections d’un style lourd et embarrassé, tout plein de germanismes, est certainement un des plus mémorables documents que puisse nous offrir la littérature pédagogique : pour cette raison d’abord, que c’est peut-être la meilleure étude, la plus équitable et la plus complète qui ait été écrite sur Pestalozzi, mais aussi parce que Girard y laisse voir le fond de sa propre pensée, et y expose quelques vues générales d’une haute portée.
Il serait difficile d’analyser plus exactement les tendances principales de la pédagogie de Pestalozzi. Girard n’en distingue pas moins de sept. D’abord le principe de Vintuition^ qui veut que l’on montre à l’enfant les choses avant les mots, que l’on cultive ses sens avant de songer à former son intelligence. — Ensuite, la méthode élémentaire^ qui donne pour point de départ à l’instruction ce qu’il y a de plus simple, de plus proche et
(i) Le rapport fut mal accueilli par les collaborateurs de Pestalozzi, malgré toutes les précautions que Girard avait prises pour ne pas blesser leur amour-propre. Niederer et quelques-uns de ses collègues constituèrent même une sorte de tribunal vehmique où le nom de Girard fut voué à l'anai berne.
de plus connu , et cela, en toute matière. Pour chaque enseig’nement Pestalozzi cherche au début un premier élément, quelque chose de très petit et de très familier, pour y nouer le fil de l’éducation. — La gradation est le troisième grand mot de la méthode pestalozzienne, et il faut entendre par là que les études ne doivent pas aller par sauts et par bonds. Il est nécessaire qu’elles ne s’élèvent que progressivement, comme les lerltes productions de la nature : l’intelligence de l’enfant étant « comme la tendre fleur, qui n’est d’abord qu’une graine, insensiblement s’accroît, montre ses feuilles, laisse voir son bouton, ouvre enfin son sein, et s’épanouit ». — Mais s’il convient que le programme des études soit réglé d’après un ordre gradué et bien ménagé, il n’importe pas moins que le travail de l’élève suive progression lente^ qu’il n’avance d’un degré que quand il est fermement assuré du degré précédent. Gomme le disait Rollin, « les enfants apprendront assez vite s’ils apprennent bien ». — La cinquième tendance de la méthode de Pestalozzi, une des plus caractéristiques, c’est qu’elle fait appel au travail personnel, kVinvention de l’élève : « Il est singulier, disait Girard que l’on ait eu l’air quelquefois de vouloir dessiner dans l’esprit de l’enfant comme le peintre dessine sur sa toile, et former un cœur plein de vie, comme le ciseau du sculpteur façonne le bois et la pierre inanimée. » C’était aussi la maxime favorite de Rousseau : « Émile invente tout, même sa religion; il est en toutes choses son propre instituteur ». — Un sixième cara«dère, noté pai* Girard, c’est qu’à Yverdon, le plan de Pestalozzi, circon-