LE BUT ET LE MOYEN
moinsdansses procédés d’enseignement. Il yavait dans son esprit deux points fixes, deux idées préconçues : celle du but à poursuivre, l’éducation morale et religieuse de l’enfant fondée sur le développement de son intelligence et de toutes ses facultés ; et celle du moyen principal à employer, l’étude delà langue maternelle. Pour tout le reste, Girard cherchait. Il empruntait volontiers les idées des autres, et prenait son bien où il le trouvait (1). Ce n’est pas surprenant que Cousin, le chef de l’éclectisme philosophique, l’ait pris en affection : il était, lui, un éclectique en pédagogie. Toujours à la recherche du mieux, il travaillait, il retravaillait sans cesse les cahiers d’exercice qu’il remettait à ses collaborateurs pour les guider dans leurs leçons : «Dès 1805, j’avais rédigé, dit-il, des tableaux de lecture et d’orthogTaphe ». Mais il s’aperçut que ces premiers essais n’étaient pas mis au point. Il se reprochait d’y avoir laissé passer un grand nombre de mots que des commençants ne pou-' vaient comprendre : il les retoucha, il les perfec^ tionna, instruit par l’expérience. Ce n’est pas un paradoxe de dire que ce sont les enfants qui en partie nous enseignent la vraie pédagogie. En vivant avec eux, en observant les difficultés que rencontre, pour être fructueux, l’enseignement qu’on leur donne, on se rend compte des défauts de la méthode qu’on pratique : on les corrige, on ^ imagine de nouvelles manières plus pénétrantes^
' plus appropriées, d’ouvrir leur esprit et de former
(i) C’est ainsi qu’il s’inspira du Manuel de l enfant, publié en 1796 par rabl)é Sicard, lorsqu’il fît rédiger pour son écoie ,des livres élémentaires de lecture et de calcul.
58 L’ŒUVRE PRATlUüE DU P. GIRARD.
leur cœur. Les élèves sont souvent les éducateurs de leurs maîtres.
Ce qui fait bien voir combien l’esprit de Girard était peu fermé aux innovations, c’est l’empressement avec lequel il adopta, en 1816, le mode d’enseignement mutuel, après avoir pratiqué pendant onze ans l’enseignement simultané. Ce fut le livre de Lasteyrie, le Nouveau système cV éducation pour les écoles primaires^ qui le lui révéla. D’emblée, Girard fut conquis. Il écrivait, en 1816, qu’il y avait dans le nouveau système «les éléments d’une transformation scolaire des plus heureuses », que « c’était un présent du ciel », qu’il en attendait « les plus grands bienfaits ». Et il n’hésita pas un instant à appliquer dans son école la méthode « à la Lancastre», comme on disait en Suisse. Lorsque en 1819 le D. Bell vint le visiter, « l’incomparable D. Bell », comme il l’appelait, celui-ci, tout triomphant de voir son système si parfaitement suivi, s’écria avec ravissement, après avoir inspecté l’école : « C’est une école de Madras, c’est une école de Madras !... »
On sait quel fut pendant d’assez longues années, au début du xix® siècle, l’engouement qui favorisa l’extension de l’enseignement mutuel. Sous la Restauration, les libéraux français l’adoptèrent avec enthousiasme. On en serait surpris, si l’on ne considérait que le système en lui-même et ses mérites très relatifs. Mais les circonstances expliquent la vogue dont il jouit, quelque peu justifiée qu’elle nous paraisse aujourd’hui.
Une belle ardeur pour l’instruction s’était alors emparée des esprits. On voulait répandre « les