‹ Le. P. Girard et lé̕ducation par la langue maternelleChapitre 25 sur 46 · ÉDUCATION MORALE · texte numérisé non relu

ÉDUCATION MORALE

Mais ce n’est pas seulement au point de vue de l’instruction que Girard prisait l’emploi du mutualisme. L’éducation morale, croyait-il, y trouvait aussi son compte. L’institution des moniteurs, outre qu’elle favorisait le travail, l’activité continue des élèves, lui paraissait être une sorte d’introduction, d’initiation à la vie sociale, comme une morale en action. Les élèves instructeurs prenaient des habitudes d’ordre, d’attention, de tra'vail (1). Oblig és de répéter le lendemain à leurs plus petits camarades ce qu’ils avaient appris la veille, il leur fallait faire plus d’efforts pour bien comprendre et pour bien retenir leurs leçons, et surtout le sentiment de la responsabilité s’éveillait en eux, celui de la fraternité aussi. A ceux qui lui reprochaient d’exciter la vanité et l’org’ueil chez les enfants, chez ceux du moins qu’il investissait des fonctions de moniteur, Girard répondait que par là il développait simplement le sentiment légitime de supériorité de celui qui sait sur celui qui ne sait pas. Il pensait aussi que l’enseig-nement mutuel est une école d’amitié, d’amour pour nos semblables. « Aimer Dieu, disait-U, c’est notre premier devoir, mais combien je désire qu’on puisse vous inspirer aussi de l’amour pour tout ce qui est humain ! Il est si doux d’aimer!... Pour moi, je ne vois pas de spectacle plus réjouissant dans le monde que celui d’enfants

(i) En 1817, on chanta, à la distribution des prix, des vers en l’honneur de l’enseignement mutuel, des vers dont l’iiitenlion valait mieux que la forme, comme le prouvera cet échantillon : Ohî qu’il est beau de voir un tendre enfant Environné de sa mobile classe !...

Vous instruisez, vous formez les petits A leur travail et à l’obétssance

^ G. CoMPAYRÉ. — Le P. Girard,

entourés d’autres enfants qu’ils considèrent comme autant d’amis et de frères, au bien desquels ils travaillent sérieusement; qui, ayant à blâmer parfois, d’autres fois à louer, demeurent calmes, patients, et qui, leur tâche accomplie, redeviennent écoliers comme les autres. »

Ce n’est pas ici le lieu d’instituer à fond une étude critique de l’enseignement mutuel. Observons simplement que Girard, en l’adoptant, s’exposait, contrairement à ses principes, à faire de l’enseignement un pur mécanisme.

Son illusion était analogue à celle de quelquesuns de nos contemporains, quand ils traitent les enfants des écoles primaires en petits philosophes, et qu’ils discutent gravement la question de savoir de quelle façon il faut leur présenter les questions politiques et sociales. L’erreur est la même, quand on veut ériger en professeurs des écoliers de dix ou douze ans. L’instructeur, quelque intelligent et appliqué qu’il soit, ne peut être quun perroquet qui répète du bout des lèvres, et de mémoire, le peu qu’on lui a appris. Girard oubliait qu’il faut savoir beaucoup pour enseigner un peu.

Girard procéda d’ailleurs avec une extrême circonspection dans l’org^anisation de son enseignement mutuel. Il l’essaya d’abord, en juin 1810, dans la classe élémentaire, celle des tout petits; ])uis dans la classe la plus élevée, celle des plus grands ; et, ayant constaté le succès de celte double expérience, il ne se fit aucun scrupule de généraliser la méthode, et de l’appliquer dans toutes les classes. Ajoutons qu’à l’école de Fribourg le mutualisme ne fut jamais absolu. C’était ce que Gi-

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