LA DISCIPLINE
rard appelait lui-mcme «un enseig'iiement mutuel mixte ». Chacune des quatre classes avait son maître, son instituteur, et la part de Tenseig'nement simultané était ainsi réservée.
Girard appliquait le système muluel, non seulement à l’enseig'nement, mais à la discipline ellemême : discipline douce d’ailleurs, d’où il avait proscrit les châtiments corporels, et où il n’admettait pas non plus les écriteaux infamants des écoles de Lancaster. La police de la maison était confiée à de petits tribunaux d’écoliers, à des jurys d’enfants. Devant eux comparaissait l’élève fautif : il se défendait. Puis ses camarades délibéraient, votaient, ^et le maître de la classe sanc^ donnait, s'il y avait lieu, la sentence rendue. La punition principale consistait dans l’inscription au « livre noir ». «Mettre la force de l’éducation dans le châtiment qui cause de la douleur, c’est, disait Girard, aigTir l’élève, le éondamner à la servilité et à n’être jamais homme. » Et encore : « Comprimer dans l’enfant sa nature vivante et les épanchements spontanés d’une âme qui veut se mettre à découvert, c’est le rendre dissimulé et chag'rin... Élevés dans la crainte, les enfants donnent des brutes.» Pour conduire ses élèves, Girard comptait surtout sur l’action de la bonté du maître, sur l’attrait de l’étude, et aussi sur l’effet personnel de la volonté de l’enfant. C’est bien déjà l’esprit moderne de liberté qui était le principe de sa discipline scolaire.
Il ne proscrivait pas d’ailleurs les récompenses,, mais il les voulait simples, et qu’on n’en abusât pas:
« Etablir pour le mérite des distinctions qui puissent
éblouir la faible vue de l’enfance, c’est lui insinuer l’idée de paiement et tourner vers la vanité le ressort le plus noble, le plus puissant, de la nature », c’est-à-dire l’émulation. Sur ce point Girard ne s’entendait nullement avec Pestalozzi.
• A Yverdon la règle était : « Faire le mieux qu’on peut, et non pas mieux que les autres. » C’était aussi le principe cher à Rousseau. Girard est d’une autre école : il maintient que l’émulation est innée à l’homme, et qu’il est plus sage de diriger cet instinct vers son but que de l’ignorer. A Pestaiozzi, qui disait que « l’émulation est dangereuse et corruptrice », il répondait avec sa modération habituelle : « Ces expressions sont un peu sévères » ; et il faisait finement remarquer qu’à Yverdon Pestalozzi lui-même, malgré l’austérité dont il se targuait, ne négligeait pas, quand on annonçait l’arrivée d’un visiteur^ de faire paraître devant lui ses meilleurs élèves, et d’inscrire ensuite leurs noms sur un tableau démérité, si par leurs réponses ils avaient fait honneur à leurs maîtres. A Fribourg, Girard distribuait des médailles aux élèves qui se distinguaient, et il obtint de la Chambre des écoles et du conseil communal qu’il y aurait chaque année une distribution solennelle des prix.
Ce n’est pas de lui que pourront se réclamer les prétendus réformateurs qui, de nosjours, veulent supprimer ces distributions, sous le vain prétexte qu’elles sont une olTense au principe d’égalité, comme si ne devaient pas toujours subsister l’inégalité du travail et du mérite, et par suite la nécessité des distinctions et des récompenses. Il y aura toujours, croyons-nous, tant qu’il y aura des écoles.