GIRARD ET FRANÇOIS NAVILLE
des distributions de prix ; mais il n’y aura pas souvent pour les présider des orateurs aussi éloquents, aussi instructifs, que l’était Girard dans ses allocutions annuelles.
A mesure que les années marchaient, le succès de l’école allait grandissant. Et ce n’était pas seulement un succès local. Les nombreux visiteurs que recevait Girard, une fois rentrés chez eux, devenaient parfois ses imitateurs et ses disciples. Un peu partout, dans les cantons de la Suisse, on fondait des écoles sur le modèle de celle de Fribourg. Des « Girardines p, comme on les appelait, s’ouvrirent à Neuchâtel, à Zurich. Quand Girard alla visiter celle qu’on avait établie à Berne, il déclara avec joie qu’elle était la digne fille de celle de Fribourg. Le conseil académique de Lausanne, en 1818, déclarait que les « Girardines » étaient supérieures à toutes les autres écoles, au point de vue du développement intellectuel en général, et en particulier des leçons de langues.
Le pasteur François Naville, qui, en 1832, dans sonlivre deV Education /9^^ô/^^^^e,exposera avec une sympathie fervente les idées et les méthodes de Girard^ les avait prises à son compte et appliquées dans son pensionnat de Vernier. Comme Girard, il estimait que le mode mutuel favorisait le développement des facultés, et se prêtait, par la mobilité de sa classification, à toutes les exigences qui peuvent naître de l’inégalité des intelligences. Comme Girard, il pensait encore qu’il faut trouver une étude qui puisse servir à elle seule de gymnastique intellectuelle, et que cette étude était celle de la langue maternelle.
L’influence de Girard rayonnait par delà les fronlièrés de la Suisse : en Italie surtout, à Milan, à Florence, à Gênes, et en France, à Lyon. Et, pendant ce temps, elle était minée, combattue dans son propre pays par les ennemis irréconciliables de l’instruction, qui ne pardonnaient pas à Girard son succès, et qui trouvèrent pour le perdre toute sorte de raisons perfides.
Girard, dans son école, s’était réservé renseignement relig’ieux : trois catéchismes par semaine. C'est dire l’importance qu’il y attachait. Et cependant ce prêtre pieux, si sincère dans sa piété, devint suspect: il fut accusé d’irrélig'ion, traité de schismatique, soupçonné d’hérésie. L’ordre des Cordeliers tout entier fut menacé dans son existence. Rappeler les jésuites, chasser les cordeliers, c’était le rêve d’un certain nombre de Fribourgmois, appuyés par la nonciature et par l’évêque de Lausanne, Jenny.
Aux attaques dirigées contre lui, et qui rappellent celles dont les orthodoxes américains devaient, quelques années plus tard, accabler le libéralisme d’Horace Mann , Girard ne répondit pas avec l’âpreté courroucée du fier et indépendant Ang*lo- Saxon.
Quelques mots vifs lui échappèrent cependant, quelques cris d’impatience, quand il lui arrivait, par exemple, d’appeler ses adversaires « des drôles àfacepieuse »,ou de dire : «Les chouettes n’aiment pas la lumière. » Horace Mann parlera lui aussi « des hiboux qui voudraient, parce quïls sont aveug'les, que le soleil ne se levât jamais ». Mais l’attitude énérale de Girard Uit le calme, dig'ne et froid,