‹ Le. P. Girard et lé̕ducation par la langue maternelleChapitre 31 sur 46 · ATTAQUES CONTRE GIRARD · texte numérisé non relu

ATTAQUES CONTRE GIRARD

d€ respirer Tair; car assurément, avant d’arriver à vous, il est passé sur des pagodes et des mosquées...

Mais, pour couvrir tous ces griefs qu’on n’osait pas toujours déclarer, il fallait un prétexte qu’on put mettre en avant pour condamner Girard : on le trouva dans l’enseignement mutuel. Les memes raisons qui avaient appelé sur l’enseignement mutuel les sympathies des libéraux devaient déterminer contre lui l’inimitié des ultramontains, des cléricaux de ce temps-là. D’abord, puisq ue ce mode d’enseignement était si cher aux esprits avancés, aux adversaires de la religion, on ne pouvait que s’en défier et le tenir pour suspect; et, puisqu’il passait pour favoriser la diffusion de l’instruction, il fallait le combattre et le proscrire. On allait jusqu’à dire que c’était « une méthode abominable, inique, calculée pour la destruction du trône et de l’autel ». L’évéque de Lausanne (1), dans la lettre qu’il adressa le 25 février 1823 au gouverneur de Fribourg, et par laquelle il ouvrit les hostilités contre Girard et contre son école — après les avoir couverts de louanges dans sa lettre de 1817, — l’évêque condamnait la méthode de Bell et de Lancaster, pour beaucoup de raisons, quelques-unes pédagogiquement justes, mais aussi pour ce motif divertissant que dans les classes des écoles mutuelles il y avait trop de bruit. « Le bourdonnement inséparable de l’application de cette méthode nuit à l’éducation des enfants...

(i) L’évêque de Lausanne était l’instrument des jésuites et de leurs amis. Il suffit, pour en être convaincu, de lire le passage de sa lettre où il s’en défend : « Les révérends pères jésuites sont absolument étrangers à la détermination que nous avons prise... » 11 ne faut pas oublier que, dès i8i8, la Société de Jésus avait repris officiellement possession du collège de Saint-Michel.

G. CoMPAYRÉ. — Le P. Girard' 5

La religion demande le silence!... )r L’idéal était toujours celui de la Salle et des Frères des écoles chrétiennes : « Il faut parler le moins possible. »

1823 fut pour Girard Tannée néfaste (1). En même temps qu’il était dépossédé de sa chère école, il voyait disparaître sa mère bien-aimée, qui mourut le 23 juin. « Je perdais à la fois ma mère et mes enfants. » Ce fut un double déchirement. S’il eût été le maître des événements, il eût certainement achevé sa vie dans l’école de Fribourg-, celle qu’il -avait bien le droit d’appeler « mon école », puisque c'est lui qui l’avait faite. « Le perfectionnement de cette école, disait-il dans son discours de 1818, est Tœuvre de ma vie. Je désire y consacrer le reste de mes jours... Vous l’avez entendu, mes enfants; j’ai promis de vivre auprès de vous et de mourir à votre service. » Les passions politiques et relig-ieuses en décidèrent autrement. Le vent de réaction qui soufflait en France, au temps de la Restauration, avait passé les frontières, pour renverser jusqu’en Suisse les œuvres de l’esprit de liberté.

Girard ressentit avec amertume le coup qui le frappait. Des cris de douleur lui échappèrent : « On m’a chassé avec ig-nominie... » Pourtant il se résigna. Stapfer, qui représentait alors la Suisse auprès du g“OUYernement français, lui offrit une situation h Paris. Mais, fidèle à son pays, Girard refusa.

Restez dans votre patrie, lui répondit Stapfer, qui comprit les motifs de son refus; restez au

(i) C’est le 4 jiRn Grand Conseil de Fribourg se

prononça. 11 y eut 79 voix contre l’enseignement mutuel et par conséquent contre Girard, 35 pour. Girard donna sa démission le (j Juin, et ses cinq collaborateurs le suivirent dans sa relraile. Sur les instances de Girard, ils reprirent peu à peu leurs fonction.s.

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