‹ Le. P. Girard et lé̕ducation par la langue maternelleChapitre 34 sur 46 · LA GUAMMAIIIE DES CAMPAGNES · texte numérisé non relu

LA GUAMMAIIIE DES CAMPAGNES

maire qu'u marcher par les lois de l’équilibre. La mère a rendu l’enfant attentif à ce qu’il voit, à ce qu’il touche ; elle a eu soin de lui montrer chaque objet, en meme temps qu’elle en prononçaitle nom. Il faut procéder de même, dans la mesure du possible, pour l’étude ultérieure de la langue ; il faut que l’enseignement scolaire ressemble à une conversation familiale, et qu’on emploie pour lalangue maternelle elle-même cette méthode directe qu’on applique aujourd’hui avec succès à l’enseignement des langues étrangères.

De très bonne heure. Girard avait conçu ses méthodes grammaticales et esquissé son œuvre définitive. Dès 1821, il publiait sa Gramynaire des campagnes [i)^ destinée aux écoles rurales. Pour de petits paysans qui, dans leurs familles, ne parlaient guère que le patois des villages, il était besoin d’un livre spécial, << calculé sur les besoins particuliers de la jeunesse des campagnes ». Et Girard l’avait rédigé, tout pénétré de son amour pour l’enfance, « en se mettant près d’elle et pour ainsi dire à sa place ». Peu de définitions, peu de règles.

(i) La Grammaire des campagnes, au moins la première partie, la seule qui ait été publiée, parut en 1821, approuvée par le Conseil d’éducation de Fribourg. Girard, dans son avis préliminaire, nous apprend qu’il avait eu pour collaborateur M. Romain de Warro. Il s’était aussi inspiré, sur certains points, des idées du célèbre abbé Gaultier, dont les Leçons de grammaire avaient été publiées à Paris en 1787, et qui, plus tard, après un long séjour en Angleterre, devint, lui aussi, un chaud partisan de l’enseignement mutuel.

La Grammaire des campagnes était utilisée en maint endroit, même dans de grandes villes. On s’en servait, par exemple à Lyon dans l'école protestante de filles, et avec un tel succès que les inspecteurs royaux qui la visitèrent en i83i déclaraient que, de toutes les écoles qu’ils avaient vues, c’était celle qui donnait les résultats les plus Svatisfaisants. Ils firent décerner une médaille d’honneur à la directrice.

rien que des exercices oraux suivis de devoirs écrits. Pas de savante et pompeuse terminologie. C’est par l’usage que les jeunes Suisses doivent apprendre la langue française, « la langue de l’Evangile et de la loi », afin de devenir des chrétiens et des citoyens. Et l’éducateur perçait déjà dans l’humble grammairien. 11 recommandait sa méthode, parce que, disait-il, elle forcerait la jeunesse à la réflexion et développerait son jugement. « L’éducation, disait-il, nous l’avons toujours devant les yeux. » Presque toujours Girard joignait un exercice moral à l’exercice grammatical. « Ce n’est pas sans doute ici une morale suivie et raisonnée , mais c’est un appel perpétuel à la conscience. » Pour inculquer plus fortement une idée morale esquissée dans une proposition. Girard la faisait passer par toutes les personnes du temps du verbe qu’elle contenait, estimant que cette répétition, six fois renouvelée, la graverait mieux dans l’esprit; et non sans quelque naïveté encore, selon que dans sa phrase il était question d'une vertu ou d’un défaut, il la faisait suivre d'une lettre de l’alphabet, B ou M [Bien ou 3Ialj.

« L’ingrat oublie son bienfaiteur (M). »

« Les élèves respectent leur maître (B). »>

Ce serait exagérer l’admiration que de qualifier « d’ingénieuse et de profonde » la psychologie de Girard, comme le faisait son ami François Naville; mais pour diriger un éducateur, mieux vaut une psychologie meme médiocre, meme mauvaise, que

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