LA PSYCHOLOGIE DU P. GIRARD. S
pas de psychologie du tout. Celle de Girard est im peu courte, simple et simpliste : elle permet de le classer parmi les philosophes de l’école écossaise et de l’école spiritualiste française. Comme Cousin, et avant lui, il parle du vrai, du beau et du bien. D’après lui, les facultés intellectuelles qu’il salue comme autant d’entités, de puissances distinctes, auraient pour origine le « sens », et il entend par ce mot le sens intérieur aussi bien que les autres. Excitée, stimulée par le « sens», l’intelligence entre en jeu : son rôle est de saisir les rapports, la liaison des objets que l’expérience lui présente. Elle est dominée par deux grands principes , deux lois souveraines qui constituent la raison, et qui sont le principe harmonie le principe de cause suffisante. Le premier exerce son empire sur. toutes les pensées, pour en exclure la contradiction, et y établir l’accord; le second, qui est à peu près l’équivalent de la raison suffisante de Leibnitz, oblige l’intelligence à concevoir l’enchaînement des causes et des effets. Au sens et à l’intelligence s’ajoutent deux autres facultés, la mémoire et l’imagination : — la mémoire, qui doit toujours être la mémoire des choses, si l’on veut qu’elle soit utile, et qu’il faut soumettre à cette règle : ne faire apprendre aux enfants que ce qu’ils comprennent; — l’imagination, qui est la faculté d'inventer, et à laquelle on est surpris que Girard attribue toutes les inventions de la science, comme si le raisonnement n’existait pas et ne jouait pas le rôle principal dans les recherches et les découvertes scientifiques.
L’intelligence, aux yeux de Girard, était la fa-
culté maîtresse. « Nous agissons comme nous aimons, et nous aimons comme nous pensons. » C’était sa maxime favorite^, la devise de sa pédagogie. L’intelligence est la source des bons sentiments, qui seront eux-mêmes le principe des bonnes actions. «Les vérités nourrissent les nobles etpures affections. » Parla, Girard entrait déjà dans la voie où s’engage de plus en plus la pédagogie moderne, quand elle cherche dans la vérité scientifique le fondement de la morale. Il subordonnait la volonté au sentiment, et le sentiment à la pensée. Pour faire l’honnête homme^ qui ne veut que le bien, on ne peut pas atteindre directement la volonté ; il faut donc agir sur elle par l’intermédiaire des sentiments, et les sentiments euxmêmes, on ne les forme que par le développement de l’intelligence.
La tâche serait d’ailleurs facile, si l’on admet la psychologie complaisante de Girard, qui croit n’avoir à relever dans la nature humaine aucun instinct primitivement mauvais. Tous les penchants hostiles, « l’envie, la jalousie, la vengeance, la haine )),'ne sauraient être d’après lui des tendances naturelles , puisqu’ils sont mauvais et qu’ils ne pénètrent pas le cœur de tous les hommes. Égaré par sa bonté indulgente, Girard ne croit pas au mal dans l’humanité, ou n’y croit que le moins possible ; et cependant il s’en faut que les hommes aient toujours été bons et bienveillants à son égard.
Il y aurait à recueillir dans les essais psychologiques de notre auteur plus d'un détail intéressant, entre autres ses aperçus si fins sur le rôle