‹ Le. P. Girard et lé̕ducation par la langue maternelleChapitre 36 sur 46 · PSYCHOLOGIE DE L’ENFANT. S · texte numérisé non relu

PSYCHOLOGIE DE L’ENFANT. S

de rimaginalion dans le développement de la sympathie. Paul Janet ne taisait que répéter Girard, lorsqu'il s’attachait à montrer que pour compatir aux peines d’autrui, pour fondre notre vie dans celle de nos semblables, il Tant savoir se représenter vivement leurs sentiments et leurs soullrances.

Louons aussi Girard d’avoir esquissé quelques traits de la psycholog-ie de l’enfant, délicatement observés, sauf peut-être que, dans ses illusions optimistes, il le voit lui aussi trop en beau. Ainsi il spiritualise trop tôt le sourire enfantin, où il prétend, dès six mois et même avant,* trouver la preuve que l’enfant a déjà idée de la bonté de sa, nourrice, tandis qu’il ne faut guère y voir encore que l’expression de l’appétit satisfait.

, Où Girard a vu juste, c’est lorsqu’il se représente l’intelligence, non comme une faculté toute faite dès la naissance^ mais comme un germe que l'éducation développe peu à peu. Il y a, disait-il, deux théories de psychologie pédag’ogique, fausses l’une et l’autre, si elles restent exclusives : celle des partisans de l’instruction à outrance qui ne songent qu’à accumuler les connaissances, à meubler l’esprit, sans s’inquiéter de savoir si l’esprit est déjà formé; et celle aussi des « forgerons de l'âme », comme il les appelle, qui ne se préoccupent que de cultiver les facultés, de les étendre et de les fortifier en elles-mêmes, sans leur fournir les connaissances appropriées, qui seules cependant peuvent les nourrir et les développer. La vérité est dans l’association de ces deux tendances, dans l’effort d’un éducateur avisé qui fait servir l’enseignement positif des divers éléments du savoir

humain à l’exercice et par suite au développement harmonieux de toutes les facultés. Ce résuttat, que les humanistes attendaient autrefois de l’étude des lang-ues mortes, Girard compte l’obtenir par l’étude de la seule langue maternelle, dont l’enseignement régulier assurera l’acquisition des qualités intellectuelles, l’ouverture, l’aplomb, c’està-dire l’attention, et enfin la justesse de l’esprit, qui est la condition de la droiture du cœur.

Girard, médiocre psychologue, il faut l’avouer, était-il un meilleur moraliste ? Théoriquement, son optimisme l’aveuglait. A travers la pureté et l’élévation de sa propre conscience, il n’entrevoyait pas toutes les difficultés du problème moral. Il estimait que Kant était allé inutilement chercher bien loin le fondement du devoir. Il le trouvait, quant à lui, dans la nature même, dans le besoin d’ « harmonie » qui est « l’ame de notre âme ». Dès qu’il y a accord entre notre manière d’agir et l’objet auquel faction se rapporte, il y a moralité. Mais précisément il s’agirait de savoir comment et en vertu de quelle obligation, de quelle loi, cet accord doit et peut s’établir. Là-dessus Girard reste réellement confus et superficiel. L’ « harmonie » ne se réalise pas aussi aisément qu’il le suppose. En cela, d’ailleurs, et très modestement, il ne pensait pas avoir fait une découverte. Il faisait honneur de sa propre doctrine à Épictète, d’abord, et à son Manuel^ ensuite aux Anglais Clarke et Wollaston, à l’Allemand Wolf, qui tous, plus ou moins clairement, auraient accepté le même principe dans leurs théories morales.

Pratiquement, le « moraliste de Fribourg » prend

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