‹ Le. P. Girard et lé̕ducation par la langue maternelleChapitre 37 sur 46 · LA MORALE DU P. GIRARD · texte numérisé non relu

LA MORALE DU P. GIRARD

sa revanche. Ce serait, par exemple, une ingénieuse marche à suivre, pour qui veut moraliser un enfant, que de procéder comme Girard recommande de le faire. « Ramenez l’enfant, dit-il, jusqu’à son berceau ; établissez ensuite avec lui le compte couimntàe ce qu’il doit à ses parents, compte qui augmente tous les jours, d’heure en heure, et qu’il ne pourra jamais acquitter complètement. Faites de meme le compte de ses obligations envers la société, des bienfaits dont il lui est redevable. Et le résultat sera, si vous avez su d’ailleurs éveiller son intelligence, qu’il deviendra un bon fils et un bon citoyen. »

L’éducation morale est la grande préoccupation de Girard. Et voilà pourquoi chacun des exercices de sa grammaire tend à être une leçon de morale. On peut sourire de cette idée qui lui est propre qu’on apprendra la vertu par la conjugaison des verbes. En conjuguant au singulier et au pluriel, aux trois personnes, à tous les temps et à tous les modes, les devoirs de la morale et les vérités de la religion, on apprendrait à les bien connaître et à les pratiquer I Mais comment ne pas être touché de l’intention, quelque naïf que soit le procédé qu’elle inspire à Girard?

Girard ne pensait pas que l’homme fût capable d’un désintéressement absolu; par suite il ne le détournait pas de la recherche du bonheur ; mais le secret du bonheur, c’est la vertu : « Pour devenir heureux, il faut commencer par devenir bon. »

Girard savait aussi que l’enfant, dans son initiation au devoir, a besoin d’être soutenu, encouragé, loué, et que sa faiblesse et sa fragilité doivent être

secourues par des maîtres justes et bienveillants. «L’enfant de sept ans porte au fond de son ame l’indélébile amour de la vérité et du bien; mais cet immense trésor, il le porte dans un vase de terre... »

Pas de cours de morale didactique, pas de leçon excathedra, « J’ai deviné le fond de votreméthode, disait à Girard un instituteur g'énois qui avait visité l’école de Fribourg : c’est la morale et la religion que vous avez essentiellement en vue, mais vous vous y prenez comme si vous faisiez tout autre chose, quasi aliud faciendo. »

Girard mêlait la morale à tous les enseignements. Toutes les parties du programme des études devaient en être imprégnées. Le titre même de Cours éducatif suffit à révéler la pensée maîtresse de son auteur. La langue, avant tout, est l’instrument de l’éducation, la clé qui ouvre l’esprit et le cœur de l’enfant. Mais les autres enseignements peuvent aussi concourir au même but. Il n’y avait pas Jusqu’à l’arithmétique que Girard n’enrôlât dans sa campagne éducative. Il avait rassemblé un volumineux recueil de problèmes qui portaient sur la famille, sur la société, sur la patrie ; il y faisait, pour ainsi dire, toucher du doigt aux élèves les avantages de l’ordre, de l’économie, de la propreté, du travail, et les conséquences funestes des défauts opposés. Et l’évaluation chiffrée de ces conséquences serait, d’après Girard, une leçon indirecte de morale, plus efficace que tout enseignement direct.

D’après mon intime conviction, tout ouvrage élémentairii •pour l’enfance doit être un moyen d’éducation. S’il se borne

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