ÉDUCATION MORALE
à donner aes connaissances..., je puis approuver l’ordre et la vie tiuc l’auteur a mis dans son travail, mais je no Euio pas content de lui. Je suis même blessé de ne troavbr qu’un maître de langue, d’histoire naturelle et de géographie, quand j’attendais quelque chose de plus grand : un instituteur de la jeunesse formant l’esprit pour former le cœur...
Et ailleurs :
Il n’est pas un seul objet dans l’instruction des enfants qui, entre des mains tant soit peu habiles, ne puisse plus ou moins servir à Téducation. Chacun d’eux offre son tribut... Recevoir ces diverses offrandes, les réunir et les mettre au service des sentiments honnêtes, nobles et généreux, tel est, à mon avis, le grand devoir de l’instituteur, la grande pensée de son art : je voudrais l’appeler sa pensée mère.
Girard recommandait le dessin à cause de son utilité pour la classe laborieuse, pour les professions industrielles ; mais il le considérait aussi comme un élément de culture morale, parce qudl développe le g*oût et éveille le sentiment du beau.
La g-éographie, elle encore, peut devenir une école de patriotisme et de vertu. Elle se prête merveilleusement « à la sublime intention » ; et pour le prouver Girard avait écrit Y Explication du plan de Fribourg, Il y appelait l’attention des enfants sur les bienfaiteurs de leur ville natale, afin de leur proposer des exemples de bonté, et il rattachait h la description des édifices publics des leçons de justice et d’humanité.
Quelque effort qu’il fasse pour rattacher aux exercices de son Cours de langue toutes les connaissances nécessaires. Girard veut bien reconnaître pourtant que les propositions qu’il y a entassées ne peuvent suffire pour une instruction
complète. Ces milliers de phrases isolées, qui portent successivement sur la famille, sur la société, sur le g*enre humain et les ditférents pays, sur la nature et sur Dieu, ne peuvent être qu’une initiation, une ébauche. Le Cours de langue ne fait que glaner dans ce champ immense » ; il ne saurait lout embrasser; il ne peut prétendre se substituer là l’enseignement spécial des diverses sciences. Par suite. Girard admettait que des enseignements distincts de la géographie, de la physique et de l’électricité, de la zoologie, même de l’astronomie, devaient accompagner ou précéder le cours de langue .
Girard ne s’est pas contenté d’exposer sa doctrine dans son livre V Enseignement régulier de la langue maternelle: dans les quatre volumes du Cours éducatif, il a appliqué sa méthode. C’est à Paris que le Cours fut imprimé et publié, avec Laide de deux collaborateurs, Rapet et Michel.
Rapet(l) mérite de ne pas être oublié dans les annales de l’éducation française. Et ce n’est pas seulement parce qu’il a été le collaborateur de Girard, ni parce que nous devons à son zèle de bibliophile la précieuse collection de livres qui a formé le fonds de la bibliothèque du Musée pédagogique : c’est aussi parce qu’il a su, en 1850, devant la commission qui préparait la loi Palloux, défendre avec énergie les instituteurs et l’Université. C’était un homme simple et doux, plutôt timoré dans ses opinions. En sa qualité de directeur de l’école nor-
(t) Rapet (Jean-Jacques) était né dans l’Ain en 1800. De 1861 à 1869, il a été inspecteur général de l’enseignement primaire. Il lait entré en relations avec Girard dès i838. par l’intermédiaire de F. Naville. Il lui fit visite à Fribourg en i844-
RAPET Eï MICHEL.
male de Périgiieux, puis d’inspecteur primaire à Paris, il était à môme de déposer avec compétence dans l’enquête ouverte sur la situation de l’enseignement primaire. Dans un écrit qu’il avait publié en 1847, il constatait le manque de foi religieuse chez un grand nombre d’instituteurs. Mais, devant la commission, où soufflait avec violence l’esprit de réaction, il se porta garant de leur moralité; il insista sur la nécessité de faire appel à leur dignité personnelle, au risque de développer en eux quelque mouvement d’orgueil; il affirma qu’on exagérait, quand on parlait de leur adhésion en masse au socialisme, qu’on exagérait encore, quand on leur reprochait leur hostilité contre les curés, alors qu’il fallait tenir compte aussi de l’hostilité des curés contre les instituteurs. Bref, après l’avoir entendu. Cousin dit : « Gela est excellent ! » et Thiers, qui marchait alors avec la réaction : « Cela est détestable ! ».
Michel a joué lui aussi un rôle assez important dans l’histoire de notre éducation nationale. Il était enfant de l’Ain, comme Rapet ; et l’on ne peut s’empêcher de remarquer qu’ils sont nés l’un et l'autre sur les frontières de la France, et que le département de l’Ain est limitrophe de la Suisse, pas loin de Fribourg, le lieu de naissance de Girard.
Michel a dirigé à Lyon, de 1823 à 1835, une institution prospère, où l’enseignement, établi sur des principes religieux, s’inspirait des idées et des méthodes de Girard. Puis il s’installa à Paris, et, dans le premier numéro du journal V Éducation pratique^ qu’il fonda en 1833, il publia une biographie de Girard. C’est lui qui présenta le Cours
éducatif k l’Académie française. Il méritait bien que le ministre Falloux, lorsqu’il constitua le 4 janvier 1849 une commission extra-parlementaire pour préparer un projet de Joi sur l’enseig nement, l’y inscrivît avec ce seul titre : « Michel, collaborateur du P. Girard (1). »
La préparation de l’œuvre avait été long-ue : la publication ne marcha pas vite non plus, comme en témoigne la volumineuse correspondance que Girard échangea avec Rapet, de 1838 à 1848 (2).
Plusieurs fois Girard fut sur le point de. se brouiller avec ses deux collaborateurs parisiens, qui ne cessaient de lui demander des modifications dans le texte, afin de mieux approprier le livre aux écoles françaises. IJ ne les avait autorisés qu’à corriger ses fautes de style, ses germanismes. Pour le fond, il restait intraitable, et ne soufiVait aucun changement. Il ne voulait à aucun prix d’une adaptation à la française. D’autre part, voyant approcher le terme de ses jours, il avait hâte d’en finir, et il se plaignait, comme Rousseau, de la lenteur de ses éditeurs. Il allait même jusqu’à suspecter leur bonne foi : « Cette impression tarde scandaleusement. On dirait qu’elle a été confiée à des
(i; Louis Michel, né en 1795, mort a Dijon en 1874, élève du colîège de Belley, fut d abord professeur de rhétorique au Puy et à Moulins. Il s’établit à Lyon en 1828, et y fonda la Société d'édacalion et d’enseignement qui existe encore. Douze ans après, il s’installa à Paris ; il y publia le journal l’Éducation pratique, puis l’Éducation, avec Rapei, Eugène Rendu. Sous l’Empire, il fut professeur à l’école Turgot.
(2) La première partie du Cours éducatif parut en janvier i845 ; la seconde en i84b; la dernière en 1848.
(8) Girard, d’ailleurs, rendait justice à Rapet et appréciait les services qu’il lui rendait ; « Je remercie le Ciel de m’avoir donné