‹ Le. P. Girard et lé̕ducation par la langue maternelleChapitre 7 sur 46 · AMOUH DE LA NATURE · texte numérisé non relu

AMOUH DE LA NATURE

pu obscurcir les yeux, voiler le regard d’iir cénobite. Il n’en fut rien. Sans doute, dans sa Idi spiritualiste et chrétienne, Girard, à travers les beautés de la création, cberchail surtout et voulait atteindre le Créateur; mais il s’attardait volontiers en route. Tl ouvrait la fenêtre de sa cellule sur i’univèrs, et il ne voulait pas seulement qu’on l’admirât, qu’on en jouît; il voulait qu’on le connût, qu’on l’étudiât scientifiquement.

Dans un de ses discours de distribution de prix, en 1822, il insistait sur l’importance d’initier les enfants à la connaissance de la nature (1). Il y parlait, non sans poésie, « de l’animal que l’enfant caresse, de l’insecte qui bourdonne à ses oreilles, ^ de la plante qui charme ses yeux, du ruisseau qui coule au bout du jardin, de la colline qui borpe l’horizon... » Ses compatriotes rendirent hommage à son savoir naturaliste, lorsque, en 1843, ils l’appelèrent à présider la Société d'histoire naturelle de Fribourg.

Épris du beau dans les œuvres de la nature. Girard ne l’était pas moins dans les œuvres de l’homme. Les arts ne lui ont pas été étrangers. Dans sa jeunesse, il cultiva la peinture, la musique. Sa voix était belle^ comme la voix de sa mère. Et ce musicien qui jouait du violon, du piano, est resté architecte toute sa vie (2). C’est sur des plans

(1) Un livre de lecture qu’il mit aux mains de ses élèves de l’école de Fribourg comprenait une histoire des arts mécaniques et des exemples tirés de Thistoire des animaux.

(2) François Naville affirme aussi que « le sens poétique et l’art de la versification ne lui faisaient pas défaut ». On aimerait à en avoir d’autres preuves que les vers enfantins qu’il faisait réciter aux distributions de prix de l’école de Fribourg (V. plus loin, p. 6i.)

LE CARACTÈRE DU P. GIRARD

qu’il avait dressés que plusieurs riches bourgeois de Fribourg construisirent leurs maisons. Et s’il rêvait pour son pays des écoles spacieuses, aérées^ • claires et riantes, il en traçait lui-même le plan, en particulier celui de la nouvelle école de Fribourg, reconstruite à la place de l’ancienne qui tombait de vétusté, et qu’il inaugura avec joie en 1819, sans se douter que Fintolérelnce aveugle de ses adversaires l’en expulserait quatre ans plus tard.

Ce n’est pas au collège des jésuites de Fribourg, don-t il fut l’élève pendant six ans, de 1775 à 1781, que Girard est redevable du développement de son esprit. Il n’y apprit guère qu’un peu de latin, par de mauvaises méthodes. Les Pères ne parvinrent pas à accaparer cet adolescent d’humeur indépendante, qui, toute sa vie, sous son humble robe de bure, conserva la dignité hère d’un libre esprit, désireux de penser par lui-même et incapable de déguiser ce qu’il pensait. La Compagnie de Jésus devait plus tard lui faire une guerre incessante. Elle le dénonça plusieurs fois comme un hérétique au pape Pie VIL Elle réussit à faire planer sur lui et sur l’ordre des cordeliers tout entier la menace des foudres de l’Église. Girard, à qui n’échappait point l’hostilité secrète de leurs intentions malveillantes, jugeait ses anciens maîtres avec une sévère liberté : Avide de domination, écrivait-il, cette Société ne souffre personne à côté d’elle, et, semblable à la taupe, elle marche sous terre, pour ronger sourdement ce qu’elle veut détruire à son profit. » En 1775, les jésuites étaient encore les maîtres de l’enseignement à Fribourg. Le pape

Page 1