‹ Le pacha à mille et une queuesChapitre 19 sur 22 · II · texte numérisé non relu

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plutôt que (le faire un ujensonge, vous pouvez croire à la vérité de mes paroles. Prenez ma vie, seigneur;, et je vous bénirai ; car j'ai perdu voire amour, et votre amour m'était plus cher que la vie.

— Ah! Zara, répondit le sultan, je vous aime plus que jamais.

— Je suis bien aise de vous entendre parler ainsi, seigneur, quoique je ne sois plus à vous, et que je ne puisse plus vous appartenir, je n'en suis plus digne. Ma personne a été souillée par le contact des esclaves d'Ethiopie, dégradée par la main de l'exécuteur et par un châtiment qui n'est dû qu'aux félons. Je vous demande comme une dernière preuve de tendresse de prendre une vie qui est pour moi un fardeau.

Tout despote qu'il élait, le sultan fut ému; il était humilié d'avoir cédé à sa colère, et il avait repris toute sa passion pour moi; il me supplia de lui pardonner, versa des larmes sur mes souflrances, baisa mespiedsenflés, et s'humilia à un tel point devant moi, que mon âme fui attendrie, car je l'aimais toujours tendrement.

— Zara! s'écria-t-il enfin, ne voulez-vous pas me pardonner?

— Seigneur, me suis-Je jamais montrée jalouse? Le véritable amour est au-dessus de la jalousie. Ce soir, pour vous plaire, quoique vous me né-

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gligeassiez depuis longtemps^, n'ai-je pas invité votre nouvelle favorite ? En retour je* fus insultée par votre froideur et par vos attentions étudiées à son égard. Je fus piquée, je l'avoue, et je m'en vengeai, car je ne suis qu'une femme. J'eus tort; mais ayant dit la vérité, j'eus raison ensuite de ne point la rétracter. Maintenant que vous m'avez dégradée, maintenant que vous m'avez rendue indigne de vous, vous demandez que je vous pardonne!

— Oui, je vous le demande à genoux, Zara!

— Voilà mes bijoux , seigneur, je n'ai pas d'autre bien que ce que j'ai reçu de vous comme présents, votre trésorier le sait bien. Prenez-les, seigneur, et offrez-les à celle que vous aimez, ils la rendront plus belle à vos yeux, et ils me sont inutiles à présent. Allez la rejoindre, et dans quelques jours vous aurez oublié que la malheureuse Zara, l'objet de vos froideurs et de vos mépris, ait jamais existé. Après avoir prononcé ces mots, je fondis en larmes, je soulfrais de le quitter; car, qu'est-ce qu'une femme ne pardonnerait pas à l'homme qui a obtenu ses faveurs, et qui possède son amour?

— Que puis-je faire pour vous prouver mon repentir? Dites-le-moi, Zara. Je vous ai suppliée, (|ue puis-je faire de plus?

— Seigneur, effacez toutes les traces, tout sou-

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venir de ma (Icgradalioii. Ne l'us-jc pas frappée par (Jeux vils esclaves (pii vont me rendre la fable de la ville? IS'ai-je pas été renversée sur terre par l'exécuteur du harem? Ces bras qui ont entouré avec amour le maître du monde, n'ont-ils pas été attachés par lui?

Le sultan frappa des mains et le kislar aga parut.

— La tête des esclaves et celle de l'exécuteur qui ont infligé le châtiment, s'écria le sultan.

Une minute plus lard le kislar aga reparut, il voyait que je l'emportais encore et tremblait pour sa vie. Il montra trois têtes l'une après l'autre, et les replongea dans le sac rempli de sciure de bois dans lequel elles avaient été apportées.

— Êtes- vous satisfaite, Zara?

— Oui, pour moi, mais non pas encore pour vous. Qui est-ce qui vous a persuadé de renoncer à votre dignité et de vous abaisser jusqu'au point de suivre les instigations delà méchanceté? Qui estce qui vous a conseillé la bastonnade? Comme femme, je suis trop fièrepour être jalouse d'elle, mais comme amie de votre dignité et de votre réputation, je ne puis consentir à laisser près de vous un aussi dangereux conseiller. Vos femmes, vos omras, vos princes, seront à sa merci. Votre trône sera renversé, si vous la laissez ainsi prendre avantage de son pouvoir.

Le sultan hésita.

— Sultan, vous pouvez choisir; si elle existe dcmainje serai morte; vous savez que je n'ai jamais menti.

Le sultan frappa de nouveau dans ses mains. ~ Sa tête, dit-il en hésitant, lorsque le kislaraga parut. Le kislar aga attendit un instant, afin de s'assurer s'il ne serait point rappelé; car, avec les despotes, une exécution trop prompte est presque aussi dangereuse qu'un délai. Il lut dans mes yeux, que si ce n'était pas la tête de ma rivale, ce serait la sienne à lui; il quitta l'appartement, et quelques minutesaprès il apporta, la tenant par ses longues tresses, la tête de la belle Circassienne.

J'arrêtai mes yeux sur ses traits encore empreints d'elï'roi, et je fus satisfaite. Je lis un signe de la main, et le kislar aga sortit.

— Maintenant, Zara , me pardonnez-vous?

Croyez-vous que je vous aime sincèrement ?ai-je obtenu mon pardon ?

— Oui, seigneur, je vous crois, je vous pardonne tout, et maintenant.... je vous permets de vous asseoir près de moi et de baigner mes pieds.

— Depuisce jour je repris mon empire, et mon pouvoir devint plus despotique que jamais. J'insistai pour qu'il me permît de refuser ses visites, lorsqu'il ne me conviendrait pas de le recevoir : et lorsque je m'imaginais (pi'il y avait le plus léger

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