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1, 24 octobre 1724. Affaires étrangères : Bruxelles. 2. Mémoires anecdotiques du comte, de Bonneval. Affaires étrangères.
» tinue qui ne l'empéchait cépendant pds dé sortir : l'Empereur paraissait dans les plus grands embartas; on ne voyait qu’espions dans la ville et dans les maisons; l'Empereur voulait savoir ce que nous éctivions à nos cours et on. ôuvrait toutes nos lettres! ».
Enfin la préssante insistance du prince qui avait été le plus ferme soutien de son empire triompha dés scrupules de Charles VI; il confirma l'atrêt avec tüne résignation tristé qui ressemblait À un pressentiment. Bonneval subit sa peine, puis quitta l'Autriche, ne cherchant plus qu'un moyen de satisfaire son implacable ressentiment et prêt à l’accepter de toutes mains. |
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Il se retira d'abord à Venise. Cette ville était alors en politique un port franc. Elle accüeillait volontiers les étrangers de touté provenance,. offrant une hospitalité facile aux persohnages de marque éloignés de leur pays par quelque disgrâce et incertains de l'accueil
1. Lettre de M. Du Bourg, chargé d'affaires, en date du 23 février 1725. Affaires étrangères : Vienne, 1725.
qu'ils trouveraient ailleurs. Bonneval y demeura deux ans, menant grand train, toujours aimable et fêté. En même temps il négociait avec diverses puissances auxquelles il songea successivement à offrir ses services. Son pre- ‘ mier mouvement fut de retourner en France, mais, si le gouvernement du Roi ne refusait pas de le recevoir, il ne consentait pas à l’employer‘. [1 s'adressa alors à l'Espagne, qui, tout occupée d’un rapprochement avec l’Autriche, ne se soucia point de mécontenter cette dernière en accueillant l'ennemi personnel du ‘prince Eugène. Bonneval se retourna du côté de‘ la Pologne; là encore. l'influence autrichienne dominait et l'écarta. Ainsi les inimitiés puissantes qu'il s'était attirées le tenaient à peu près bloqué dans Venise. Une seule voie restait ouverte devant lui, celle qui conduisait vers l'Orient ; elle pouvait le mener au but suprême de ses désirs, c’est-à-dire à cette vengeance éclatante qu'il prétendait tirer de l’Autriche; il s'y précipita. Dans l'été de 1729, il s’'embarque à Venise sur un navire léger avec une dizaine d'hommes, d’abord d’anciens serviteurs restés fidèles à sa fortune, car il inspirait des dévouements enthousiastes non moins que des haines sans merci, puis quelques aventu-
1. Affaires étrangères : lettres du secrétaire d’Etat Morville au duc de Richelieu, ambassadeur à Vienne, en date des 16 mai et 6 juin 1726.
riers. L'un deux, qui sé disait ingénieur, avait
inventé des bombes asphyxiantes, et cherchait
un gouvernement disposé à employer son in-
dustrie. En cet équipage, Bonneval traverse PAdriatique, aborde à Raguse, s'engage dans les âpres sentiers dela Dalmatie, puis, après un difficile voyage pendant lequel il faut éviter les détachements impériaux qui battent en tous sens la contrée, se trouve enfin en pays turc. I atteint Sérajevo, capitale de la province ottomane de Bôsnie. Là le pacha accueille les fugitifs avec l’affabilité grave des musulmans, mais non. moins poliment, les empêche de passer outre jusqu’à ce que le sultan ait statué sur leur sort.
En entrant en Turquie, Bonneval avait un
plan parfaitement arrêté. 11 ne songeait nul” lement à embrasser l’islamisme ; cet acte, en
le faisant immédiatement sujet de la Porte [ L.
aux yeux des musulmans, l’éût livré à eux sans conditions et jeté sous leur dépendance absolue. Or, il comptait leur offrir bien moins ses services que son alliance ; il n’entendait obtenir d'eux que la permission d'or-
ganiser sur leur territoire et avec leur aide
sa guerre privée contre l'Empereur. Il se créerait d'abord des intelligences parmi tous les ennemis que l'Autriche avait conservés dans les pays récemment ajoutés à son empire, Hongrie, Transylvanie, Valachie orientale; puis,
profitant de l'inévitable instant où la guerre se rallumerait entre l'Empereur et le Turc, il attirerait à lui les mécontents de toutes ces provinces, en ferait une armée qu’il lèverait, instruirait, et conduirait lui-même. Se jetant alors dans les états autrichiens et ne’ demandant aux forces ottomanes que de lui servir de réserve et de point d'appui, il s'efforcerait de soulever la Hongrie et ses dépendances contre l'Empereur, puis de se tailler une principauté dans les pays qu'il aurait arrachés à son ennemi ; il s'y établirait en maître sous la suzeraineté nominale de la Porte, et donnerait ” ainsi satisfaction à cette soif tout à la fois d’indéperidance et de domination qui formait le double et impérieux besoin de son âme. Bien qu'il ne demandât pour le moment que la faculté de préparer. l'avenir, il ne se dissimulait point quelles difficultés lui opposerait l’indolence ottomane, mais il espérait les surmonter grâce à un précieux appui. Il: était convaincu que ses projets répondaient si bien aux visées de la politique française, traditionnellement hostile à l'Autriche, que notre ambassadeur ne pourrait manquer de lui servir auprès de Ja Porte d'introducteur et de répondant. Il comptait négocier avec les Turcs par l'entremise et sous la médiation de la France. Aussi, dès qu'il se vit arrêté en Bosnie, son premier soin fut-il d'écrire au marquis
de Villeneuve, énvoyé de Louis XV à la cour du sultan. |
D'un style incorrect et saccadé, cette lettre
semble écrite sous un souffle de colère; pourtant l’homme s’y peint tout entier, avec sa vigueur de penséé et son assurance superbe :
Votre Excellence jugera bien, dit-il, qué les injustices et l’ingratitude de la maison d’Autriche m'ont piqué au vif. Mon désir est de "sérvir les Turcs et d'attraper, si je puis, en même temps quelque pays aux dépens de la Hongrie ». 11 développé ensuite ses pro-
jets, demande à l'ambassadeur de le faire appeler à Constantinople, puis ajoute : « J'aurai
l'honneur de parler plus amplement là-dessus à Votre Excellence quand j'aurai celui de la voir, et j'espère que la nouveauté de voir un homme de ma qualité et de: mon rang offrir ses services aux Turcs ne la préviendra pas contre moi. Elle comprend bien que je ne ‘suis pas assez fort tout seul pour me venger de l'Empereur. Je fais donc comme les petits souverains, je cherche des alliés puissants, et J'espère qu'avec un tel allié, si l’on veut me croire, j'aurai le plaisir avec lé temps d’une vengeance entière... Au surplus, Mon-
» siéur, tant de papes et de rois catholiques se » sont alliés aux soudans sarrasins et aux em-
pereurs turcs, qu'il faudrait que je fusse un sot pour en avoir du scrupule. Nos princes
ne s’allient-ils pas tous les jours avec des souverains protestants, lesquels notre Eglise condamne et traite sur ce point comme les
. musulmans ? Comme je suis guéri des pré-
ventions de ma nourrice, ma conscience et mon honneur ne me reprochent rien làdessus, et si je puis ôter à l'Empereur la Hongrie, qui est le séminaire de ses armées, et le réduire à ses pays héréditaires, je rendrai un grand service au Roi, car les états s’agrandissent en abaissant leurs rivaux autant que par les conquêtes, et il m'en re-
» viendra beaucoup d'honneur et sans doute
encore de profit. Ce sont là mes desseins ;
il me faudra quelque temps pour préparer
les choses et attendre patiemment une conjoncture favorable, mais le coup n'en sera que plus sûr,si l'on ne précipite rien, et comme je ne manque ni de génie, ni d'étude, ni de courage, ni d'expérience dans la guerre, peut-être réussirai-je. Îl est certain aussi que si l’on ne tente pas de ces entreprises, elles ne se font pas toutes seules, et que celles qui ont réussi jusqu'à présent ont dû presque toutes leur origine à des particuliers qui avaient de la conduite et de la bravoure. — Signé, le général comte de Bonnevalt ».
. Lettre du comte de Bonneval au marquis de Ville-
neuve en date du 29 juin 1729. Affaires étrangères : Turquie, 1729.
Les circonstances ne se prétaient guère à l’accomplissement des désirs de Bonneval. Le sultan Achmet et son grand-vizir Ibrahim étaient tous deux pacifiques à l'excès. La Turquie, gravement éprouvée par sa dernière guerre avec l'Autriche, voyant en outre cet état prendre une nouvelle force en Orient par l'étroite union qu’elle avait contractée en 1726 avec la Russie, s'était rangée à un système politique qu’elle adopte souvent après une lutte malheureuse ; se rapprochant de ses vainqueurs de la veille, elle paraissait rechercher l'amitié ou même jusqu’à un certain point la tutelle de l'Autriche, et achetait ainsi quelques années de repos. En accueillant Bonneval, elle eût craint d'éveiller les susceptibilités ombrageuses des deux cours impériales. Néanmoins, il est probable qu’au cäs où la France eût réclamé le fugitif comme son sujet et l’eût pris sous sa protection, le grand-vizir, le laissant venir auprès de Jui, ne se fût pas refusé à l’écouter. La France allait-elle user de son crédit en Orient pour ouvrir à Bonneval le chemin de Constantinople : ?
Le marquis de Villeneuve demanda des instructions à son gouvernement ; la réponse fut. défavorable. Le ministère du Roi, dirigé alors par le cardinal de Fleury, consentait bien à fournir des armes à la Turquie contre l’Autriche, mais en cachette, et à condition que sa
bonne réputation devant l'Europe chrétienne n’eût point à en souffrir. Or, il faisait trop peu de fond sur la prudence et la discrétion de Bonneval pour ne point le considérer comme le plus compromettant des complices. D'ailleurs, c'était toujours à ses yeux un transfuge de nos armées, sans droit désormais à se réclamer du nom de la France. « Il est devenu, écrivait » le secrétaire d'Etat Chauvelin, un homme du » sort de qui Sa Majesté ne peut, ne doit et ne » veut point entendre parler !. » Villeneuve
__ reçut donc la défense expresse de s'occuper de
lui-et même de répondre à ses communications. La France s'abstenant, la Porte se trouva moins embarrassée pour obéir aux suggestions de l'envoyé allemand, qui lui préchait la défiance à l'égard de Bonneval; elle donna l’ordre qu'on le retint en Bosnie dans une demi-captivité.
Plus tard, Bonneval devait reprocher amèrement à la France et à son représentant de l’avoir ainsi délaissé. Il paraît pourtant que cet abandon, s’il le réduisit dans la suite à de dures extrémités, eut pour premier effet de lui sauver -la vie, et qu'à cette époque le séjour de Constantinople lui eût été fatal. Le bruit de sa fuite s'était promptement répandu en Europe, où le prestige de son nom était tel que les puissances