Id
3. Toutes les pièces relatives à la querelle avec Prié se trouvent aux Archives des affaires étrangères : Bruxelles, 1724. Une partie a été publiée dans les Afémoires, et dans le recueil intitulé : Pièces intéressantes et peu connues pour servir à l’histoire, Bruxelles et Paris, 1781-
discipline et manqué à l'Empereur dans la personne de. son représentant; bien plus, il avait compromis ce monarque envers la France et l'Espagne en donnant aux imputations mal- -veillantes de la maison de Prié contre une princesse de Bourbon un irréparable éclat. Il est probable néanmoins que Charles VI se fût contenté de lui infliger une peine légère, ‘tant il lui portait d'amitié, tant il attachait de prix à ses services, si Bonneyal n’eût promptement aggravé sa faute par une suite de violences. Mais le traitement dont il a été l’objet l'a courroucé, et chez lui le rebelle reparaît. Au lieu de se défendre, il menace; du fond de la citadelle d'Anvers, il écrit à l'Empereur des lettres hautaines dans lesquelles il lui demande une satisfaction pour la reine d'Espagne, la suspension des pouvoirs de Prié et la mise en jugement de ce gouverneur. Sa témérité va jusqu’à se réclamer de la protection des puissances étrangères contre son souverain ; profitant de la réunion à Cambrai d'un congrès chargé de régler d'anciens différends entre l'Espagne et J'Autriche sous la médiation de Ia France, il s'adresse officiellement aux plénipotentiaires pour lés inviter à poursuivre la réparation de l’outrage fait à une maison royale, à réclamer des explications auprès de la cour de Vienne, à évoquer l'affaire - au tribunal de l'Europe. Ses factums demeurés
sans réponse, il change de plan, ne désespère point de gagnér à lui seul sa cause auprès de l'Empereur et compte ÿ réussir à forcé d’audace. Comme le prince Eugène appuie de son crédit la fortune chancelante des Prié, il lui déclare ouvertement la guerre et se croit assez puissant à Vienne pour triompher du premier personnage de l'Etat. Ayant reçu l’ordre de se rendre dans la forteresse du Spielberg, en Moravie, tandis qu’un conseil de guerre examinera sa conduite, il obéit, se présente, accepte d'être jugé, mais. sous la condition qu'Eugène ne fera point partie du tribunal; il s'est arrêté en chemin pour lui écrire une lettre, chef-d'œuvre d’insultante ironie, qui contient à la fois une récusation et un défi :
« Je me flatte, Monseigneur, a-t-il dit, con- » naissant votre probité et l'honneur qui vous » guide, que vous serez très content que je ÿ vous délivre par une récusation très bien » fondée des soins frivoles de juger de nos » différends... Ce serait profaner un temps » aussi précieux que le vôtre que de l’em- » ployer à d'aussi chétives bagatelles... Jai » lieü de craindre que la présence de Votre » Altesse Sérénissime dans les conseils ferme- » rait la bouche à mes autres juges, quand ils » sauraient qu'Elle se tient offensée dans la » personne du marquis de Prié, et que cette » considération pouvant aller jusqu’à me dés-
» honorer, vous ne fissiez comme ministre » avec votre plume ce qu'il vous serait très » difficile de faire avec votre épée, quoique je » sache avec certitude que Votre Altesse Séré- » nissime joint à la qualité du plus grand et » du plus excellent capitaine de l'Europe une » intrépidité à toute épreuve 1,9
Cette arrogante prise .à partie ne laissait d'autre issue à la querelle que la perte de Bonneyal ou la retraite d'Eugène : « Si M. de » Bonneval rentre dans Vienne par une porte, » disait le prince, jen sortirai par une autre À ». Ce qui semble à peine croyable, tout en permettant d'apprécier le crédit dont jouissait Bonneval et en justifiant sa confiance dans une certaine mesure, c’est qu'entre Eugène et lui l'Empereur hésita. Lorsque le conseil de guerre, nommé sous l'influence du premier et délibérant en sa présence, eût condamné Bonneval à perdre tous ses emplois et à tenir prison pendant un an au Spielberg, et que la sentence fût soumise à la ratification du souverain, celui-ci suspendit sa décision. « On a cru pendant trois semaines, écrivait l’envoyé de France à Vienne, qu'il ne signerait pas. Pendant presque tout ce temps, le prince Eugène avait une petite fièvre con-