‹ Le pacha BonnevalChapitre 12 sur 24 · Casanova, Mémoires, édition de 1860, t. I, p · texte numérisé non relu

Casanova, Mémoires, édition de 1860, t. I, p

siens, à la douleur de cette jeune femme dont les avis et les encouragements ne lui avaient jamais fait défaut dans ses épreuves, dont la tendresse patiente ne se rebutait pas et s’obstinait doucement à le suivre ? Nous croirons plus volontiers que, dans cette crise, ce qui souffrit le plus en lui fut son orgueil. [1 avait rêvé de traiter avec le Sultan de puissance à puissance, et maintenant se voyait près de se confondre dans la foule de ces esclaves qu'un caprice du maître peut élever, mais qu’un geste replonge dans la poussière. Il a confessé que le joug des Turcs doit être en horreur « à la grande no- » blesse, parce qu’il admet l'égalité ! ». Il y eut sans doute en lui un tumulte rapide de sentiments divers, puis une résolution irrévocable, et aussitôt un visage impassible et railleur. C'est l'air qu’il affecta de conserver envers tous ceux qui, parmi les chrétiens, eurent encore à s'occuper de lui : il a laissé un récit de son abjuration, adressé à Voltaire*, où il a su mettre un égal dédain pour le culte qu'il embrassait et pour celui qu’il abandonnait. Il raconte qu'ayant envoyé son domestique Lamira auprès d’un Turc instruit pour lui rapporter la formule sacramentelle qu’il aurait à prononcer, Lamira lui'dit en revenant : « Monsieur le comte, ces

. Première lettre à Villeneuve, déjà citée.

s Œuvres de Voltaire, édition Didot, tome XLVIIT, p. 338 et suiv.

» Turcs nè sont pas :si sots qu'on le dit à Vienne, à Londres et à Madrid. Je lui ré- ‘pondis, ajoute Bonneval, que je sentais un mouvement de grâce turque intérieur, qui consistait à donner sur les oreilles au prince Eugène quand je commanderais quelques b4- » taillons turcs. » Il accomplit ou éluda les prescriptions que la Joi de Mahomet impose à ses nouveaux adeptes, prit le nom d’Achmet, puis, dépouillant le costume et l'épée du gentilhomme, revêtit l'habillement d’un Turc de condition, la robe flottante brodée de fleurs, lPample pélisse bordée de fourrure, enfin le turban « pesant quatre livres ! ». Ajoutons que même aux yeux de ses nouveaux coreligionnaires il dédaïgna de se montrer musulman zélé, parut aussi raremént à la mosquée que jadis à l’église, et ne S'abaissa pas jusqu'au mensonge.

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