‹ Le pacha BonnevalChapitre 15 sur 24 · Pièce n° 7 du manuscrit cité · texte numérisé non relu

Pièce n° 7 du manuscrit cité

moins un but qu’un moyen, son véritable objet étant d'établir son influence en Orient sur les” ruines de la domination ottomane et de s'’ôuvrir les mers du Midi. En soutenant la Pologne, la Turquie ne ferait donc que pourvoir à sa propre sûreté et défendre son indispensable rempart. Il sentait toutefois que les Osmanlis, en dépit des multitudes armées dont ils disposaient, ne sauraient résister aux deux cent mille hommes de troupes réglées que la Russie pouvait mettre en ligne, s'ils n'é- .taient soutenus et comme étayés par l’une nos grandes puissances de l'Occident. C'est à la France qu'il réservait ce rôle, conforme à ses traditions én Orient. Seulement, autant pour couvrir sa propre responsabilité vis-à-vis de ceux dont il devenait le conseiller que pour sauvégarder la sûreté de la Porte elle-même, il jugeait indispensable que la France contractât avec cette dernière des liens étroits, garantit à la Turquie l'intégrité de ses possessions, promît de l’assister autrement que par des avis et des exhortations, payât enfin de sa personne dans la grande lutte qui se préparait. Après avoir composé pour l'instruction du vizir un tableau de l'Europe politique et militaire, où il marquait d'un trait sûr la situation, le caractère et comme la physionomie propre de chaque état, sa conclusion fut que la France et la Turquie devaient conclure une alliance per-

pétuelle contre les Moscovites, pour le maintien de la liberté de la Pologne.

Après avoir développé, dans plusieurs mémoires, les avantages de ce parti avec une abondante précision, il ne s'en tint pas là; entraîné par la tendance naturelle de son esprit à tirer d'observations justes des conséquences chimériques ou prématurées, il laissa entrevoir aux Turcs que l'alliance dont il proclamait la nécessité se transformerait promptement en coalition. La Suède y accèderait la première. L'Espagne, intéressée à fermer la Méditerranée à toute puissance nouvelle, se déciderait à suivre l'exemple de la France. Quant aux puissances maritimes, l'Angleterre et la Hollande, la première surtout, tarderaient-elles longtemps à reconnaître dans le Moscovite un rival futur et redoutable

‘" non seulement dans les contrées du Levant pro-

prement dites, mais même dans ces lointaines régions de l'Asie centrale où les nations d'Occident commencçaient à répandre leur négoce et à établir leur influence. Et Bonneval montrait la Russie franchissant depuis quelques années la chaîne du Caucase, débordant sur les rives de Ja Caspienne et les hauts plateaux de l'Arménie, « en attendant, disait-il, que cette nation avide et ambitieuse se répande dans toute l'Asie‘ », et s’efforçänt de détourner à son profit le com-

Page 1