Lettre de Chauvelin, 20 mai 1735. Affaires étrangères
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eue peut-être pendant le xvinre siècle de sauver la Pologne. Dans cette crise, Bonneval avait exercé une influence réelle sur les affaires générales de l'Europe, mais tout en rêvant pour la France un rôle glorieux et décisif en Orient, pour avoir voulu le lui imposer malgré elle, il avait mis un insurmontable obstacle aux vues plus modestes de notre politique et finalement desservi nos intérêts.
En laissant sans secours un voisin faible qui implorait son appui, la Turquie n'évita pas la guerre, mais s’exposa à la subir dans des conditions défavorables. La Pologne soumise, la Russie et l'Autriche ne désarmèrent point :
elles ne surent résister au désir de poursuivre leurs conquêtes aux dépens d'un autre état dont les possessions offraient à leurs convoitises un appât non moins tentant, et profitèrent de la conduite ambiguë de la Turquie pendant leur querelle avec la France pour l'assaillir. En 1736, la Russie commença les hostilités par la surprise d'Azof; dans le cours de l'année suivante, l’Autriche se joignit à elle, après un simulacre de médiation. Toutes deux comptaient
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sur un succés facile et chacune avait à l’avance marqué sa part du butin. La Russie prétendait s'assurer, avant tout, la rive septentrionale de la mer Noire, avec ses baies spacieuses où s’équiperaient à loisir les flottes destinées.à la conquête de Constantinople. L'Autriche entendait s'emparer de la Bosnie ou au moins de la plus grande partie de cette province, consolider par cette conquête sa situation dans le Levant, et compenser ses pertes récentes en Italie ainsi que le déclin de son influence dans l'Europe üccidéritale, Ces résultats obtenus, les deux puissances se réservaient de pousser plus : loin leurs avantages, si les circonstances S'y prêtaient, et d'en finir avec la Turquie. L'ambassadeur de la Tsaririe à Constantinople annonçait un soulèvement général des populations chrétiennes de l’empire ottoman, dès que les troupes moscovites auraient franchi la frontière. « Les Grecs des provinces, écrivait-il, » et plus encore les Buülgares, les . Valaques; » les Moldaves et autres, travaillent avec tant » d'énergie à se soustraire à la tyrannie et sont » tellement dévoués à la Russie, qu’à la pre- » mière occasion ils n'hésiteront pas de sacri- » fier leur vie pour Votre Majesté, pour la li- » bératrice qu'ils attendent... Votre Majesté » règne légitimement sur les cœurs de tous les » bons chrétiens qui se trouvent sous le joug » de la barbarie prête à rendre le dernier sou-
» pir»t. Jamais la Turquie n'avait eu à subir un aussi rude assaut. En Europe sa cause parut désespérée. Les nouvellistes et faiseurs de projets annonçaient sa ruine à jour fixe, et donnant libre carrière à leur imagination, partageaient à l’envi sa dépouille.
En entretenant la défiance des Turcs à ngtre égard et en fournissant des arguments à leur timidité, Bonneval avait contribué à attirer sur eux cet orage. Le péril déclaré, il répara sa faute à force d’activité et de présence d'esprit. Après s'être improvisé diplomate, il reprit son rôle de conseiller militaire et s'y surpassa. Eloigné de tout commandement direct par son . ignorance de la langue du pays et peut-être ‘aussi par la jalqusie des généraux turcs, il reçut néanmoins, avec le titre de pacha à trois queues, la haute main sur l’ensemble des opérations. Tantôt à Constantinople, tantot dans le camp du grand-vizir, passant du cœur de l'empire aux frontières menacées, il s'occupa partout d'organiser la défense. Point de jour qu'il n’adressât aux différentes armées des avis, des instructions, des mémoires, des cartes :
« Ce sont des coups sourds, disait-il, mais qui » portent »1. En présence et en quelque sorte