Causeries du lundi, t. V. L'article a paru en
trouvé, épars dans les correspondances de Vienne, de Bruxelles, de Venise, de Constantinople, et jusque dans le fonds « France », un assez grand nombre de documents relatifs à Bonneval, plusieurs lettres de lui, divers renseignements sur sa vie. Îl nous a paru que ces témoignages, joints à d’autres qui ont été mis obligeamment à notre disposition, jetaient quelque lumière sur le rôle du comte en Orient; permettaient d'en apprécier l'importance, et montraient que Bonneval ne fut pas seulement un personnage romanesque, comme |l'affirme Sainte - Beuve, mais ‘que, par certains côtés, il relève aussi de l’histoire.
Nous passerons rapidement sur les premières étapes de sa course, cherchant seulement à dé: gager le trait principal de son caractère, précisément parce qu’il le brouilla avec l'Europe chrétienne et le conduisit chez les Turcs. Le comte Alexandre de Bonneval était né le t4 juillet 1675, en Limousin, dans le manoir de Coussac-Bonneval, siège d’une famille dont l'histoire se trouve étroitement mêlée à celle de notre ancienne monarchie et de notre ancienne
armée. Le biographe de cette maison rapporte avec complaisance qu'elle compta parmi ses membres « des barons, des vicomtes, des comtes, » des marquis, des chambellans, des conseillers, » des capitaines-généraux, des gouverneurs de » province et un grand nombre de capitaines, ». d'hommes d'armes, de chevaliers de l’ordre et » des ordres, d’abbés commandataires, de com- » mandeurs de Malte, d’évêques, etc. ! » Les Bonneval étaient même alliés aux Bourbons par les d’Albret, et Henri IV les traitait « de proches » parents* »; On verra que ce trait ne fut pas sans influence sur la destinée de notre Bonneval. Celui-ci montra de bonne heure, par un mélange assez rare, tout à la fois un goût prononcé pour l'étude et des tendances aventureuses ; à la passion d'apprendre il joignait l’impatience d'agir. [1 le prouva en s'engageant à treize ans dans les gardes de la marine. Quelque temps après, il quitte le service de mer à la suite d’un duel et passe dans les gardes françaises. Nous le retrouvons de 1701 à 1704, pendant la guerre de la succession d'Espagne, commandant un régiment dans l’armée d'Italie, sous les ordres du duc de Vendôme. Déjà à cette époque, ses qualités et ses défauts se sont affirmés, et sa réputation est faite. — Les talents militaires
. Notice historique sur la maison de Bonneval-Bonneval, Paris, 1844, in-8, p. 31.