Prince de Ligne, p
LE PACHA BONXEYAL 15
dépit de tout, ce favori du sort était demeuré un mécontent. Il était allé chez l'Empereur, il y était retourné pour se soustraire au despotisme du pouvoir ministériel en France, mais il retrouvait en Autriche un gouvernement appuyé sur une administration forte, de hauts fonctionnaires jaloux de leurs prérogatives, un premier ministre surtout, le prince Eugène, qui faisait sentir partout sa pesante et méticuleuse autorité. Il avait cru s'affranchir et n'avait fait que changer de joug. Aussi, dès que la guerre ne l’absorbe plus tout entier, sa bile s'échauffet-elle de nouveau. Des propos sarcastiques, des épigrammes, des couplets lancés par la ville lui attirent des ennemis dans l'entourage intime du prince Eugène; il s'attaque bientôt à ce ministre lui-même, dont il voit la bienveillance à son égard se transformer peu à peu en hostilité latente. Vainement des voix amies s'efforcent-elles de le prévenir; vainement sa jeune femme, avec cette intuition prophétique que donne parfois l'amour, l'avertit-elle du danger vers lequel il se précipite; « quarid nos amis, » lui écrit-elle, deviennent nos ennemis, je [es » crois les plus dangereux '. » Vainement l'Empereur lui confe-t-il un commandement important loin de la cour, à Bruxelles, où son indépendance sera moins gênée. Rien n'est