‹ Le Pacte ColonialChapitre 13 sur 19 · PE RO CES · texte numérisé non relu

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chirent d’une manière plus complète encore, elles aussi obtinrent des traités d’asiento et elles pratiquèrent le commerce interlope sur les propres vaisseaux de leur marine.

Le dernier coup, le coup de la mort, fut porté à l'Espagne désemparée lorsque, durant les guerres nombreuses qui mirent aux prises les nations européennnes dans la lutte pour l’hégémonie, ses heureuses rivales s’emparèrent de la moitié des Antilles : les Hollandais prirent Saint-Eustache en 1632, Curaçao en 1634; les Français occupèrent La Guadeloupe, La Martinique et Saint-Domingue de 1630 à 1640, les Anglais la Jamaïque en 1655; puis les Danois euxmêmes, en 1671, participèrent à la curée générale en s’'emparant de l’île Saint-Thomas. « Jamaïque et Saint-Domingue devinrent pour les marchandises de contrebande de riches entrepôts, d’où elles étaient facilement dirigées vers le continent... Buenos- Ayres, de station insignifiante qu'elle était, s'éleva au rang d’une cité considérable, par ce fait seul d’être le centre de la contrebande entre l'Europe et le Pérou. »

Comment l'Espagne pouvait-elle résister à cet envahissement de la contrebande, étant donné l’état lamentable de sa marine ? « Sous Charles II, dit Schérer, l'Espagne ne possédait plus dans l’océan Pacifique que trois bâtiments de guerre, dont deux

1 Mérivale, op. cit, p. 14.

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seulement étaient capables de tenir la mer; pendant l'hiver, tous trois cherchaient un refuge dans le port de Callao. » Et dans l'Atlantique, la situation ne devait pas être plus brillante! Une telle surveillance n’était pas faite pour inspirer beaucoup de crainte aux fins voiliers des interlopes; aussi, depuis Philippe IL, les 9/10 des marchandises consommées dans les colonies étaient de provenance étrangère ; les foires de La Vera-Cruz et de Porto-Bello, jadis si brillantes, si mouvementées, ne furent plus que des marchés sans importance ; bientôt les galions ne partirent plus que tous les cinq ans et les exportations d'Amérique, délaissant la route de Séville et de Cadix, se dirigèrent vers Londres et Amsterdam, qui devinrent les grands entrepôts des productions d'outre-mer.

La puissance coloniale de l'Espagne était en proie à cette triste décadence, lorsqu'un: grand ministre résolut de lui insuffler une vitalité nouvelle. Le cardinal Alberoni voulut rendre à l'Espagne la gloire du siècle de Charles-Quint, il voulut y faire affluer encore les richesses des colonies américaines : alors fut inaugurée une ère de profondes réformes, qui se poursuivirent durant trois quarts de siècle. Grand admirateur de Richelieu, le ministre espagnol lui emprunta l’idée de ces compagnies privilégiées, dont la fortune avait d’ailleurs été si brillante en Hol-

lande et en Angleterre. Une compagnie reçut, en

cure”

1728, le monopole du trafic avec la province de Caracas, dans le but non plus d’exploiter les mines d'or et d'argent, mais de faire produire à cette terre féconde le sucré et le cacao ; en 1735, fut créée la compagnie de Cuba; puis, en 1756, une troisième compagnie engloba dans son commerce Cuba, Porto- Rico et le Honduras. D’autre part, il importait de ressaisir la navigation coloniale si fort compromise par l’activité de la contrebande ; à cette vue répondit la création des navires immatriculés, bâtiments rapides et fins voiliers, capables de lutter de vitesse avec les contrebandiers hollandais et anglais. Enfin, en 1765, fut rendue cette célèbre ordonnance, qui permit le commerce d'Amérique aux douze principaux ports de l'Espagne !, mesure salutaire dont les effets ne se firent point attendre, car bientôt l’on put voir 150 bâtiments dans la rade de la Havane où, sous le règne de Ferdinand VE, il n'avait paru que quatre navires immatriculés. La contrebande fut l’objet de prohibitions désormais effectives, à tel point que l’on ne craignit pas d'entrer en guerre à ce sujet avec l’Angleterre, en 1749, et d’abolir l’année suivante le traité d’asiento, qui avait revêtu d’une apparence de légalité l'entrée illicite des mar-

chandises anglaises à Porto-Bello.

1 Ces ports étaient Séville, Cadix, Alicante, Carthagène, Malaga, Barcelone, Santander, la Corogne, Gijon, Ténérifte et Palma,

En vérité, c’étaient là d'importantes réformes, et le succès qu’elles obtinrent avait bien lieu d’encourager leurs initiateurs. Néanmoins, leur résultat ne fut autre que d’apporter une organisation intelligente au pacte colonial, et le vieux système restait toujours debout dans ses applications rigoureuses, l'exclusion de l'étranger demeurait toujours le dogme inviolable auquel il ne fallait point toucher. Au début du xixe siècle, cette règle elle-même fut entraînée par les progrès de l'œuvre réformatrice : une ordonnance royale de 1809 ouvrit enfin l’île de Cuba au commerce de toutes les nations. Tandis que le pacte colonial conservait toute la rigidité de ses principes dans les colonies françaises et anglaises, les planteurs cubains obtinrent l'avantage, moyennant des taxes légères, de la libre vente de leurs produits, du libre achat de leurs consommations, du libre accès de tous les pavillons. Une telle mesure, c'était l’élargissement des débouchés commerciaux, non seulement dans la métropole, mais dans toutes les contrées qui n'avaient pas de colonies à sucre et que le pacte colonial anglais ou français empéchait de se fournir dans les îles voisines des Antilles. La Havane devint un grand port, où fréquentaient chaque année 6.000 vaisseaux de tout pavillon, et les Cubains dans leur gratitude dressèrent la statue de Ferdinand VII sur la plus belle place de leur capitale.

En 1815, ce fut au tour de Porto-Rico de recevoir

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