‹ Le Pacte ColonialChapitre 14 sur 19 · PR SE · texte numérisé non relu

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les bienfaits d’une législation libérale. Non seulement l'on ne ferma plus la porte aux étrangers, mais l’on accueillit leur immigration par des faveurs ; chacun d'eux reçut une concession de quatre fanègues et demi (2 hectares 50 ares) à condition de les cultiver, et l’on ajouta même une quantité moitié moindre par chaque esclave employé. De même qu'à Cuba, les bons effets de la réforme ne trompèrent pas l’attente ; «en quinze ans, dit Mérivale, la population doubla, et, en 1840, elle dépassait 400.000 âmes sur une surface de 4.000 milles carrés... Dans les mémes vingt années, les exportations furent quadruplées ; dès 1830, l'exportation du sucre était à Porto- Rico moitié aussi grande qu’à la Jamaïque.»

L'Espagne ne connut pas longtemps cette heureuse prospérité de ses colonies. Déjà, au moment même où Cuba et Porto-Rico prenaient un essor inattendu, la métropole, sur un autre point de l'Amérique, portait cruellement le poids de ses fautes et voyait tomber pièce à pièce son magnifique empire. Durant trois siècles de domination sur les colonies de l’Amérique méridionale, l'Espagne n'avait su leur inspirer d'autre sentiment que la révolte et la haine ; aussi, lorsque les armées françaises envahirent le sol de l’'Espagne, les colonies répondirent à l'appel de leur célèbre libérateur, Bolivar, et profitèrent du désarroi mé-

tropolitain pour conquérir leur indépendance. La Co-

1 Mérivale, op. cit., p. 40.

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lombie, le Chili, le Pérou se détachèrent l’un après l’autre de la mère patrie, le Mexique lui-même secoua le joug abhorré et il ne resta plus que la mémoire de ce fameux empire, dans les limites duquel le soleil ne se couchait pas.

En 1868 eut lieu la première révolution de Cuba. C'était l'époque où la France et l'Angleterre, abandonnant les principes surannés du pacte colonial, venaient d'accorder à leurs possessions la plénitude de la liberté du commerce. Cependant Cuba en était toujours au tarif de 1815, acquittant sur les différents articles des droits gradués de 7 1/2 à 33 1/2 p. 100 ad valorem. La situation n’était plus égale avec les colonies de l'étranger, et ce tarif qu’elle avait reçu jadis avec tant de reconnaissance lui parut dès lors d’une insupportable oppression ; elle vit avec amertume les Etats-Unis, qui lui achetaient jadis 62 p. 100 de sa production sucrière, délaisser le marché de la Havane et donner leur clientèle aux colons plus favorisés de la Jamaïque et des Antilles françaises. « Les planteurs devaient payer fort cher les farines, le fer, les tissus, tous les objets utiles à l’existence et à la fabrication, et ils se trouvaient pour la vente, sur le grand marché d'Amérique, dans des conditions beaucoup plus mauvaises que leurs concurrents des îles voisines. Quand les intérêts des colons sont aussi manifestement lésés, le loyalisme ne tarde pas à disparaitre ‘.» Le loyalisme ne subsista guère en effet ;

! CF. Paul Leroy-Beaulieu, op. cit., p. 259.

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la révolte éclata ; durant dix années, la perle des Antilles fut à feu et à sang. Quand, en 1878, le maréchal Martinez Campos put enfin rétablir la paix, cette longue période de guerre avait produit des conséquences désastreuses : en 1883, la production sucrière était tombée à 400 millions de kilogrammes, au lieu de 700 millions avant la guerre ; les exportations aux Etats-Unis n'étaient plus que de 330 millions au lieu de 430 millions en 1874!. Comment une semblable compression de la vitalité économique eûtelle amené l’apaisement dont la malheureuse colonie avait un si grand besoin ? Et faut-il s'étonner que le feu qui couvait encore se soit rallumé dans une nouvelle insurrection plus terrible que la première ? Cette fois, les Etats-Unis, à qui la prospérité de Cuba importait à un si haut point, n’ont pas reculé devant la guerre pour obtenir la satisfaction de ses intérêts, et l'Espagne vaincue a été obligée de reconnaître l’indépendance de sa plus belle colonie*.

Ainsi s’abima la puissance coloniale de l’Éspagne, pour n'avoir pas su consentir à l'heure opportune l’abolition du vieux système colonial, rejeté par les progrès de la science et par les enseignements de la

! Ces chiffres ont été apportés à la tribune du Sénat espagnol par M. Ruiz-Gomez. Cf. Leroy-Beaulieu, op. cit., p. 266.

? L'Espagne perdit en même temps les Philippines, dont le régime douanier avait subi, au cours du siècle, des modifica-

tions parallèles, et qui avaient, lors de la dernière guerre, les mêmes griefs que Cuba,

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pratique au rang des plus néfastes erreurs des siécles passés. En terminant cette malheureuse histoire, l'on ne peut que s'associer à ces paroles d’un éminent économiste: « Les Espagnols auront eu le mérite de peupler près de la moitié du Nouveau Monde, mais ils n'auront pu le conserver parce qu'ils ont oublié qu'une colonie n’est pas faite pour engraisser des fonctionnaires et pour rester fermée au com-

merce étranger ‘. »

Lorsque Grotius, dans un célébre ouvrage, éleva la protestation éclatante du droit des gens contre le monopole maritime de l'Espagne et du Portugal, il ne pensait pas que la Hollande pour son propre compte dût abandonner les idées régnantes. « Mare liberum », avait dit le grand publiciste, et cependant aussitôt que le voyage de Cornélius Houtman eut jeté les bases premières de la domination néerlandaise aux Indes orientales, la mer n'y demeura pas moins obstinément close aux infiltrations européennes. En Hollande comme chez les autres nations, le système colonial devait avoir sa longue histoire plusieurs fois séculaire, mais il présenta ce caractère particulier que, tandis qu’en Espagne et en Portugal

! Cf. Paul Leroy-Beaulieu, op. cit., p. 266,

les compagnies privilégiées apparurent seulement à une époque tardive, et Comme un dernier remède à une situation désastreuse, la Hollande mit en elles dès la première heure toutes ses espérances de colonisation.

Nous allons tracer le tableau rapide des évolutions de la politique coloniale hollandaise, en nous conformant aux divisions géographiques de ses applications, c'est-à-dire en nous portant tour à tour aux Indes orientales et aux Indes occidentales.

C’est le 20 mars 1602 que la célèbre compagnie des Indes orientales sortit du vote des Etats-Généraux. À peine entrée en activité, elle commença la pratique du système colonial en ses deux manifestations essentielles, à savoir la chasse à l'étranger et l'exploitation de l’indigène. Elle trouva la domination portugaise appuyée sur une existence séculaire, mais cette domination arrogante et tyrannique n'avait pas su mériter l'affection des peuplades indiennes et elle fut rapidement détruite à la suite de quelques combats meurtriers. La Compagnie se tourna ensuite contre les Anglais, possesseurs de factoreries peu nombreuses à Java et dans l'archipel des Moluques: en 1618, l'amiral Jean Koen conduit une expédition à Java, chasse les Anglais hors de l’île, et bâtit sur les décombres de Jacatra réduite en cendres la nouvelle cité de Batavia; l’année sui-

vante, les établissements de Banda furent pillés et

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