‹ Le Pacte ColonialChapitre 4 sur 19 · ST RS · texte numérisé non relu

ST RS

ne l’a pas couverte d'habitants, l'on ne peut guère espérer d’elle qu'un commerce passif; elle est, en effet, bien plus capable de vendre que d'acheter. Mais, peu à peu, l'exportation de ses produits en Europe augmente sa prospérité ; des troupes nombreuses d'Européens, fuyant les persécutions ou simplement guidés par l'esprit d'aventure, viennent y chercher fortune, et ainsi sont jetés en ces terres prolifiques les germes d’une population rapidement progressive. C’est alors que la colonie peut être initiée à la civilisation de ces vieux pays d’où sortirent ses fondateurs, c'est alors que ses besoins s’affinent et se multiplient et qu'elle est susceptible d'ouvrir un débouché de premier ordre à l’industrie métropolitaine. Et, comme disent les « instructions » citées à l'instant, plus la colonie sera riche et plus grande sera son utilité, plus elle exportera vers la métropole et plus elle sera capable de lui acheter. La même pensée présida à l'établissement de la troisième règle du pacte colonial. Dans son désir d'accroître les débouchés de son industrie, il ne suffit plus à la métropole de défendre ses manufactures contre la concurrence étrangère, elle voulut encore les protéger contre la concurrence même des colonies. Cette règle est sans doute l'application la plus rigoureuse qu'ait jamais connue le système mercantile. La plupart des productions coloniales sont des

matières premières, elles sont aisément transfor-

mables et peuvent donner lieu à l'établissement de manufactures sur les lieux mêmes où on les recueille. Il importe peu : les colonies ne sont pas autre chose que des débouchés et rien de ce qui peut atténuer ce caractère primordial ne doit étre admis; suivant le mot de lord Chatham, les colonies ne pourront rien manufacturer, pas mêmes un clou ou un fer à cheval.

Des règles aussi oppressives seraient bien vite devenues tout à fait insupportables si la métropole n'avait eu soin d'accorder à ses colonies une compensation au moins relative. Ce fut l’objet de la quatrième règle du pacte, d’après laquelle la métropole s’engageait à ne pas importer de denrées coloniales, soit de contrées soit de colonies étrangères. Cette règle était d’ailleurs une application nouvelle, et non moins logique que les précédentes, des tendances de la théorie mercantile : il faut éviter toute opération susceptible de favoriser l'étranger; or, si on lui achète des productions coloniales, on participe à l'établissement de son commerce actif, et la métropole aime mieux se priver d’une transaction avantageuse plutôt que de contribuer à l’enrichissement des nations rivales. De telle sorte que la métropole, alors même qu'elle paraissait faire une libéralité, travaillait encore à la satisfaction de ses propres intérêts. Et puis, la règle offrait-elle une compensa-

tion véritable? Pas tout à fait, car tandis que la mé-

Page 1