‹ Le Pacte ColonialChapitre 5 sur 19 · FOIE PR TR RS TR EE LAVE DU · texte numérisé non relu

FOIE PR TR RS TR EE LAVE DU

tropole importait ses marchandises aux colonies avec une entière franchise, elle se réserva pour elle-même le droit de taxer les productions coloniales à leur entrée dans ses ports, et il en résulta pour le budget des finances une source de revenu d'autant plus notable que le goût des denrées coloniales pénétrait plus avant dans les diverses classes de la société.

La dernière règle est celle qui prohibe le transport des marchandises en destination ou en provenance des colonies autrement que sur les vaisseaux de la métropole. Cette règle puise son utilité à la même source que les précédentes, c’est-à-dire dans les principes du système mercantile. En effet, ce monopole de transport sera pour la métropole la source d'importants bénéfices ; aussi bien que la vente et l'achat de marchandises, il lui permettra d'obtenir une balance favorable et d'accroître l’abondance de son stock de métal précieux. D'autre part, jamais plus vivement qu’au xvie et au xvnesiècle, les États ne sentirent combien l'existence d’une forte marine importait à leur grandeur : ce ne fut pas seulement sur les champs de bataille d'Europe que se dénouèrent les sanglantes rivalités des rois, ce fut aussi dans les océans lointains de l’autre hémisphère, dans les parages des Indes orientales et occidentales. Dès lors, un pays ne pouvait songer à la suprématie politique, s’il n’apportait pas au service de ses pré-

tentions le secours de flottes redoutables, c’est-à-dire

Rare

de vaisseaux solides et bien armés, montés par des hommes rompus à tous les dangers de la navigation. Or, quel meilleur apprentissage de la guerre maritime que ces longs voyages d'Europe aux colonies, où le matelot devait chaque jour payer de courage et braver la mort, dans sa lutte avec les flots, les pirates et les étrangers. Grande fut donc la sollicitude des nations européennes pour leur marine; elles lui accordèrent un monopole, qui était d’ailleurs le couronnement logique et inévitable du pacte colonial : les autres règles du système étant admises, celle-ci devait suivre naturellement comme garantie de leur exécution; car n’eût-ce pas été ouvrir les portes toutes larges à la contrebande que de permettre aux bâtiments étrangers de se livrer à l’intercourse coloniale et au trafic entre les colonies et la métropole?

Les cinq règles du pacte colonial étaient toutes dirigées vers ce but unique : l'exclusion de l’étranger. Une police des mers aussi rigoureuse que possible assurait cette exclusion. En tous temps, des navires fortement armés croisaient dans les parages coloniaux; les navires marchands eux-mêmes se hérissaient de canons et poursuivaient sans répit les fraudeurs, auxquels était réservé le traitement des pirates. Les ingénieurs de la fin du xve siècle et ceux du xvi s’efforcèrent de concilier les qualités

diverses qu’exigeait une telle destination de la ma-

Sen RES

rine : la vitesse, la solidité et les moyens de défense.

Leurs recherches aboutirent à la création de trois

types de navires, qui remplacèrent les nefs et les

galères du Moyen-Age. Ce fut d’abord la carraque,

véritable forteresse flottante, « avec sa structure

massive, ses flancs arrondis, sa vaste cale, ses quatre

ou cinq étages de ponts, ses énormes châteaux d’arrière et d'avant, sa puissante voilure qui peut à peine ébranler sa lourde masse ». Le galion essaya « d'emprunter à la galère ses formes élancées et sa rapidité, à la nef sa stabilité et ses dimensions plus imposantes ». Enfin, la caravelle, à la coque légère et aux larges voilures, fut « un navire de course, facile à manier, pouvant au besoin remonter les rivières, fait pour les expéditions hardies et pour les coups de main »!. |

Carraques, galions et caravelles exercèrent la plus étroite surveillance sur les mers qui baignaient les colonies; et quand un navire d'une puissance étrangère osait s’y aventurer, malheur à lui s’il n'était pas armé pour se défendre, car son équipage ne devait pas attendre d’autre traitement que la mort; si le navire était capable de résistance, alors s'engageait l’une de ces batailles acharnées, qui ont marqué d'une tache de sang l'histoire du pacte colonial. Les métropoles agirent avec tant de rigueur

! Cf. Pigeonneau, Hisloire du commerce de la France, tome 2, p. 107.

VE

PE

dans le maintien de leur privilège, que le fait n’est pas sans exemple de navires jetés sur les rivages d'une colonie par les hasards d’une tempête, et dont l'équipage fut impitoyablement massacré.

Telles furent les cinq règles du pacte colonial dans leur primitive rigueur. Il s’agit maintenant d'examiner leur influence sur la prospérité de la métropole et des colonies.

Page 1