SUR LES COLONIES
La première règle du pacte colonial défendait aux colonies d'exporter leurs produits en toute autre contrée que la métropole. Cette défense était singulièrement funeste aux colonies : elle les empéchait d'entretenir un commerce lucratif avec des contrées étrangères qui eussent offert un plus haut prix de leurs marchandises, elle arrêtait le développement de la production coloniale en mettant obstacle à l'extension naturelle de ses débouchés. Il y avait là, suivant le mot d'Adam Smith, « un poids mort qui pesait sur le ressort du commerce », et qui retenait les colonies dans une perpétuelle enfance. Il est pourtant certaines catégories de richesses dont le haut prix eût été de la dernière utilité pour les habitants des colonies; c'est ainsi que, dans un pays de forêts, la grande valeur des bois de construction permettra le défrichement des terres; de même, assurer aux grains un prix rémunérateur, c’est encourager les colonies à en étendre la culture beaucoup au delà de ce qu’exige la consommation d’un pays faiblement peuplé, c’est les mettre à même de préparer ainsi de longue main une subsistance pour une population toujours croissante. La règle qui nous occupe était surtout oppressive lorsque le commerce colonial était le privilège d'une compa-
gnie, car celle-ci, voulant par la rareté de ses mar-
chandises les maintenir à un prix élevé, n’âchetait souvent aux colons qu'une faible partie de leur récolte, et le défaut de concurrence lui assurait les prix les plus bas.
La seconde prohibition, celle qui défendait aux colonies d'importer aucune fabrication étrangère, peut être examinée dans les deux hypothèses suivantes : ou bien la métropole jouit de la suprématie industrielle, ses produits sont à meilleur marché que ceux des autres nations, et alors la prohibition sera inutile, puisque la clientèle s'adresse toujours au producteur le plus avantageux; ou bien la métropole produit plus chèrement que ses rivales, et dans cette deuxième hypothèse elle inflige à ses colonies la charge d’un lourd impôt et y fait monter le prix de la vie. Or, il n’y a rien de plus funeste au développement d’un pays neuf que cette élévation du prix de la vie, elle produit une gêne continue dont l'effet est de paralyser l’activité productive des habitants, elle engendre une hausse des salaires qui est un des plus grands obstacles à la rapidité de la mise en valeur. Cette conséquence du pacte colonial s’aggravait particulièrement dans le cas où le commerce de la colonie était aux mains d’une compagnie privilégiée; désirant avant tout obtenir des prix élevés, ne soupçonnant pas qu’elle pouvait réaliser de plus grands bénéfices en élargissant son marché
par une baisse des prix, la compagnie n'offrait sou-