‹ Le Pacte ColonialChapitre 9 sur 19 · AGE · texte numérisé non relu

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vent aux colons qu’une masse tout à fait insuffisante de marchandises, et celles-ci étaient en conséquence vendues fort cher ; d’autre part, le privilège de la compagnie lui permettait d'offrir impunément aux colons des marchandises de qualité inférieure et de ne pas approprier la nature de ses importations aux besoins locaux.

L’interdiction faite aux colonies de manufacturer leurs propres produits bruts ne fut pas une moindre entrave au développement de la prospérité coloniale. Pays neufs et médiocrement peuplés, les colonies ne pouvaient prétendre à une grande activité industrielle. Mais, même dans les contrées exclusivement agricoles, le défrichement et la culture de la terre ont besoin d’être secondés par une industrie locale élémentaire; ilest très utile que les centres de production des instruments aratoires soient rapprochés du lieu où ces instruments doivent être employés, car ils doivent s'approprier à la nature du terrain et au mode de culture. D’autre part, il est certains produits d’une préparation facile, dont la manufacture eût été opérée sur place avec un grand avantage ; c'était par exemple le cas du sucre; celui-ci, raffiné aux Antilles, puis expédié en Europe après sa fabrication, serait revenu à meilleur marché aux consommateurs de la métropole, et son débouché se serait élargi, par suite, d'une ma-

nière très profitable à l’enrichissement des colonies.

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La dernière obligation imposée aux colonies, celle d'opérer tout leur commerce par la voie de la marine métropolitaine, engendrait les mêmes conséquences que la prohibition d'importer les marchandises étrangères : ou bien la métropole possédait une marine supérieure à celles des autres nations, et alors la règle se fût appliquée d'elle-même ; ou bien cette marine ne pouvait accorder que des frets plus élevés que ceux de certaines rivales, et dans cette deuxième hypothèse les colonies souffraient d’un grave préjudice ; elles voyaient s'élever le coût de leurs exportations et par suite leur masse se restreindre ; d'autre part, les marchandises importées dans ces colonies se renchérissaient de toute la différence entre le fret par vaisseaux étrangers et le fret par vaisseaux nationaux, et le résultat était une élévation du coût de la vie. Cette règle était parfois sanctionnée par des droits différentiels si lourds que, dans le but de les éviter, les marchandises se livraient à des circuits invraisemblables. « Il n’est pas rare, dit Mérivale, de voir la farine des Etats-Unis en destination des Antilles, au lieu de s’embarquer à New-York,prendre la direction de Montréal ou de Québec pour être transportée de l’une de ces villes par pavillon anglais. Il y a des exemples de blé transporté d’Arkangel à Québec, puis débarqué et rembarqué pour la Jamaïque. On élève ainsi le prix de cet article de nécessité,

et pour mettre quelques centaines de livres dans la

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poche des armateurs, on fait dépenser des milliers de livres aux colonies. »

Quand le monopole de la marine et de l’industrie métropolitaines était aussi oppressif, il constituait tout simplement une prime à la contrebande. Les colonies étaient trop heureuses de desserrer les liens si étroits dans lesquels la métropole prétendait les retenir pour ne pas favoriser de toutes manières le trafic interlope, et c’est vraiment alors que se trouvait justifiée l’apologie célèbre et souvent blâmée faite par l’économiste Senior: « Le contrebandier, dit-il, est un réformateur radical et judicieux; par malheur, il ne peut exercer son industrie que sur les objets qui offrent peu de volume, mais dans le cercle où il est renfermé, il choisit toujours de préférence ceux dont la privation est le plus sensible à la société. Dans les pays où le système prohibitif a été poussé à un point extrême, le contrebandier est indispensable au bien-être de la nation entière !. »

À l'asservissement économique établi par les règles précédentes, le privilège de fournir de denrées coloniales le marché métropolitain n’apportait qu’une faible compensation. Il n’est pas jusqu’à cette règle même, la seule qui ait été prise en faveur des colonies, qui ne les ait engagées dans une voie nuisible au développement normal de leur prospérité. Les productions coloniales n'avaient de valeur pour la

1 Cité par Leroy-Beaulieu, op. cit., p. 31.

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métropole qu'autant qu’elles étaient complémentaires de la production européenne; aussi, les colonies négligèrent-elles absolument les cultures vivrières. Les ‘Antilles, par exemple, ont consacré toutes leurs ressources à la canne à sucre; « elles ont épuisé le sol par une production hâtive et sans merci ; elles sont devenues des fabriques: tout a été artificiel dans leur opulence ; elles ont bientôt passé par des crises intenses et ont fini par tomber dans le marasme; aujourd’hui, sous l'influence de réformes nécessaires, elles luttent péniblement contre des maux qui n’ont jamais frappé les contrées européennes avec cette intensité et cette permanence».

En un mot, les colonies furent en tous points victimes du monopole, victimes du monopole établi au profit de la mère patrie, victimes du monopole

institué dans leur propre intérêt.

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