LU VOLEUR
— Qui va là ? demanda le curé avec force.
On ne répondit pas ; mais une ombre noire passa rapidement devant eux, et se
jetant dans la forêt voisine, disparut bientôt au milieu des halliers.
-Voilà qui est étrange! dit l'abbé Du-
,al tout pensif; pouvait-on s'attendre à trouver quelqu'un à pareille heure dans
ce lieu désert?
— C'est le démon! monsieur le curé, c'est le démon! murmura le fermier en se signant avec terreur.
Le démon dans un lieu consacré !
Vous n'y pensez pas, mon pauvre Pierre ; c'est plutôt quelque braconnier ou quelque voleur de bois qui, nous prenant pour des gardes champêtres, se sera enfui à notre approche. . . Cependant, voyons de quoi il s'agit; je commence à concevoir de sérieuses inquiétudes pour notre dépôt.
Mais à peine se furent-ils avancés de quelques pas encore, qu'ils se heurtèrent à un monceau de terre fraîchement remuée.
— Notre secret est trahi! On nous
a prévenus ! s'écria le prêtre avec consternation.
Fleuriot ne pouvait nroire à la possibilité d'un semblable événement. Pendant qu'il cherchait à percer du regard l'obscurité qui régnait sous le sapin , un éclair sillonna la nue. A cette lueur sinistre et rapide, il put s'assurer en effet qu'une excavation considérable avait été pratiquée à l'endroit même où devait se trouver le trésor. Le terrain compris entre l'arbre et le monticule avait été défoncé. Le travail
était si récent qu'une bêche était restée sur le talus de la fosse , aux pieds des promeneurs.
— Le coupable est l'individu qui toutà-P heure s'est jeté dans le bois , reprit le curé avec émotion; heureusement nous sommes arrivés à temps; vous avez pu voir comme moi , qu'il n'était chargé d'aucun fardeau, car il. n'eût pu détaler avec autant de rapidité. Nous l'avons interrompu au milieu de sa besogne , et sans doute il n'avait pu encore découvrir le précieux coffret... Ainsi, les travaux de ce voleur diminueront d'autant notre peine, et Dieu fera servir l'œuvre du méchant au soulagement de ses serviteurs.
Fleiiriot immobile semblait bouleversé
par le choc des idées contraires qui se heurtaient dans son cerveau. L'abbé Duval le poussa doucement :
— Allons, Pierre, reprit-il d'un ton encourageant, mettons-nous à l'ouvrage...
il me tarde de recouvrer notre cher dépôt. En vérité, ajouta-t-il en regardant autour de lui , si je ne savais de quels efforts sont capables l'avarice et les mauvaises passions, je ne pourrais croire qu'un seul homme eût accompli un si grand ouvrage en une seule journée. . Mais hâtons-nous ; servezvous de votre pioche tandis que j'emploierai cette bêche plus légère.
Tout en parlant il descendit dans l'excavation et se mit en devoir de creuser le sol ; maisFleuriot, ><>» i;ml enlinde sa nm-