PERFIDIE
Aussitôt après cet effrayant phénomène, la nature sembla retomber dans sa stupeur; un silence morne et une obscurité profonde s'étaient rétablis; cependant.
l'arbre frappé par la foudre brûlait encore au milieu des ténèbres.
Le curé s'avança pour secourir le maître d'école.
— j\'êtes-vous point blessé? demandat— il avec intérêt.
— Je crois que non , répliqua Denis d'un ton piteux en faisant un effort pour se relever; mais, sur mon âme! j'ai cru que c'en était fait de moi... Quel coup ! et quelle horrible odeur de soufre !
— Denis, songez-y ; c'était peut-être un avertissement de Dieu î
— Un avertissement ! vous m'avez dit aussi que cette chute , où j'ai pensé me casser la jambe, était un avertissement... En vérité, si la chose était possible, (ouïes
mes idées de science et de philosophie seraient renversées ! . . . cependant , voilà deux accidents qui m'àrrivent depuis que j'ai découvert ce trésor. C'est bizarre !
— Dieu envoya neuf plaies aux Égyptiens avant que son ange exterminateur frappât de mort leurs premiers nés !
— Si je devais recevoir neuf avertissements avant une punition réelle, j'aurais encore de la marge, répliqua le maître d'école retombant déjà dans son scepticisme habituel ; mais ces retards nous font perdre un temps précieux Voyons, aidez-moi un peu l'un et l'autre, et tout en marchant, nous causerons Je ne demande pas mieux que de m'entendre avec
vous; je ne veux que des choses justes , et le ciel n'aura pas motif d'être irrité contre moi !
Le curé et Fleuriot ne résistèrent plus à ses instances; ils le prirent chacun par un bras, et on se remit en marche vers le
village.
— Eh bien ! Denis , demanda bientôt l'abbé Duval au maître d'école qui semblait réfléchir, êtes-vous décidé à restituer les vases sacrés dont vous vous êtes emparé par une ruse indigne?
— Restituer ! répéta le magister en cherchant peut-être à gagner du temps, on ne restitue pas ce qu'on a trouvé et ce qui n'appartient à personne... Néanmoins, je serai accommodant el je me montrerai
reconnaissant des services que vous m'avez rendus ce soir. Par le fait, je suis en possession de cette belle orfèvrerie , et il serait mal aisé de la retirer de mes mains; cependant, pour le bien de la... de la religion, par faveur pour vous et aussi pour être agréable à mon ancien ami , maître Fleuriot, je vous proposerai de tout vous rendre, à une condition.
— Quelle condition ?
— Nous ferons peser et estimer les bijoux contenus dans le coffre et vous me paierez la moitié de leur valeur en espèces
sonnantes hein! j'espère que je ne suis
pas juif! De plus, je vous donnerai du temps pour le paiements] maître Fleuriot
veut le garantir par sa signature.
ii. Il
— Homme rapace ! dit le curé avec mépris ; mais vous ne m'amènerez pas à compter avec votre iniquité... Vous avez volé le bien de l'église; il faut le restituer intégralement ou porter la peine de votre crime devant les hocnmes et surtout devant Dieu.
— Eh bien, alors...
Un nouveau coup de tonnerre fit baisser la tête et courber les épaules au poltron magister. Quand le majestueux grondement eut cessé, il reprit d'une voix mal affermie.
— ,1e rabattrai encore de mes prétentions et j'exigerai une part bien inférieure à celle que la loi m'accorderait en justice: mais je suis citoyen d'une république ci il
ne convient pas de montrer un amour immodéré des richesses ! Promettez-moi de me remettre une somme équivalante au tiers de la valeur totale du trésor, et je
vous abandonnerai mes droits sur lui
En vérité, ajouta-t-il d'un ton plaintif, vous abusez de ma cruelle situation et de ma faiblesse !
Le curé garda le silence, comme s'il hésitait. Cette fois il était tenté de mettre fin, pour une somme modique, aux obstacles qu'il éprouvait a rentrer en possession des vases sacrés.
— Que pensez-vous de cette proposition maître Fleuriot! demanda-t-il.
Le fermier, depuis longtemps, ne pivîKiilqu'unc part absolument passive auv
événements et à la conversation ; l'interpellation de l'abbé le fit tressaillir.
— Pas de marché avec lui , monsieur le curé ! dit-it d'une voix sourde; ne contractez aucun engagement , croyez-moi î Denis ne vous rendrait pas ce que vous cherchez .. Il ne peut pas vous le rendre! ne vous inquiétez ni de ses promesses ni de ses menaces.
Denis ne fut pas fâché d'entendre repousser une proposition qu'il regrettait déjà. D'ailleurs , ses frayeurs étaient sur le point de cesser tout-à-fait. Deux ou trois lumières brillant à quelque distance lui annonçaient le voisinage de Saint-Clair. D'un autre côté, l'orage, avant même d'avoir exercé toutes ses fureurs, semblait
devoir se calmer; les éclairs devenaient moins vifs, le tonnerre ne retentissait plus qu'à longs intervalles ; quelques gouttes de pluie larges et rares commençaient, il est vrai , à tomber, mais il était évident maintenant que cette tempête, annoncée depuis le matin par des signes si menaçants, réservait pour d'autres contrées ses éclats de loudre, sa grêle et ses torrents de pluie. Aussi le maître d'école revenait-il peu à peu à son caractère habituel en voyant cesser les causes qui l'avaient modifié un moment. 11 gardait un silence hypocrite , ne voulant pas irriter ses compagnons tant qu'il aurait besoin d'eux, so < pour soutenir sa marche, soit pour calmer ses craintes pusillanimes.
Enfin on entra dans le village ; une fenêtre de la maison du magister était éclairée.
— On m'attend , murmura- 1- il avec une indicible satisfaction ; je vais eniin me reposer de tant de fatigues et de souffrances Antoine est déjà rentré sans
doute; il a exécuté mes ordres Tout
va bien !
En exprimant ces réflexions sans s'inquiéter d'être entendu, il fit quelques efforts pour accélérer sa marche ; mais l'abbé Duval l'arrêta à quelques pas de la maison.
— Denis, dit-il d'une voix grave, encore une lois , réfléchissez vous a\e/-
commis déjà une g Lande faute en vous emparant d'un dépôt dont vous connaissiez le caractère sacré; mais tout peut encore se réparer. . . Mettez-moi en possession des objets appartenant à l'église de Saint- Clair, et je vous promets que le plus profond secret couvrira votre mauvaise action.
— Je ne puis oabJ citoyen , j'ai un lils , et je me dois à ses intérêts, répliqua Denis en se traînant vers son logis. Je suis propriétaire de ces objets par droit de conquête, si vous voulez, mais ce droit en vaut bien un autre.
lit il grimaça un sourire en posant la main sur le loquet de 1er de la porte.
— Songez que je vais vous intenter un procès criminel... lors même que vous le gagneriez , votre considération serait perdue, vos écoliers vous seraient retirés, on vous montrerait au doigt dans le village.
— Bah ! quand on est riche. . . et vertueux...
— Eh bien! dit le curé avec effort, si je consentais à vous payer cette indemnité que vous exigez...
— 11 est trop tard, mon pauvre citoyen, répliqua Denis en ouvrant la porte de sa maison , le quart-d'heure de faiblesse est passé... je tiens à mes droits ! merci pour vos bons soins... Mais me voici en sûreté dans ma demeure, l'orage s'est éloigné cl
ne reviendra pas, le coiïre est en lieu sûr. Maintenant nous pouvons plaider !
Il rentra chez lui et disparut en ricanant.
m mu AM01MUL
L'abbé Duval et Fleuriot restèrent un moment immobiles au milieu de la voie publique dans une obscurité profonde. Le bon curé s'abandonnait à une douleur
longtemps contenue ; des larmes roulaient sur ses joues vénérables.
— Voilà les hommes de la campagne tels que les a faits le siècle! dit-il avec amertume : philosophes et superstitieux, orgueilleux et pusill|nimes, avares et sans cœur. . . Mais quel parti prendre , mon Dieu, comment échapper à un terrible scandale? comment prouver maintenant aux gens de ce pays que les vases sacrés de la paroisse sont en la possession de Denis et qu'il ne veut pas les rendre? Son fils parlera, il est vrai; mais invoquer le témoignage de son fils... Et moi, me voici donc en lutte ouverte avec mes paroissiens ! Je voulais éviter à toul prix ces conflits si opposés à ma mission de paix ol
de concorde !... Oh! pourquoi ne suis-je pas mort en prison ou en exil !
— Allons, allons, ne vous tourmentez pas, dit le fermier, qui semblait depuis quelques instants respirer plus à l'aise, Denis n'est pas difficile à mater ; tout cela s'arrangera maintenant que nous avons du temps à nous.
— Du temps à nous? comment Tentendez-vous? jamais les circonstances n'ont été aussi critiques et aussi pressantes.
— • C'est vrai , j'oubliais Eh bien,
monsieur le curé, ça ne remédie à rien de rester ià devant la maison de ce coquin î retournons à la ferme, car vraiment la joiimée a été bien pénible pour vous, et vous devez, itvnir grand besoin de repos...
Quant au mcûtre d'école, ne vous inquiétez pas de LuL . . Il sera puni de ses mauvaises intentions, c'est moi qui vous l'assure, il en sera puni avant longtemps.
— Le méchant est puni par le remords, dit le curé en soupirant; mais cet homme est bien coupable.
Pendant la marche, Fleuriot prodiguait à son hôte des consolations banales avec une volubilité extraordinaire; par contraste, le curé devenait de plus en plus sombre et abattu.
Bientôt ils arrivèrent à la ferme, où leur présence mit tout en rumeur; les chiens aboyaient, les bestiaux beuglaient dans leurs étables. A ce bruit, la porte de
la maison s'ouvrit , et la vieille Catherine parut sur le seuil une lampe à la main.
■ — Ce sont eux, s'écria-t-elîe avec joie ; bonsoir, monsieur le curé; bonsoir, maître Fleuriot ; d'où venez-vous donc ? pourquoi rentrez-vous si tard quand on a une bonne nouvelle à vous apprendre?
— Une bonne nouvelle, ma chère, dit le curé en souriant avec tristesse , je n'y
• crois plus.
— Et moi je m'en défie, dit Fleuriot ; mais voyons, maîtresse Catherine, de quoi s'açit-il? 11 ne faut pas nous faire languir.
Ils entrèrent dans la salle commune bu
cuisine de la ferme. La petite Jeannette ,
radieuse comme la gouvernante, était là il 1*2
occupée à faire de la dentelle au coin du feu. Une autre personne debout à l'extrémité de la salle se tenait dans l'ombre , en sorte que les arrivants ne l'aperçurent pas. D'ailleurs Catherine ne fit que traverser cette salle; elle se dirigea vers une autre pièce de plain-pied avec la première qui servait de chambre à Fleuriot.
— Par ici , messieurs , s'écria-t-elle en ouvrant la porte , nous avons ici quelque chose qui ne pouvait rester dans la cuisine... On ne saurait avoir trop de respect pour de semblables objets.
En nirme temps, élevant sa lampe, elle montra sur une table en noyer fort propre qui ornai! la chambre un grand cof-
fre de chêne, cerclé en fer et couvert d'une épaisse couche de terre.
— Voici ce que vous avez tant cherché, reprit-elle avec orgueil; monsieur le curé, maître Fleuriot, ce sont les vases sacrés de l'église de Saint-Ciair.
L'abbé Duval poussa' un cri perçant et tomba à genoux.
— Merci, merci, mon Dieu, s'écria-il; que votre saint nom soit béni !
Fleuriot, au contraire, devint horriblement pâle et chancela comme s'il eut reçu un coup de massue sur le front.
L'abbé Duval, après avoir adressé à Dieu de rapides actions de grâce, s'approcha de la précieuse caisse déposée sur la table. 11 ne pouvait se lasser de la rci'ar-
— 18/i — lier, de la toucher; il en admirait la parfaite conservation , les solides fermetures. — Le voilà donc , s'écria-t-il avec un accent d'enthousiasme , ce trésor que je croyais perdu et profané ! nous avons donc pu le soustraire aux entreprises des impies!... Ces vases consacrés vont de nouveau parer l'autel, rehausser les splendeurs du culte divin ; ils sont purs de toute souillure , et le voeu de leurs pieux donateurs n'a pas été trompé. Voyez-vous , Pierre, ajouta-t-il en s'adressant au fermier, tout ce qui a rapport à cette conservation miraculeuse doit être sanctifié ! L'anniversaire de ce jour sera désormais une fête pour les fidèles de Saint-Clair ; <•<> coffré lui-même, ce simple assemblage
185 — ' de bois et de fer, je îe ferai déposer dans l'église ; on le conservera avec autant de respect qu'une châsse d'or contenant le corps d'un bienheureux !
Fleuriôt, appuyé contre un meuble, les yeux baissés, ne semblait pas partager cette joie expansive. Tout-à-coup l'abbé Duval interrompit ses transports.
— Je n'ai pas encore remercié l'auteur de cette heureuse restitution , reprit-il en se tournant vers un petit groupe de personnes entrées derrière lui. Où est-il ? Pourquoi se cache-t-il ? Oh ! qu'il approche s'il fait cas de la bénédiction d'un humble serviteur de Dieu !
— Le voici ! s'écria la petite Jeannelie at« empressement en désignant quel-
qu'an caché clans l'ombre : c'est Antoine Denis. . . Il a eu là une tâche bien rude, à preuve qu'il était tout en nage en arrivant ses pauvres mains sont couvertes
d'ampoules et de meurtrissures.
x\ntoine Denis s'avança d'un air de naïf orgueil
— Oui, oui,- c'est moi, monsieur le curé; je savais bien que vons seriez content de ravoir ce coffre, et cette certitude
me donnait du courage C'était d'un
lourd ! plus de vingt fois j'ai cru que je ne pourrais venir à. bout de l'apporter jusqu'ici !
— Tu es un brave jeune homme î tu es un noble cœur î s'écria le curé avec chaleur, et Dieu le récompensera î
- 187 ~ En Qiètuc temps il serra Antoine contre sa poitrine et l'embrassa avec effusion. L'écolier se montra tout lier et tout attendri de ces caresses.
— Eh bien , Jeannette I cria-t-il d'une voie émue , quand je vous disais ! M. le curé nous mariera tant que nous voudrons !
Le nom de Jeannette, jeté au milieu de ces préoccupations religieuses , rappela sans doute à l'abbé Duval les circonstances qui avaient amené la restitution.
— Maintenant, mon enfant, reprit-il d'un ton plus calme ,-je vous ai donné les éloges dus à votre piété et à votre courage; il me reste à savoir si je n'aurais pas aussi quelques reproches à vous adres-
ser, Vous avez irrité voire père eontre vous.
— Dame ! monsieur le curé , certainement papa Denis ne sera pas content que j'aie apporté cette caisse à la ferme de Fleuriot au lieu de îâ cacher dans les roseaux de la grande mare, comme il me l'avait recommandé... Il va vouloir jouer des mains, c'est sûr !
— Je n'ose vous dire que vous avez eu tort de lui désobéir... il vous ordonnait une chose* injuste et coupable... Cependant, mon ami, expliquez-moi comment vous vous y êtes pris pour pouvoir disposer de ces importants objets.
— La chose est toute simple, monsieur le curé. Ce matin je vous avais entendu
parler de la Butte-aux-Cailles, et je me doutais que c'était là qu'était caché le trésor de l'.église ; or, mon père vous avait entendu comme moi, et ça lui a donné l'idée de vous jouer un mauvais tour. Quand nous sommes revenus à la maison, je pensais que papa Denis, malgré ses airs doucereux, allait vouloir me battre, parce que le matin je m'étais sauvé de la chambre où il m'avait enfermé, et aussi parce que j'avais eu l'air de vouloir vous défendre là-bas sur la place ; je m'attendais donc à une bourrasque, mais je m'étais trompé. Mon père me fit d'abord un long sennon sur toutes, sortes de choses, puis il me pria bien doucement de l'accompagner jusqu'à la Butte-aux-Cailles, me promettant, si je
voulait, lui obéir ponctuellement , que je serais heureux le reste de mes jours... Je compris de suite de quoi il s'agissait. Papa Denis n'était pas assez fort pour creuser seul îa fosse et pour transporter le coffre au village ; mais il ne voulait se fier qu'à moi, car tout autre associé eût exigé peutêtre une part du trésor. Je suis fort et vigoureux, et, pour tout ce qui n'a pas rapport à Jeannette, je lui obéis aveuglement, voilà pourquoi il cherchait tant à m'amadouer. J'acceptai, espérant trouver une occasion de faire manquer son projet, car je n'ignorais pas quel prix vous attachiez à la possession de ces joyaux. Nous prîmes donc des outils, et nous n;us rendîmes à la Butte-aux-Caillcs , où nous eûmes
une pénible besogne , je vous assure.
— Je sais, dit le curé en souriant ; vous avez exécuté un travail de géant.
— Cest que mon père me pressait; et puis nous n'étions pas bien sûrs de l'endroit; d'un autre côté, vous pouviez d'un moment à l'autre venir nous surprendre avec maître Fleuriot; nous n'avions pas de temps à perdre. Tout en travaillant, j'étais un peu inquiet, je l'avoue, de savoir comment je parviendrais à soustraire le
trésor à l'avidité du père Denis et à le remettre entre vos mains... Heureusement
le moyen que je cherchais se présenta tout
seul. Papa me chargea d'aller en avant
avec le collre pendant qu'il s'occuperait
de fermer la fosse, en ni 'annonçant qu'il
allait me rejoindre au bout d'un instant. Je ne me fis pas prier et j'eus bien soin de cboisir les chemins les plus détournés afin qu'il ne me retrouvât pas... Une fois , j'ai passé tout près de vous, et j'ai été sur le point de vous parler ; mais mon père pouvait survenir, et Dieu sait ce qu'il serait arrivé s'il nous eût trouvés ensemble. J'ai donc continué ma route en toute hâte, malgré le fardeau qui m'écrasait, et je suis venu directement ici. Jeannette et maîtresse Catherine m'ont retenu, afin, disaient-elles , que vous pussiez me remercier ! J'étais si heureux de me trouver près de Jeannette... je suis resté.
— Bien, bien , je comprends, dit le curé en souriant, et cette visite n'est pas la
moins douce récompense de votre bonne action... Vous avez montré, j'en conviens, dans cette affaire, plus de finesse que je n'en attendais de vous... mais n'êtes-vous pas effrayé de *la colère de votre père quand il saura là vérité?
— Que peut-il faire? me battre? j'y suis habitué, .t ses gros yeux et sa férule ne m'épouvantent plus... Ah! si je voulais me servir de ma force. . .
— Paix ! jeune homme ! interrompit l'abbé Duval avec sévérité , la colère d'un père est toujours un grand malheur pour un fils respectueux... Le pauvre enfant! continua-t-îl comme à lui-même, ne sait
* pas distinguer le père de l'instituteur, et il accuse l'un dos fautes de l'autre!... Cèpen-
dant , Antoine , reprit-il en s' adressant à l'écolier, il faut vous armer de résignation. Je sais quelle importance Denis attache à la possession de ce trésor ; peut-être se portera-t-il contre vous à des* excès que vous devrez excuser !
— Eh bien ! monsieur le curé , on le laissera faire , quoiqu'il soit bien cruel de se voir molesté quand on est citoyen libre et Français.
— Et puis , dit la petite Jeannette en pleurnichant , le maître d'école va garder rancune à monsieur le curé , à mon oncle, à vous, à tout le monde, et il ne voudra, plus que vous m'épousiez !
— Le croyez-vous, monsieur le curé?
demanda Antoine d'un ton piteux.
— Ce n'est que trop probable, mon pauvre garçon ; pour longtemps , sinon pour toujours , il s'opposera à votre mariage avec la nièce de son ennemi.
— Il ne m'empêchera pas de l'aimer, du moins ! s'écria Antoine en fondant en larmes comme Jeannette elle-même.
L'abbé Duvai était touché plus qu'il ne voulait le montrer de cette naïve douleur.
— Allons î allons ! ne vous désolez pas, mes mignons, dit la gouvernante d'un ton encourageant ; les choses pourront mieux tourner... Monsieur le curé, s'il le veut, parviendra bien à rapatrier ensemble Denis et Fleuriot ; je vous promets qu'il le voudra. . . il est si bon î
— Ne vous exagérez pas mon mVIii ,
— If6 — Catherine ; ne leurrez pas ces enfants d'une espérance vaine peut-être. Le temps est passé pu j'exerçais une autorité patriarcale mais absolue dans ce paisible village. Les hommes du caractère de Denis sont surtout difficiles à manier pour un humble
prêtre... Je n'ose rien promettre; néan-
• moins, ne désespérons pas de la bonté du
Dieu qui tient les cœurs dans sa. main !