‹ Le pacte de famine. L'administration du commerceChapitre 14 sur 38 · k Ifi'cUt^tio ot •ie lu · texte numérisé non relu

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le directeur général des fiaaaces pria le garde des sceaux d'iatervenir. « Les opérations des spéculateurs, lui écrivaiUil le 8 octobre 1777, utiles à certains égards dans les temps de grande abondance, sont trÈs nuisibles et dérangent nécessairement les précautions que peut prendre l'administration dans les circonstances où la denrée est devenue plus rare. Ils peuvent, à la vérité, invoquer en leur faveur les dispositions des lettres patentes du 2 novembre 1774 qui odI été enregistrées au Parlement de Toulouse, et il serait peut-être intéressant de donner une lui interprétative. Mais elle doit être rédigée avec la plus sérieuse attention et, attendu la position danslaquelle se trouve la généralité de Montauban qui exige que l'on déroge, par le fait, à quelques égards, aux dispositions de ces lellres patentes, et qu'il est intéressant que M. l'intendant et les oHiciers de police de cette généralité n'éprouvent pas d'obstacles de la part du Parlement de Toulouse aux mesures qu'ils croiront devoir prendre pour s'assurer que les niar-

tchés se sont garnis. Je crois devoir avoir l'honneur de vous proposer, monsieur, d'écrire à M. le premier |»résident et à M. le procureur général pour qu'ils ferment les jeux sur ce qui sera fait à cet égard, jusqu'à ce que des circonstances moins pressées et plus favorables mettent l'administratioD dans te cas de I rétablir la pleine et entière exécution de l'arrôt du L 13 septembre 1774 et de donner une loi interpréta- :; de cet arrêt '. »

Celle démarche eut un plein succès. Le chef de i magistrature promit son concours pour faciliter

226 LE PACTE DE FA3fINE

la viola,lioQ de la loi et pour imposer siteace au Parlement de Toulouse.

Peu de tempa après, Necker permettait à Tiniefir dant d'Auvergne de contraindre <ic les particuliers à porter leurs grains aux marchés ou du moins à ouvrir leurs greniers. > cVous m'observez, lui disaitil, que les dispositions de Tarrèt du 13 septembre 1774 occasionnent de grandes gènes à l'administration sur cet article. A cet égard, je vous répondrai qu'on ne peut pas présumer que le législateur, qui par cet arrêt n'a cherché qu'à favoriser la libre circulation des grains, ait entendu autoriser des abus qui peuvent tendre à troubler la tranquillité publique'.» Le même intendant fut'aussi autorisé à s'opposer à l'enlèvement de grains fait pour l'approvisionnement des provinces voisines, c Les lois les plus favorables au commerce, lui disait Necker dans une lettre du 21 décembre 1777, n'ayant jamais eu pour objet de légitimer des pratiques illicites qui ne font que l'avantage de ceux qui s'y livrent et nuisent au bien général, il est de la sagesse et de la prudence de l'administration de prévenir et d'empêcher, dans les temps de cherté, les monopoles et les accaparements ^. »

Necker permit aussi de rétablir les c négociants accrédités. » Le 5 juillet 1777, il avait écrit à l'intendant d'Auch pour l'engager à favoriser les importations de grains dans sa généralité, c Gomme les invitations ne pourraient pas suffire, lui disait-il, je vous autorise à employer quelques fonds de la ma-

« Archives nat,, F", l.

a Id. Id.

(ère que vous estimerez la plus convenable; il est «iperflu de vous dire que cette sorte de dépense doit ' être faite avec modération et que si elle devenait publique elle aurait des inconvénients, puisque les spéculateurs ne feront rien quand ils croiront que le gouvernement agit '. »

Necker n'est pas, comme les parlementaires, ennemi du commerce des grains, ta Personne, écrit-il le 21 février 1778, n'est plus convaincu que moi de la nécessité de protéger le commerce et de lui laisser Lia plus grande liberté, mais on ne peut pas se gou- «rner par des règles générales en matière de subluistances et il faut aller selon les circonstances '. » En 1781, le collaborateur dévoué de ce ministre exposait ainsi son système et les conséquences qu'il ' avait produites : • Avant l'ad minîstration de M. Necker, il existait une législation par laquelle les circonstances paraissaient avoir été prévues ; mais on a senti it éprouvé les inconvénients de s'y conformer stricte- Dent et on a insensiblement babitué le public et les «urs môme à s'en rapporter, pour la permission Ëd'exporter et pour la prohibition, à la prudence de l'administration qui ne donne plus à cet égard que '•des ordres particuliers, d'après les événements*. i> Aax règles que Turgot avait établies et qu'il avait fondées sur la raison et sur la justice, Necker a donc hubstitué l'arbitraire et les expédients; il met au-

' Archiva nal., f^<, I.

* Àrchicti nai.. P<\Ub.

* Uèmoire inr le département des tubsiftancei. 'ZS mai l'SI. Àriwn itai..V", 2Gâ. Les mûmes renaâgnemetits lont donné» dana un

• npportde ilontana dtimom A' avril n^.ATchivttnai, H. HtV

dessus de la loi ce qu'il appelle « la sagesse de l'administration' >, c'est-à-dire la volonté des administrateurs soumise aux. clameurs populaires^.

Paris surtout préoccupait Necker. a. Une capitale immense, avait-il dit dans son essai sur la législation et le commerce des grains, impose à radraînistration une surveillance continuelle; la réunion de six ceut mille personnes près du prince et qui se pourvoient chaque jour chez le boulanger, oblige dans plusieurs circonstances a des opérations qu'on n'avait pas prévues. » Cette même pensée se retrouve dans un mémoire au roi a sur l'approvisionnement de blé de la ville de Paris b, qui peut Être attribué à Necker. « Par l'arrangement qui a été mis sous les yeux de Votre Majesté, y est-il dit, et qu'elle a bien voulu approuver, au moyen de la cession faite du moulin de Corbeil aux sieurs Leieu, négociants, ils sesontobligés de tenir, en tout temps, aux ordres du gouvernement 6,000 sacs de farine par quartier et 7,000 sacs pour le dernier quartier, ce qui forme un approvisionnement annuel de 25,000 sacs de farine.

a. Cette petite ressource peut être encore augmentée en engageant les communautés religieuses, surtout celles qui recucitleut des grains, à avoir dans leurs greniers ou chez leurs fermiers l'approvisionnement nécessaire pour leurs maisons pendant quelques années.

< (i L'expérience m'a appris qa'il faut sur ce poiul (le commerce Oee graine) dODDBr beaucoup a la aa^esee de radminietration et ^'od ne pcat éviter de s'y confler. ii Necker. De ïadminiuraliaa des finanat, ni,

- icUaDs les temps «leclélresae, le peuple uc re^'nit plus la loi; c'est lui qui la (lonae. » Dr l'admiiii^iralian de M. Netkrr, par (Hi-nn'riir, [i 388.

ET LES Ol'EUATIONS SUR LES CnAlHS. S29

a Mais on ne peut donner ces objets comme des moyens suffisants pour prévenir les inconvénients de la disette. M. le lieutenant de police a demandé un approvisionnement de 200,000 sacs de blé qui seraient répandus dans différentes villes des environs de Paris et que Ton pourrait y Faire passer d'un moment à l'autre, soit par la voie des riviiVes, soit par celle dos grandes routes. Les entrepôts de cet approvisionnement pourraient Être placés à Corbeil, Nogent, Meaux, Ponloîse, Chartres et autres undroits voisins.

H Si l'on craint que les marchés et achats qu'il faudra faire pour cet approvisionnement portent ombrage aux négociants qui font le commerce des grains, on pourrait charger de cette opération la compagnie des vivres de la marine composée de gens intelligents cl honnlMes, et qui, étant dans le cas de faire des marchés et des approvisionnements pour le service dont ils sont chargés, ne paraîtraient pas agir, au nom du gouvernement et n'empêcheraient pas les spéculations ordinaires. »

Le rétablissement des anciens ri.'glements, en paralysant le commerce, obligeait le gouvernement à faire des approvisionnements. L'auteur du mémoire avouait que la proposition du lieutenant général de police déterminerait une dépense de 2 millions de livres. S'il ne recommandait pas formellement ce projet, il n'en présentait aucun autre. Il concluait ainsi :< Je ne puis dissimuler à Votre Majesté que la matière est infiniment sérieuse et demande toute son attention. Si le gouvernement prend des pré- CHutioDS, on criera au monopole et nu mettra en

avant tous les abus qu'il peut entraîner. Si on prend le parti contraire, je deviendrais responsable de révénement d'une disette et de tout ce qu'elle peut entraîner d'affreux si je n'avais pas les ordres précis de Votre Majesté à cet égard * . >

Ainsi l'auteur du mémoire, après avoir évoqué le souvenir des opérations de l'abbé Terray, mettait le roi en demeure d'assumer la responsabilité de leur rétablissement.

On adopta un autre parti. Les frères Leleu durent augmenter leurs fournitures annuelles. L'^demnité qui leur avait été concédée fiit portée en 1776 à 50,000 livres et en 1777 à 62,000 livres \

Grâce à ces précautions, grâce surtout à l'abondance des récoltes, le gouvernement, jusqu'en 1788, n'eut que de rares occasions d'intervenir dans le commerce des grains. En 1782, le contrôleur général Joly de Fleury^ chargea des commissionnaires de

* Archives no/., K, 908.

a Voir un bon du 22 septembre 1777. {Arehivts nat., P<», l.) Voir aussi Archives nat.^ F**, 292. — Le traité des frères Leleu a été renouvelé pour six années, à dater du 1^^ janvier 1782, moyennant une indemnité annuelle de 77,500 livres. Il fut encore renouvelé, le 10 octobre 1787, pour ti^ia ou sis années. Voici, d*après un rapport aux consuls, comment le gouvernement tirait parti de ce marché. « Le public avait-il quelques inquiétudes sur Tapprovisionnement de Paris, l'apport d*une certaine quantité de sacs de farine à la halle et la persuasion, dans laquelle il était que ces farines étaient aussitôt remplacées dans les magasins de Corbeil par de nouveaux approvisionnements, suftîsaient pour bannir toute crainte dans Tesprit du consommateur. Se formait-il quelque coalition ou quelque complot entre les fariniers et quelquefois aussi entre les boulangers pour faire augmenter le prix du pain, Texpédition exacte, pendant un certain nombre de jours consécutifs d*une quantité de sacs proportionnée à la consommation, déconcertait ces accaparements momentanés et les faisait renoncer à leur spéculation, et souvent même le public ignorait qu'il en eût existe. » Archives iw»., F«», 292.

ET LES orEllAHO.NS SrU LES GltAliNS. L'31

f venir au secours de différentes généralités. Le mal l'était pas bien grand puisque le Trésor borna ses L avaoces à 48,000 livres et que les opérations des [ commissionnaires ne s'élevèrent qu'à 142,000 livres ["■produisant un bénéfice de 17,-iOO livres '.

Sons le ministère de Calonnc, des secours furent j encore donnés à quelques provinces, mais sans l'in- [ Icrvention dangereuse de commissionnaires privilé- ] giés. Cette fois on s'adressa aux conqiagnies des ' ifivres de l'armée et de la marine qui furent autorj|ées à livrer des grains que les emprunteurs devaient remplacer en nature '.

L'exportation, pendant cette période, ne fut jamais r suspendue mais elle resta soumise au régime arbi- I traire que Necker avait institué. Elle fut contenue I dans des limites fort étroites. De 1780 à 1782, elle [ ne dépassa pas 200,000 seticrs par an; de 1783 à ) 1786 elle fut portée à 600,000 setîers.

En 1787, l'exportation s'éleva brusquement à tl, 100,000 setiers. Le contrôleur général de Calonnc, r dans l'un des mémoires qu'il adressa à l'Assemblée L des notables, avait proposé d'introduire un nouveau p changemeal dans la législation. Il le motivait ainsi : I La question du commerce des grains, si longtemps I débattue, est du nombre de celles que le temps, l'expérience et la libre communication des idées ont fait parvenir à leur maturité; tout a été dit de part et

• Ces commiBsionu aires furent les trèiea l£\eu clMonleisuy. Hétnoire

1 ÎÔ novembio 17B3. Arthh-rs noi., F'i, %b.

> I)ana la correspondance du dûpartcnient (les subsistances (Jrcfiinei

[I., F", 1 et 5) on tronvc de nomlireui eiemples do prêts fnita parce» eompa^ioe. Ils étaient aatorieps par le contrôleur i;éiii*ral. Voir nus«i Ifs lettres doit floptombre et du I6 novembre 17911. Arthires nal„ V",1.

d*autre et l\m peut voir que le principe qni réclame une grande liberté a prévalu dans les esprits. Il est temps que l'autorité le consacre et achève de fixer les idées publiques à cet égard. ]»

L'administration, dansie projet de déclaration joint à ce mémoire, renonçait au pouvoir arbitraire qu'elle s'était attribué. Elle décidait qu'à l'avenir les exportations ne seraient plus suspendues que pour une année et dans les limites des provinces qui réclameraient cette mesure.

La déclaration fut approuvée par le vote presque unanime des notables. Publiée le 17 juin 1787, elle fut docilement enregistrée huit jours plus tard par le Parlement de Paris 6t c applaudie par la nation entière \ j>

Mais on se garda de résilier le traité conclu pour l'approvisionnement de Paris. Voici, d'après un rapport sur l'administration des subsistances du mois d'avril 1777, quelles étaient à cette époque les obligations des entrepreneurs de ce service : c Les sieurs Leleu et Montessuy, négociants à Paris, font actuellement le service de la dernière année du second traité qui a été fait pour fournir à la halle de Paris, sur la première réquisition de M. le lieutenant général de police, jusqu'à concurrence de 25,000 sacs de farine par année. Lorsque les circonstances obligent d'en fournir, ces farines sont vendues à leur compte, ou suivant le prix réglé avec le magistrat. Ils sont tenus en outre d'avoir une quantité de 6,000 sacs toujours prêts, pour les besoins extraordinaires qui pourraient survenir à la halle, et ce moyennant une gratification

* De Vadminittraiion de M. Necker, par lui-même, p. 365.

ET I.KS OI'EUATIDNb SLd LES GIIAINS, 23 i

fde SO sols par sac, ce qui fait au total pour 31,000 [sacs une dépense de 77,300 livres. H est en outre iinuellemeiit remboursé a ces négociants les loyers de plusieurs moulins qu'ils exploitent tant à Essonne Iqu'à Corbeil pour remplir leur service, soit 7,200 fliïres : total 84,700 livres.

Depuis 1784, pour l'approvisionncaient des

fc balles de Versailles et de Saint-Germain, un appro-

pTÎsloDDement supplémentaire de 3,000 sacs est fait

raux mêmes conditions, à raison d'une prime de

4 livres par sac, soit 12,000 livres. Total général

96,700 livres.

€ Cette somme est payée d'avance par le Trésor royal aux sieurs Leieu et Montessuy qui ont de plus la jouissance gratuite du moulin de Corbeil appartenant au roi.

a Indépendamment de la tranquillité que ce traité procure pour l'approvisionnement de Paris, de Versailles et de Saint-Germain, i! a encore l'avantage de mettre sous la main de l'administration des négociants intelligents qui peuvent lui être d'une très grande ressource en cas que les circonstances exigentdes approvisionnements extraordinaires dans les provinces. Les sieurs Leleu et Montessuy ont donné plusieurs fois des preuves de zMe à cet égard, ce qui leur a mérité des lettres de noblesse en 1782, d'après !a promesse qui leur avait été faite, en 1 776, de leur donner une récompense extraordinaire qui piit les déterminer à prendre de nouveaux engagements'. » Ce rapport adressé par de Montaran à Fourqueux ne mentionne, parmi les détails circonstanciés qu'il

fournit, ni les prétendus dépôts de grains de Jersey, de Guemesey et de Terre-Neuve, ni c6 caissier général, Pinet, dont le suicide au mois de juillet 1789 fit une si grande sensation * .

Est-il nécessaire de discuter ces fables dénuées de preuves dont se compose cet historique de Vadmiwtration des subsistances publié par le Moniteur universel^ dans les numéros du 15 et du 16 septembre 1789? Ces erreurs, que la malveillance exploitait, étaient la conséquence du système que le gouvernementavaittoujourssuivi. En présentant ladéclaralion sur le commerce des grains aux notables. Galonné leur disait : c Mais dans une matière aussi délicate, où le scrupule devient un devoir, il est des précautions d'un autre ordre que l'administration peut se réserver. Elles doivent être telles que leurs ressorts soient invisibles ; elles doivent se combiner, autant qu'il se pourra avec des établissements existants et destinés à un autre objet ; il faut que le peuple puisse en jouir sans s'en apercevoir ; trop annoncées elles deviendraient pour lui un sujet d'alarmes^. »

Quelques-uns de ces ressorts invisibles étaient si

I Moniteur, I, p. 475.

3 Dans un mémoire du ministre de rintericur sur la nécessité de faire des approvisionnements en grains pendant l*hiver de l'an X, il est dit : € L'ancienne compagnie des yivres avait été chargée de former des approvisionnements extraordinaires au compte de FEtat, de 250 ,000 sacs. Cet approvisionnement était réparti sur tous les points de la France, de manière à offrir partout, en tout temps, les moyens de faire baisser le prix du grain lorsqu'il s*élevait trop haut. {Archives nat., F**, 292.) C'était probablement à cet approvisionnement de réserve que le contrôleur général de Galonné faisait allusion. Il est possible même que ce soit ce ministre qui Tait rétabli. On a déjà vu que, pendant son administration, les compagnies des vivres de l'armée et de la marine ont été souvent autorisées à faire des prêts de grains.

F.T LES OPERATIONS SLll LES GRMHS. gaii

I facilement découverts que le mystère dont on voulait l'Jes envelopper éveillait les mêmes soupçons que L'Averdy avait provoqués par son affectation à laisser Malisset agir ouvertement au nom du roi. Quoiqu'il fit, le gouvernement ne rencontrait que des écueils. La déclaration de 1787 consacrée par les votes ^des notables ne resta en vigueur ([ue pendant une teule année. I On vivait sous le charme d'une liberté îndéfi- ', » lorsque Necker fui rappelé au ministère, le JFSO août 1788 ; il s'empressa de suspendre l'cxportn- K-tion par un arrêt du Conseil du 7 septembre. Ni les as- J. semblées provinciales, ni les États furent consultés, |«orame le prescrivait la déclaration du i7 juin 1787. Vtîn arrêt du Conseil du 23 novembre 1788 accorda des primes à l'importation. « Le roi est-il dit dans le préambule, s'étant fait rendre compte des différentes circonsLances qui influent sur la cherté, a Ippris avec peine que les gerbes n'avaient pas rendu i quantité de grains ordinaire et que les cultivateurs valent été généralement trompés dans leur attente, I est de plus universellement connu qu'une grClc ésastreuse a ravagé une vaste étendue de terrains et plusieurs causes malheureuses ont aussi concouru à la médiocrité des récoltes dans la plus nombreuse partie du royaume, w Ce cri d'alarme poussé par le gouvernement eut de désastreuses conséquences '.

I De l'a dm I ni s Ira (l'on de fteckir, par hii-mitne, p. 3Sâ.

> S«rre, député des Hautes-Alpes à ia Convenlion, «Isdb 1b séance ilu 2 décembre 1792, dit que la pi'odamation de Neoker Tut pour Ifs CDltiTaleurs » le locsin d'alarme ». A l'inalBal lea marché» furent lU-' ; personne ce (tt plus le commerce des i^tbids. HobUcut, XIV,

Selon Arthur Young, juge fort compétent, les craintes de Necker n'étaient pas fondées, c Partout où j'ai passé, dit-il, et c'est dans la plus grande partie du royaume, je me suis informé des causes de la disette et partout Ton m'a assuré qu'elle était d'autant plus extraordinaire que la récolte, sans être bonne, ne s'écartait pas beaucoup de la moyenne et qu'il fallait que ce fût l'exportation qui produisît le déficit. Je demandai s'il était sûr qu'il y eut eu une exportatation; personne ne pouvait l'affirmer, mais l'on croyait que cela s'était fait secrètement *. »

Un autre arrêt du H janvier 1789 promit de nouvelles primes aux importateurs. Les négociants qui se confièrent à ces promesses furent ruinés, car au même instant le gouvernement fit à Londres des approvisionnements considérables ^.

L'arrêt du Conseil du 28 novembre 1788 avait rétabli la disposition des anciens règlements qui défendait de vendre ou d'acheter les grains hors des marchés, sous le prétexte de mettre un terme aux spéculations dangereuses. Ce n'était qu'un prélude. € Le Parlement de Paris, écrivait Necker à l'intendant de Bourgogne, le i*"" avril 1789, va ordonner, je crois, que les officiers de police obligent les propriétaires, fermiers et entrepositaires de grains à porter aux marchés. Le Parlement de Dijon et celui de Franche-Comté seront probablement engagés à faire la même chose'. » Le ministre espérait que les Parlements violeraient les lois ! Son attente ne

* Voyages en France, II, p 336.

2 Moniteur, XIV, p 28.

3 Archivex nat,y F««, 1174.

ET LES UPÉHATIONS SUR LUS GHAINS. 237

fut pas trompée. Tandis que le Parlement de Paris se bornait à demander que la déclaration de 1787 fût modifiée, les Parlements de Besançon et de Dijon,

■ .toutes chambres assemblées, interdisaient la sortie

■des grains dans l'étendue de leurs ressorts. Il est vrai que, par une ordonnance antérieure à ces deux arrêts, l'intendant de Champagne avait fait la même défense dans sa généralité.

Necker combla la mesure par l'arrêt du i'à avril 1789 qui permit aux intendants et aux ofiiciers de police de contraindreceuxqui possédaient des grains h en apporter aux marchés.

Les alarmes que Necker avait provoquées et qu'il avait entretenues par toutes ces mesures, les dommages qu'il avait iutligés au commerce, les entraves qu'il lui avait imposées, rendirent plus difficile l'approvisionnemeiit de Paris. Le gouvernement dut acheter des grains à Londres, en Hollande, à Daotzick, à Hambourg, en Sicile, en Sardaigne et dans les Etats du Pape ' . » De toutes les personnes qui ont été chargées de la confiance du gouvernement pour coopérer à l'approvisionnement du royaume pendant les années 1788 et 1789, écrivait de Montaran, le 7 aoflt 1791, c'est M. Doumerc dont les opérations ont été les plus étendues et les plus multî-

, pliées'. u Le système de l'abbé Terray ressuscitait out entier. Alors c'était le salut, caria plupart des

Bgiégociants refusaient de remplir les commissions du [ouvernemcnt. « Les personnes attachées par leur

■ Mémoire intlruclifûe Necker {lUblié dans le Journal dr Parti. Btij>- ^témeot du n- du 1U juillel 178U.

238 LE PACTE M PâHmE

état à l*admiiMëtntioii ne se cbargeaieat de pareilles commissions que par obéissance et plusieurs, en s'acquittant de leurs devoirs, ont couru le risque de la vie *. » Voilà ce que Necker avait obtenu lorsque, par Tarrèt du 23 novembre 1788, il avait dénoncé la cupidité des spéculateurs.

Les achats que le gouvernement avait faits à l'étranger s'élevaient, au !•' juillet 1789, à 1,400,000 quintaux environ ^, et la dépense dépassait 70 millions de livres '. Gela ne suffisait pas. A Paris, où la consommation était évaluée à 1,500 sacs de farine par jour, le commerce libre en fournissait à peine cinq ou six cents \ Il était malaisé de pourvoir à ce déficit. Sur les routes, les grains appartenant à l'État étaient pillés à l'instigation des municipalités qui donnaient elles-mêmes le signal. Pour sauvegarder les approvisionnements destinés à la ville de Paris, il fallut distribuer des secours et approvisionner les marchés dans un vaste rayon.

Quelques achats tentés dans Tintérieurdu royaume produisirent des émeutes dans le Poitou et dans la Bretagne ^ De la Bourgogne, malgré ses excédents de récolte, on ne put tirer que de faibles ressources.

Dans son aveugle infatuation, Necker, qui avait causé cette crise douloureuse et funeste •, se fit un mérite de ses efforts pour la conjurer, sans s'aper-

* De Vadminislraiion de M. Necker par lui-même, p. 371. 2 Mémoire instructif.

^ De l'administration de M. Necker, p. 374. ^ Mémoire instructif.

5 Archives nai., F*\ 3.

• (( J'eus le bonheur de prévoir à l'avance le cours des événements. » De l'administration de M. Necker par lui-même, p. 372.

ET LES OPI^RATIONS SUn LF.S GriAINS.

cevoir qu'il l'avait encore aggravée en rétablissant, pour la seconde fois, les anciens règlements sur la police des grains.

Après vingt-six années de variations continuelles, après avoir expérimenté les théories les plus opposées, le gouvernement au moment oii la révolulion éclatait n'avait pas trouvé la solution de cette question des grains qu'il avait demandée en vain aux économistes et aux partisans du régime réglementaire. Contenu par les préjugés, par le respect de la tradition, par la crainte des innovations et des systèmes, il ne sut recourir qu'à des expédients. Il voulait que le pain fût à bon marché; il le fit renchérir. Il voulait prévenir les accaparements et les monopolos, il les constitua dans ses mains mille fois plus dangereux que dans celles des spéculateurs. Il s'était proposé de concilier les intérêts des producteurs et des consommateurs; il irrita profondément les uns et les autres. Au lieu de bénédictions pour ses soins paternels, il ne recueillit [ue des calomnies haineuses dont l'écho nous est ansmis par la sinistre renommée du pacte de falino.

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