‹ Le pacte de famine. L'administration du commerceChapitre 16 sur 38 · I. - APPENDICE · texte numérisé non relu

I. - APPENDICE

Autres opérations sur les denrées et les marchandises de première nécessité.

La surveillance et rintervention du gouvernemeDt, la vigilance tracassiëre de ses agents D*étaient pas limitées au commerce des grains ; elles s'étendaient à toutes les branches du commerce d'approvisionnement de la capitale. Le commissaire du Châtelet Le Maire, dans un mémoire sur la police de Paris, rédigé par ordre de Sartines, disait en 1770 : a La saison d'hiver qui renferme les temps d'abstinence est la plus difficile à passer; le magistrat pourvoit d'avance à faire venir les grains et les légumes secs et le poisson salé qui font un très grand objet de consommation dans cette saison. Les marchands, pour cette partie de l'approvisionnement de Paris, lui font leurs déclarations de la quantité qu'ils en doivent faire venir chacun et le prix en est réglé. Si cette quantité ne se trouvait pas suffisante, le magistrat, en ce cas, aurait recours à d'autres marchands, qui moyennant le prix dont il conviendrait avec eux, suppléeraient par d'autres envois à ce qui serait nécessaire pour en établir l'abondance'. »

Le commerce du bétail était l'objet d'une surveillance toute spéciale. En 1740, le marquis d'Argenson se plaignait d'un achat de 20,000 bœufs en Irlande ordonné par le lieutenant général do police de Paris ^.

• Mémoires de la Société de VUistoire de Paris, V, p. 131. a Journal, III. juin 1740.

Le 17 janvier 1767, de Sartines écrivait à Turgot, intendant à Limoges, pour lui demander des renseignements au sujet de l'augmentation du prix des bestiaux. II désirait vérifier les déclarations des marchands, afin, disait-il, de régler les démarches qu*il avait à faire pour assurer l'approvisionnement de Paris ^ De Sartines pensait alors à importer des bœufs de Suisse'. En 1770, un émissaire du lieutenant général de police fut envoyé en Allemagne et en Suisse, pour promettre des primes aux marchands qui se détermineraient à envoyer des bestiaux à Paris*

Ces opérations n'étaient pas généralement critiquées. A la date du 14 mai 178S, Tauteur des Mémoires secrets, après avoir parlé de la disette des fourrages qui avait causé Tabatage d'un grand nombre de bœufs et de vaches ajoutait : « En sorte que M. Le Noir est aux expédients pour faire fournir de ce bétail les marchés de Sceaux et de Poissy. Jamais peut-être administrateur n'a eu autant d'occasion de montrer son intelligence et son activité. » Une compagnie avait été formée pour opérer les achats jugés nécessaires ; elle fut dissoute au mois d'août 1786».

Le 13 mars 1785, le contrôleur général de Galonné présenta un mémoire au roi pour le prévenir que la ville de Paris était à la veille d'être privée de charbon de bois*. La consommation annuelle s'élevait à 700,000 voies; le commerce n'en pouvait plus fournir que 500,000. Le contrôleur général avait eu une conférence, au sujet de cette disette, avec le président du Parlement, les gens du roi, le lieutenant général de police et le prévôt des marchands. Les principaux marchands de bois que l'on avait convoqués affirmèrent qu'il fallait recourir à des contrées éloignées, ce qui était impossible sans un secours du gouvernement. Deux négociants furent chargés de faire des achats hors du rayon ordinaire de l'approvisionnement de Paris. Ils s'engagèrent à livrer annuol-

* Archives na(., K, 908.

2 Œuvres de Turgot, l, p. 577.

» MM. Pigeonneau et de Foville. L'administration de VagricuUure, p. 283 et 287.

* Archives nat., F**, 1179.

lement, jusqu*eD 1790, 141,000 voies de charbon moyennant une indemnité fixée d*abord à 192,000 livres puis réduite à 100,000 livres.

L'intervention de TÉtat pour garantir Tapprovisionnement de Paris n*étaitdonc pas particulière au commerce des grains. Elle était générale. Elle ne fut pas dénoncée avec la même véhémence que le pacte de famine parce que ses échecs furent moins dommageables et que les intérêts lésés furent moins nombreux.

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