BERTHE. ~ LA BARONNE
LA BARONNE
Venez, que je me fâche un peu; Il faut que Ton vous gronde, ô ma Berthe adorée ! Si tard dans le jardin. . .
BERTHE
Quelle belle soirée !..
J'aime cette heure calme où le jour qui s'endort Laisse briller au ciel mille étincelles d'or, Où les fraîches senteurs de la brise qui passe Avec les voix de l'air se fondent dans l'espace; Il m'a toujours semblé que vers la fin du jour Le cœur plus recueilli s'ouvre mieux à l'amour; On croit avec ferveur, on sent, on prie, on aime, N'est-ce pas ?
LA BARONNE
Près de toi ma ferveur est la même ; Et chaque heure a reçu le don de me charmer, Car toujours pour mon cœur c'est Theure de t'aimer.
BERTHE
Bonne mère !..
LA BARONNE
Je crains que tu ne sois surprise Par Tair du soir; entrons...
BERTHE, avec délire,
Laisse mon âme éprise Saluer le dernier rayon du jour qui fuit ; Je t'aime, doux rayon qui précèdes la nuit, Je vous aime, parfums qui ravissez la terre...
LA BARONNE
Que dis-tu, mon enfant?
BERTHE
Je t'aime aussi, ma mère î Voici la fin du jour...
LA BARONNE
Ma fille !..
Lfi Baronne entoure Berthe de ses bras et la conduit doucement sur le banc de gazon 1 — Huit heures sonnent ; au premier coup, Ultima paraît derrière le massif d'arbres, à droite ; elle est enveloppée d'un voile qui la rend invisible ; elle entre lentement dans le jardin et elle regarde autour d'elle.
ULTIMA
Il n'est pas là.
Elle vient sur le devant de la scène.