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— Trahison! infamie ! hurla le vieux Penn-OU.
La Éureurde Bavolet tomba aussitôt et fit place a ur'i calme terrible.
- Dieu me pardonne, fit-il avec la superbe ironie d'un Valois, on ose murmurer ici quand je parle, moi le maî-
tre et le seigneur !
Et il y avait une domination telle dans l'accent de Bavoi t, que le vieillard se tut et que don Paëz lui -rnùmi', don Paëz,
le superbe roi déchu, frissonna au son de sa voix.
— Vous ne savez donc pas que cet homme, que vous avez attiré dans un piège infâme pour l'assassiner lâchement, vous ne savez donc pas qu'il est roi, mes maîtres ! et que nul sur terre, peuple ou noblesse, n'a droit de toucher a l'oint du Seigneur? Vous ne savez donc pas qu'un jour viendra ou cet homme posera sur sa tête une couronue élincelante devant laquelle les rois et les peuples du monde s'i nclineront avec respect, parce
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que deux mois y seront gravés : justice et patrie? Vous ne savez donc pas quel noble et grand cœur bat sous celle rude poitrine, et faut-il donc que je vous apprenne que, dans le royame de Navarre, il n'est pas jusqu'au plus chétif, qui ne donnât mille fois sa vie pour la vie de son roi?
Le roi écoutait Bavolet et frémissait
d'orgueil.
Le vieux Penn-Oll voulut parler Bavolet lui imposa silence d'un geste :
— Mon roi et mon père, dit-il, se tournant vers Henri de lîuurbon, que m'importe ma naissance, que m'importe un pays qui ne me connaît pas! J'ai mangé votre pain, j'ai dormi sous votre toit, vous m'avez nommé votre fils, je suis plus fier dcce titre, je suis plus fier de votre royale amiti ; que de tous les trônes de la terre. Henri de Bourbon, mon seigneur et mon maître, moi le duc de Bretagne, moi le fils des Dreux, je vous demande à genoux la permission d'être encore et d'être toujours le page du roi !
■ Bavolet se lut et attendit.
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A son lour le roi fit un pas. Il releva son page et lui dit de celle voix grave et sonore, où la majesté et la bonté se tondaient en une suave harmonie :
— Tu seras mon fils, Bavolet, mon bras droit, mon lieutenant, mon ami ; — et, vienne sur mou front cette noble couronne qui doit être mienne un jour, je ferai la France si grande et si forte, j'écrirai si bien avec mon épée les mois de liberté et de patrie sur son étendard. que l'univers entier se courbera frissonnant et muet sous son glaive, qui devien-
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dra celui de la justice et delà loyauté. Alors, poursuivit le roi, sublime de majesté et d'enthousiasme, le nom de France deviendra si retentissant que les étrangers en seront jaloux et que cette nation que tu me donnes sera fière d'avoir à jamais uni ses destinées aux destinées de ce peuple auquel j'aurai donné le sceptre du monde !
Et le roi s'arrêta, jetant un fier regard aux Penn-OU ; mais le fanatisme et l'orgueil de race les aveuglaient; aux nobles paroles du roi, à celles de Bavolel, ils
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répondi rent par une exclamation de fureur, et don Paëz s'écria :
— Eh bien ! puisque tu es félon et traître, duc de Bretagne nous te déclarons indigne de régner et te déposons.
Cette couronne que tu refuses, tu n'as point droit de la donner, car elle m'appartient maintenant, à moi l'aîné de ma race, et je régnerai, je le jure! car mon étoile pâlie brille d'un éclat nouveau, car il est écrit sur le livre des destinées que je mourrai un sceptre à la main !
Et don Paëz, en prononçant ces mots,
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redevint ce fier roi des Maures qui brisa le dernier fleuron avec son dernier iron. çon d'épée!
Mais Ba volet le regarda non moins fièrement en face et répondit :
— Vous osez me déposer, eh bien !
moi, je vous renie! Je vous, renie, car vous avez osé, vous les fils des breux, pnrlerici d'assasinat! Je vous renie, car vous n'avez point compris que le plus grand des crimes a nom ingratitude ! la plus sainte des vertus, fidélité ! J'ai mangé le pain du roi, je lui ai sacriGé jusqu'à
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mon amour, le roi est mon père et mon maître, mon avenir et ma famille, vous... je ne vous connais pas?
Alors on entendit dans un coin du souterrain un cri de joie suprême, un cri de mère qui a tremblé pour l'honneur de son enfant, et dont l'enfant reste pur et sans reproche.
La mère de Bavolet alla vers lui, l'enlaça de ses bras et lui dit avec émotion :
— C'est bien, tu es noble et grand, tu es mon fils!
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En ce moment un bruit retentit à l'orifice du souterrain, une troupe d'hommes armés s'y engoufrèrent aux cris de Vive le roi ! A leur tête marchait l'austère et sombre Mornay, au milieu d'eux Fosseuse et Nancy agitaient leurs mouchoirs en signe de triomphe, et alors le roi se tourna vers les cinq Penn-Oll frémissants, et leur dit :
— A votre tour, messieurs, vous êtes mes prisonniers, et je pourrais me venger cruellement ; mais je me nomme Henri de Bourbon, j'ai le roi saint Louis
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pour ancêtre, et jamais la haine et la colère ne pénétreront dans mon cœur; parlez, je vous fais libres !
Ils sortirent tous les cinq, sombres et recueillis : la magnanimité du roi ne les avait point touchés.
— Ma foi ! dit Nancy à Fosseuse, le roi doit un bien beau cierge à maître Ba volet et le voila dans l'impossibilité de rappeler M. deTurenne.