LE ROI DE TRÈFLE
Histoire da temps de Charles IX .
Dans une vallée du Dauphiné, silue'e eu Ire Gap et Grenoble existent encore, a l'heure où nous écrivons, les ruines d'un petit castel du moyen-âge, inhabité depuis plusieurs siècles, et qui,au\épo-
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ques chevaleresques fut le berceau et la demeure de braves gentillâlres dont le dernier sera, lecteur, le héros authentique de l'histoire que nous allons vous conter.
Dans noire enfance nous avons souvent, à cheval, ou le fusil sur l'épaule, visité ces ruines qui n'ont rien, à vrai dire, de curieux pour les archéologues, mais dont le nom et la position pittoresque séduiraient et ont séduit, sans doule, plus d'un rêveur comme nous.
Ce château, maintenant écroujé, s'appelait le Manoir du roi de Trè(le} et il est adossé a une forêt dp sapins, surplombe un torrent, a un roc a pic pour base, et
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domine une plaine assez coquettement diaprée de champs, de vignes et de prairie?.
Si vous demandez au paysan qui iaboure auprès, au chasseur qui se repose sur un pan de mur que le lierre enchevêtre, au berger qui a conduit son troupeau à la place où fut la salle d'armes, pourquoi ce castel était nommé le Manoir du roide Trèfle, il ne pourra vous le dire; mais si vous avez, comme nous, la patience d'aller, un jour tout entier, fouiller les chroniques dauphinoises de la bibliothèque de Grenoble, vous y trouverez l'histoire suivante :
Un soir d'août de l'année 1588, dans
la salle la moins enfumée du château, sur un lit à torsades noires et à baldaquin usé par l'aile chauve des siècles, un vieillard se mourait, comblé dans et criblé des nobles cicatrices de la guerre.
Au chevet du lit d'agonie, se tenaient deux hommes et un vieux chien. L'un était sexagénaire et pleurait; l'autre avait vingt-cinq ans à peine; il était beau, calme, grave, triste et fier : il ne pleurait pas, car les larmes sont ind ignés d'un homme, mais son attitude morne et désespérée attestait éloquemmenl sa douleur.
C'était le fils du mourant; l'autre n'était qu'un serviteur.
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Os trois perso» !ies et ce vieux chien étaient les seuls hôtes du manoir; et certes, a cette époque de vasselage, il fallait qu'il fut bien pauvre le châtelain qui n'avait a son chevet d'agonie, qu'un enfant, un serviteur débile et un chien, ce type, par excellence, de la fidélité dans l'infortune.
Le mourant avait été un rude soldat.
Bayard, son parrain, avait eu en lui un digne filleul, et le roi son maître un vaillant défenseur.
Il mourait pauvre et seul, mais son heure dernière était calme, sereine, majestueuse comme le coucher de soleil
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d'un beau jour. Il avait bien vécu, il mourait a l'unisson.
— Hector, dit-il à son fils qui se tenait immobile, debout et silencieux près de lui, quand je serai mort, vous irez a Paris.
— Oui, messire mon père, répondit le jeune homme de sa voix triste et sonore.
— Vous trouverez dans ce bahut une bourse pleine d'or. J'ai mis vingt ans à l'amasser... ménagez-la. Vous prendrez mon épée qui pend à mon chevet, et vous la ceindrez. Elle est vieille comme moi, comme moi elle a toujours frappé
ar devant et elle est de loyale trempe;
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J'ai dans mon écurie un jeune cheval de nos montagnes, ardent, infatigable et qui vous portera lestement : vous l'enfourcherez.
— Oui, messire mon père.
— Vous irez trouvez le roi Charles IX et vous lui direz : Sire roi, je suis gentilhomme et je me nomme Furmeyer. Et le roi, s'il n'a mauvaise mémoire, se souviendra qu'il avait dans ses armées un capitaine de ce nom, qui lui a sauvé la vie (rois fois. Ce capitaine, c'était moi.
— Je le sais, mon père.
— Je meurs pauvre, mon en fan I ; notre castel branle au vent comme notre race, dont vous êtes l'unique rejeton.Sovez fort,
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et soutenez de votre bras et de votrecœur la loyauté de votre sang et les murs lézardés devotre castel.Le roi prendra soin devous.
— Vous serez obéi, niessire mon père.
N'avez-vous plus rien à m'ordonner?
— Une seule chose : un dévoûment sans bornes à monseigneur le duc d'Anjou, maintenant roi de Pologne. Henri de Valois a été mon élève, je l'ai porté dans mes bras, je l'ai aimé comme je vous aime. A la bataille de Montcontour, une épée menaçait ma poitrine, l'épée du duc d'Anjou abattit le bras qui la dirigeait. Sans lui, votre père fût mort dix ans plus tôt. Souvenez-vous en, mon enfant. Souvenez-vous encore de ceci, Hec-