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— Aucun, dit Morin, mais vous pouvez vivre huit jours encore, et c'en est assez pour connaître et punir les régicides .
— Je les connais, murmura le roi d'un air sombre.
Puis il demanda à voir trois êtres qu'il aimait entre tous les autres : le roi de Navarre, sa sœur Marguerite et sou chien Actéon.
Marguerite était partie pour Fontainc- Mc\ui. Un page courut après elle.
On appela Actéon dans le Louvre entier; on ne le vit point revenir, mais on le trouva mort auprès du livre qu'il avait rongé.
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Le roi prenait du contre-poison depuis son çnfanee ; c'était pour cela qu'il avait huit jours de sa vie devant lui, tandis que son chien était mort sur le coup.
Le roi de Navarre arriva, et pi ura des larmes amères et pleines de sincérité.
Sous le roitelet de vingt ans apparaissait déjà le noble et le bon Henri IV, que le peuple appela son père avant de lui dé-
cerner le surnom de grand.
— Henri, lui dit Charles IX, ma race est une race maudite qui traîne la mort après elle. Mon frère d'Anjou est roi de Pologne, et il est seul peut-être, qui compte avec l'amour et le bien du peuple. Mon frère d'Anjou ne viendra pas, mais
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je ne veux pas que d'Ale nçon règne. Tu me succéderas.
Tandis que ceci se passait dans la chambre du roi, la reine-mère el son dernier fils, le duc d'Alençon, tenaient conseil avec leur âme damnée le parfumeur René le Florentin.
— Le Béarnais roi ! murmurait Catherine, cela ne peut être, cela ne sera pas!
— Cela sera, répondit le duc avec un sourire infernal. Le roi est roi jusqu'à sa mort. Miron lui a donné huit jours de vie, et il n'en faut que deux pour assembler un lit de justice el faire sanction-
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ner sa volonté par le Parlement et l'Université.
La reine-mère réfléchit un moment.
— René! dit-elle, mon fils ne peut-il être sauvé ?
— Vous savez bien madame, que le poison dont il meurt est sans remède.
Votre Majesté doit se souvenir de Jeanne d'Albret.
— Silence ! Puisque mon fils doit mourir, il faut qu'il meure six jours plus tôt. Ce n'est qu'une affaire de temps.
La reine-mère prononça ces mots avec un accent si froid et si ferme, que tout corrompus qu'ils étaient, le duc et le parfumeur frissonnèrent.
— : Mailre René, continua la reine impassible, vous devez avoir chez vous un reste de ce poison qui était destiné au roi de Navarre, et dont la fatalité s'est servie pour frapper le roi de France ?
— Je vous comprends, madame, murmura le Florentin frémissant.
Et il sortit et courut chez lui.
Ce fut en route qu'il rencontra Hector, et illuminé soudain d'une pensée machiavélique, lui dit :
--Venez avec moi.
René avait donc laissé le comte Hector de Furmeyer dans l'obscur corridor que Catherine de Médicis avait fait percer tout à l'entour du Louvre dans les
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maîtresses murailles du vieiiv palais, et il était entré seul chez la reine.
— Eh bien ? demanda-t-elle.
— Madame, répondit René, il est parfaitement indifférent que le roi meure six. jours plus tôt ou plus tard.
— Que voulez-vous dire, maître?
— Que le roi de Navarre ne sera jamais roi.
— Pourquoi?
— Parce que le roi de Pologne est ici. La reine-mère poussa un cri de joie.
Quant au duc d'Àlençon, il se mordit les lèvres avec fureur et murmura :
— Je ne serai donc jamais roi, moi
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Mais, au lieu de répondre, René ouvrit la porte et dit à mi- voix :
— Venez !
Hector, qui attendait à la porte, accourut et entra.
A sa vue, le duc d'Alençon recula, et la reine-mère courut a lui les bras ouverts, disant :
— Mon fils !
— La reine! murmura Hector troublé.
Puis il ajouta :
— Vous vous trompez... je ne suis pas le roi de Pologne.
La reine recula de surprise, et le duc d'Alençon, poussant un cri d3 joie, jeta un regard de triomphe à René.
— Eh bien ! fit René glorieux, la ressemblance n'est-elle point parfaite?
La reine attacha son regard inquisiteur sur Hector :
— Oui, dit-elle, mais ce n'est pas mon fils.
— Je le sais bien, fit René ; mais qu'importe !
— Que veux-tu dire?
— Je veux dire, reprit le Florentin, que si vous, sa mère, vous vous êtes trompée, tout le monde, depuis le roi jusqu'au dernier des gardes, s'y trompera pareillement.
— Eh bien?
— Eh bien ! voici le roi de Pologne
provisoire. Il fera demain, en grande pompe, son entrée dans Paris, et il tiendra la place de Henri d'Anjou jusqu'à ce que Henri d'Anjou arrive de Pologne.
Un éclair d'admiration passa dans les
yeux de Catherine; puis elle regarda
fixement Hector :
— Monsieur, lui dit-elle, qui que vous soyez, sachez que vous tenez votre fortune dans vos mains. La laisserez-vous échapper?
Le jeune comte se souvint spontanément des dernières paroles de son père : « Détournent absolu au roi de Pologne. » Il comprit qu'il tenait dans ses mains la
couronne du duc d'Anjou, et que s'il le voulait le duc serait roi.
— J'accepte, dit-il simplement.
— Vous serez le gentilhomme le plus riche de la cour de France.
— Je ne demande et ne veux rien, madame. C'est la dette de mon père que j'acquitte. Je me nomme Hector de Furmeyer.
— Ah ! fil la reine, se frappant soudain le front, je me souviens.
Puis elle ajouta :
— Monsieur, vous allez suivre mon parfumeur, il vous conduira dans sa maison, vous y tiendra caché, et vous attendrez mes ordre-; ehoz lui.
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Heclor s'inclina.
— Allez ! lui dit la reine.
René ouvrit la porte et entraîna le comte dans le corridor par où il était venu.
Mais soudain la porte qu'il avait fermée derrière lui se rouvrit, et la reine, qui sans doute avait quelques instructions dernières à lui donner, appela :
— René! René !
— Attendez-moi, dit le parfumeur, retournant sur ses pas et laissant de nouveau le comte dans les ténèbres.
Callierine avait dit à René, en poussant une porte secrète devant elle et laissant le duc seul :
— Allons chez le roi ; ce jeune homme attendra bien dix minutes.
Le comte attendit en effet, et il commençait à se lasser, quand un frôlement léger de robe de soie se Gt près de lui ; il sentit bruisser une haleine tiède et parfumée, une main satinée prit sa main et l'attira doucement.
— Qui est là? demanda-t-il tout bas.
— Silence! répondit une voix douce et sonore qui le fit tressaillir.
Hector s'abandonna sans résistance a son nouveau guide elle suivitau milieudes
ténèbres, le cœur palpitant, la sueur au
> front, frémissant de tous ses membres et aspirant avec une acre volupté cette haleine
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mystérieuse qui effleurait ses cheveux.
Au bout de quelques pas il rencontra
une porte, puis deux marches, et la voix
de son guide inconnu lui dit :
— Montez!
Il monta, une seconde porte s'ouvrit, et il se trouva dans une petite chambre, sorte d'oratoire e*. de boudoir en même temps, qu'éclairait faiblement la clarté mate d'une lampe couverte.
Le comte leva les yeux et reconnut...
la reine de Navarre...
Sa bouche s'entr'ouvrit et un cri allait s'en échapper. Marguerite posa sa jolie main sur sa bouche, étouffa le cri, puis entraîna le jeune homme sur un siège