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attendant çoname ma mère que le vrai roi, arrive maisje vrai roi n'arrivera point.
— Comment cela?
— Tu vas le savoir. Il y a un au que le poignard de l'assassinat est levé sur la poitrine du roi de Pologne,
— Quel bras tient ce poignard ?
— Les tribunaux secrets de l'Allemagne protestante.
— Daus quel but ?
— Dans le but d'assurer la couronne de France à Henri de Navarre.
— Qui retient ce poignard ?
— Moi! je n'ai qu'à dire un mot, il entrera jusqu'à la garde ; car après le roi de Pologne, il y a le duc d'Alençon, le
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frère du roi Charles IX, qui deviendra roi à son tour, et avant Henri de Navarre. Or, écoute-moi bien, Oiivry, si je rends aux protestants de France ce que leur a retiré Charles IX, ce que leur a promis Henri de Navarre, ils frapperont le roi de Pologne pour me faire roi. Ils n'attendent qu'un mot... ce moi, je vais le dire ! Tu vas monter a cheval. ..
— Oui, monseigneur.
— Tu le rendras à Varsovie.
— Oui, monseigneur.
— Tu iras chez la maîtresse du roi, la belle marquise d'Aurevilley, el tu lui diras ce mot-ci : L'heure du Roi de Trèfle est venue !
Olivry se leva, boucla son ceinturon, et dit au duc :
— Est-ce tout ?
-- Tout. Le resle ne te regarde pas.
Tu peux partir.
— A l'instanl, monseigneur.
El le comte d'Olivry, l'âme damnée du duc d'Alençon sortit.
Demeuré seul, le duc s'écria :
— Ah ! mada me ma mère, ah ! mon frère de Pologne, ah ! mon cousin de Navarre, vous avez tous entravé ma roule, et vous ne voulez point que je sois roi î... Je le serai !
Le comle Hector abandonna le judas
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et se retourna vers Marguerite, qui, pâle, émue, les cheveux hérissés, n'avait pas perdu un seul mot de la conversation du duc et de son favori.
— Vous le voyez ! lui dit-elle vivement, si vous restez, mon frère est perdu !
— Votre frère vivra et sera roi, madame, répondit le comte en faisant un pas vers elle et rejetant flèrement la tète en arrière. J'arriverai en Pologne avant ce misérable, — s'il le faut...
— Eh bien? fit Marguerite frissonnante.
— Ma poitrine sera le fourreau du poignard.
— Oh! fit Marguerite avec effroi et
prenant dans ses mains les mains du comte : je ne veux pas ! je ne veux pas ! Le comte la regarda : elle était belle et suppliante et elle l'inondait des rayons de son œil noir et des enivrements de son sourire.
— Mon Dieu ! murmura-t-il bien bas, — si bas qu'une oreille de femme le pouvait seul entendre, — pourquoi donc êles-vous reine ?
— Enfant! fit-elle d'une voix émue, pauvre enfant!
Elle prit son front dans ses mains, y déposa un baiser, et répondit aussi b^s qu'il avait parlé tout a l'heure :
— Les reines sont femmes !... partez.
Hector frison na au contact des lèvres humides de la reine et redressa soudain la tetc avec fierté.
Ce baiser l'avait rendu fort et grand et il se sentait capable des actions les
plus héroïques et sûr de triompher de tous les obstacles.
Sans ajouter un mot, Marguerite le prit par la main et le fît sortir de l'appartement où elle l'avait d'abord introduit, puis elle le conduisit de nouveau à travers cet obscur dédale de corridors, et dans une direction opposée à celle qu'il avait suivie avec René le Florentin.
Les deux jeunes gens, — nous pouvons les nommer ainsi, car ils étaient jeunes et beaux tous deux, — les deux jeunes gens, disons-nous, marchaient silencieux ; mais leurs mains se touchaient et tressaillaient l'une et l'autre à celte pression légère qui était entre eux
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comme fit le conducteur d'un muet langage; leurs haleines se croisaient parfois, et, à leur souffle, ils frémissaient tous deux avec une acre volupté; parfois une boucle de cheveux de Margue-
rite effleurait le front d'Hector; Hector
tressaillait et baisait cette boucle avec la spontanéité furtive d'un adroit voleur.
Parfois encore un bruit inattendu de pas ou de voix résonnait dans les profondeurs du vieux palais, ainsi que deux mouettes se serrent l'une contre l'autre dans leur nid de rocher, au premier rugissement, au premier éclair de la foudre.
Les dix minutes qu'ils mirent à par-
courir les corridors el l'escalier tournant qui conduisait à une poterne du bord de l'eau furent pour eux un siècle de fièvre voluptueuse, un rêve de cent ans qui dura dix minutes et qui noua leurs deux âmes en une seule, comme les ûls du
nœud gordien.
Tout à coup, à l'air alourdi des couloirs étroits du Louvre et de ses escaliers pn coquille, succéda un air imprégné des humides arômes de la rivière, un rayon blafard envahit soudain les ténèbres, et i!s se trouvèrent à une porte fermée au verrou et communiquant en dessous du parapet avec Ja berge de la Seine par un
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jour de souffrance soigneusement grillé d'épais barreaux.
— Les rois de nos pères se verrouillaient assez confortablement.
Mais cet obstacle n'arrêta point Marguerite. Elle tira une petite clé de son sein et ouvrit la porte, qui tourna sur ses gonds sans le moindre bruit.
Catherine de Médicis, qui avait souvent besoin de ces issues mystérieuses, en faisait souvent graisser les ferrures avec un soin extrême.
— Tenez, dit alors Marguerite, rompant enfin le silence, vous voilà hors du Louvre. Vous allez remonter sur le parapet el vous suivrez le fleuve, en amont,
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jusqu'à la porte Bourdelle. La vous montrerez l'anneau que je vous ai remis aujourd'hui à Villeneuve-Saint-Georges, au capitaine des francs-archers qui veille à la garde de cette porte, et vous lui demanderez un cheval en mon nom.
Hector s'inclina.
— Maintenant, poursuivit Marguerite, voilà une bourse pleine d'or pour subvenir aux frais de la route...
Et elle lui tendit une bourse; mais il la repoussa.
— J'ai assez d'or, fit-il avec fierté, pour arriver auprès du roi. Madame, soyez généreuse encore et laissez-moi
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accomplir, pour l'amour de vous, les actions que je vais faire.
Un voile d'émotion passa sur le front
de Marguerite
— Vous êtes un noble jeune homme, lui dit-elle.
Puis elle lui prit la main et ajouta :
— Dans le siècle où nous sommes, un prestige puissant environne la royauté, et Ton regarde communément un front couronné comme étant au-dessus des autres fronts. Hélas! nous avons, nous qui portons un diadème, nos faiblesses et nos misères humaines ; mais s'il est vrai que l'amour d'une reine peut faire tressaillir d'orgueil un simple gentilhomme
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et le conduire à de grandes et nobles choses...
Marguerite s'arrêta émue :
— Eh bien? fit Hector frissonnant.
— Mettez-vous à genoux, fit-elle, et dites-moi votre nom de baptême.
Hector s'agenouilla.
— Je m'appelle Hector, murmura-t-il tout tremblant.
La reine appuya de nouveau ses lèvres sur le front du jeune homme, et lui dit, avec cette voix émue et mélancolique qu'elle avait en certains [moments solennels:
— Heclor... je vous aime... partez!
Heclor prit a son tour la tête de Mar-
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guérite dans ses mains, y imprima ses lèvres ardentes, et s'enfuit en disant avec un chevaleresque orgueil :
— le suis fort maintenant, et je puis conquérir le monde!
C'était une triste résidence pour un prince né au Louvre, que le palais et la ville de Varsovie.
La neige en couvrait les toits et les
rues une partie de l'année; le soleil no s'y montrait qu'a de fabuleux intervalles et toujours enveloppé d'un manteau de brumes peu réjouissantes pour un roi qui avait toujours froid; le sapin lugubre et le genévrier remplaçaient dans les liôis cnviioniuints les marronniers aux
verts panaches, et les grands chênes séculaires qui avaient, à Fontainehleau et à Saint-Germain, abrité le jeune duc d'Anjou, par une chaude journée de chasse. Et quel monde autour de lui, seigneur Dieu !
Des Polonais un peu plus raides de tournure que la fra'se empesée qu'ils portaient au col, des Hongrois qui fumaient une affreuse plante noire dans un tube d'ambre jaune, des Cosaques qui pommadaient leur barbe olivâtre avec de la graisse d'élan... Des pages au nez camard, qui n'aimaient pas les chiens, et des grands seigneurs bardés de cordons bleus, jaunes ou rouges, qui traitaient
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leurs femmes commes les pages traitaient leurs chiens. Telle était la eour du roi de Pologne ! de ce prince poli, affable, au langage savant et fleuri, au geste noble et simple, à la démarche hautaine, au bon sourire plein de finesse et de douce raillerie; — de ce prince aimé des femmes, un peu femme lui-même, qui avait pris un bain de lait parfumé le matin du jour où il écrasa les calvinistes à Jarnac, et qui mettait la nuit des gants oints de crème sur ses moins aristocratiques pour en conserver la blanche mate et la pureté de forme. — Ces mêmes mains qui avaient, en Europe, la réputation d'habiles a l'escrime entre toutes,
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et qui donnaient au fleuret une vie et une intelligence réelles.
Et puis au milieu de ces gentilsnommés peu divertissants déjà qui composaient sa cour, il y en avait de moins divertissants encore, pour ne pas dire de plus ennuyeux. Ceux-là. étaient des espèces de puritains qui parlaient sans trêve de la vieille Pologne, de la Pologne d'autrefois, laquelle était gouvernée par des hommes graves et non des freluquets de France qui mettaient des huiles odorantes dans leurs cheveux et portaient des habits de soie.
Henri de Valois avait emmené avec lui en Pologne trois ou quatre seigneurs
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de la cour de France, qui d'abord s'élaient amusé avec lui des ridicules du peuple slave, puis s'étaient ennuyés de bon cœur, ensuite de mauvaise grâce, et avaient fini par déguerpir et reprendre la route de France.
Il n'était plus resté que trois êtres non polonais auprès du roi : la marquise d'Aurevilley, sa maîtresse; Nisus, son lévrier, le même que Charles IX avait donné a Ronsard et que Ronsard avait échangé contre une maîtresse avec Henri de Valois, et son bouffon.
Ce bouffon n'était point celui dont Pierre de l'Estoile nous a fait un portrait charmant et Alexandre Dumas un type
d'esprit incarné, sous le nom de Chicot : ce bouffon était un petit homme un peu bossu, un peu déjeté, d'humeur assez morose et ne méritant pas trop son surnom professionnel. Il se nommait Phénix, ce qui n'était pas une légère antithèse pour ceux qui voyaient le personnage ; il avait quarante-cinq ans, des dents jaunes, un nez camard et des yeux vérons, ce qui constituait une assez belle laideur.
Avant d'être le fou du roi, il avait été colporteur ambulant de mystères et de jeux de cartes, Henri de Valois l'avait trouvé aux portes de Nancy, disant la bonne aventure, et il avait été séduit
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par une assez belle grimace que faisait le bonhomme .
Se retournant alors vers ceux qui le
suivraient, il avait dit :
— Nous sommes cinq, ce ne serait point trop detre six du pays de France pour aller risquer l'onglée en Pologne.
Et il avait emmené maître Phénix en lui décernant le titre de bouffon.
Le roi s'amusa bien quelques jours de la grimace de son fou, mais hélas!
comme cette grimace était toujours la môme, il fluit par s'en lasser et en demanda une autre. Phénix n'en savait point d'autre.
Le roi demanda des lazzis, des répar-
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lies piquantes, de fines saillies, toutes choses qui composaient d'ordinaire le bagage des fous royaux : Phénix lui chanta deux couplets de Clément Marot et lui récita une scène du Mystère de la Passion.
— Ce drôle-la, pensa le roi, est bêle comme plusieurs Polonais, et j'ai bonne envie de le renvoyer.
Mais Phénix, qui tenâii a ses honoraires, supplia et versa de grosses larmes : ce que voyant, le roi lui dit :
— Je te garde. A une condition, cependant : tu ne parleras jamais devant moi, et quand il le prendra fantaisie de
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rire, tu iras te cacher dans quelque coin pour que je ne te voie pas.
Phénix ohserva scrupuleusement le traité du roi et passa sa vie couché auprès du roi, sur les coussins que Nisus trouvait fanés ou trop durs pour ses reins aristocratiques.
Ce fut en Pologne que se manifestèrent pour la première fois les désolants symptômes de cet ennui chronique qui suivit Henri III sur le trône de France et fut son éternel compagnon durant sa vie enlière. Le roi aimait la chasse, il chassa six. mois avec un certain plaisir. Le septième, il ne chassa que pur habilude et le huitième, il y renonça sous