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prétexte que les chiens étaient médiocres et les piqueurs ignorants.
Le hasard lui fournit pendant deux autres mois une nouvelle distraction.
Le roi était, sans conteste, le premier fleuret de l'Europe, et il en était réduit à ne plus tirer, ne trouvant pas un seul adversaire convenable.
Un matin, il eut la fantaisie d'entrer dans la salle d'escrime de ses pages.
La plupart tiraient assez mal; en revanche, il y en avait un, maigre, fluet, petit, chélif en apparence, qui faisait merveille et boutonnait à tous coups son prévôt.
Le roi poussa un cri de joie et arracha
DU ROI i~>
le fleuret des mains du prévôt, puis il se mit en garde sur le page et lui dit :
— C'est moi qui te donnerai des leçons dorénavant.
Pendant deux mois et plusieurs heures par jour, le roi se plut a initier le jeune page aux mystères les plus subtils de la noble science, et il arriva à le rendre presque aussi fort que lui.
Quand le page avait le bonheur de toucher le roi, le roi s'extasiait et se trouvait de bonne humeur le reste de la journée.
Malheureusement, un beau jour, un fleuret lui cassa dans la main el le tronçon,
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brisant les résaux du masque, alla crever l'œil droit du page.
Le roi, inconsolable d'un tel accident, jeta loin de lui le fleuret brisé et jura
qu'il ne ferait d'armes de longtemps.
* Restait une dernière distraction au
pauvre monarque : sa maîtresse, la belle marquise d'Aureviiley. Cette distraction s'amoindrit et finit par s'évanouir comme les autres. Un jour, le roi s'aperçut que la marquise le trompait pour un gentilhomiï : slave haut de six pieds, qui portait une moustache blonde et un pourpoint invariablement couleur orange.
C'était le pourpoint qui avait séduit la marquise.
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Le roi pouvait tirer une vengeance éclatante des deux coupables, et un moment il y pensa ; mais il réfléchit que la marquise d'Aurevilley était la seule personne qui fût de sa force aux échecs et qui parlât le français purement. Le pauvre roi tenait à sa'partie d'échecs, et plus encore aux vers de son ami Ronsard et de feu maître Clément Marot, que la marquise avait coutume de lire chaque soir.
Ces deux motifs donnèrent au roi le bon sens d'être un homme d'esprit. 11 fit le gentilhomme colonel, lui donna une mission diplomatique, ferma les yeux... cl continua à jouer aux échecs et à écuuter les vers de Ronsard.
Seulement l'illusion était partie, emportant l'amour sur son aile rose. Alors l'ennui arriva, profond, tenace, enraciné; il établit ses quartiers d'hiver dans ce que Henri appelait sa royale bicoque, il dormit sur son chevet, but et mangea à sa table, le suivit à la chasse et conseilla sa partie d'échecs. L'amour-propre d'auteur du sire de Ronsard aurait eu fort à s'en plaindre si Ronsard eût été en Pologne.
Les heures, les jours, les mois s'écoulaient avec une majestueuse et désespérante lenteur; le roi s'ennuyait toujours et tous les jours davan taire. Un matin en lui apprit que le tribunal des francs-
juges 'd'Allemagne daignait s'occuper de lui et blâmait les actes de son gouvernement. Il en éprouva un plaisir sensible et pensa qu'on allait sans doute lui donner quelque occupation.
La déception devait être navrante.
Après lui avoir donné un premier avertissement les francs-juges déclarèrent qu'il n'y avait pas lieu à poursuivre et le laissèrent tranquille.
Lp roi fut désespéré et commença a.
trouver que le métier de roi était le plus ennuyeux de la terre. Un soir il poussa du pied avec humeur son fou Phénix qui sommeillait sur son lapis.
— Tu es nia foi bien heureux, lui dit-il.
— Pas autant que le suppose Voire Majesté, répondit le fou en grognant comme un chien a qui on arrache un os.
— Comment cela?
— Vous me rudoyez.
— Eh, morbleu î s'écria Henri de Valois impatienté, c'est bien a cause de cela que lu es heureux. Je ne trouve, moi,
personne qui ose le faire.
— En ce cas, répondit le fou, si Votre Majesté veut prendre ma place une heure et me céder la sienne, je la rosserai tant qu'elle le voudra.
Le roi sourit :
— C'est la première chose qui ne soit pas absolument slupide que j'entende
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sortir de ta bouche, mais a tout prendre, il faut respecter l'oint du Seigneur : tu ne me rosseras pas... aujourd'hui du moins.
Comme le roi achevait, une porte s'ouvrit, et un gentilhomme, vêtu de noir, parut sur le seuil.
— Cordieu ! s'écria le roi reculant soudain stupéfait, qu'est-ce que celle glace qui vient à moi reflétant mon visage?
Le gentilhomme Qtun pas, puis deux, elle roi reconnaissant qu'il n'avait point affaire a une glace, mais, à uu homme, poussa un cri d'élonnement, et regarda, effaré, son étrange visiteur.
- Morbleu ! murmura-t-il, rappelant
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soudain un souvenir presque effacé, il n'y a qu'un seul homme ou le diable qui me puisse ressembler ainsi.
— Quel est cet homme, sire? demanda le gentilhomme d'une voix respectueuse et ferme en même temps.
— Le fils d'un homme que j'ai aimé comme mon père, et qui se nommait le comte de Furmeyer.
— Ce fils, c'est moi, sire.
Henri de Valois était expansif et bon dans sa jeunesse, ou plutôt dans cette première partie de sa vie qui précéda son avènement au trône de France. En entendant prononcer le nom d'un homme qu'il avait beaucoup aimé, il ne put réprimer
un cri de joie et se précipita dans les bras du comte Hector.
— Et ton père ? demanda-t-il, tutoyant soudain ce jeune homme qui était presque son frère.
— Mon père est mort il y a trois semaine sire, en me parlant de vous.
Henri de Valois passa la main sur ses yeux et une larme en jaillit.
— Ce n'est point l'heure de pleurer, sire, fit aussitôt le comte Hector, c'est
l'heure d'agir.
— Que veux-tu dire ?
— Échangeriez-vous votre couronne d e Pologne contre la couronne de France?
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— Contre une simple abbaye ! s'écria le roi.
— Eh bien ! sire, il faut partir.
— Partir ! niais le roi, mon frère Charles?
— Voire frère se meurt, sire.
Le roi tressaillit.
— De quelle rojrl? demanda -l-il.
— Da poison, dit-on, murmura le comte sourdement.
Le roi recula d'un pas.
•— Cette fois, dit-il, comment le lui a-t-on donné ? Jeanne d'Albret a mis des gants qui l'ont tuée; mon frère François a soufflé trop fort dans une trompe gfl