DU HUI
Un homme qui parul sortir de terre, tant il se présenta à lui d'une manière subite, masqué comme celui qui avait apporté l'ordre do tribunal velimique, vint se placer devant lui :
— Suivez -moi, sire, dit cet homme.
— C'est fort heureux, pensa Hector, que mes juges daignent encore m'appeler sire et reconnaître ma royauté; je mourrai roi, c'est un grand honneur.
Et il se drapa dans son manteau pour se garantir des âpres caresse du vent.
Le guide remonta la berge pendant un
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quart d'heure environ ; puis il tourna brusquement a gauche, et dit au comte Hector :
— Nous allons voyager toute la nuit, sire.
— C'est bien, répondit le comte.
Le guide étendit les mains, le comte suivit la direction de cette main et aperçut, malgré l'obscurité blafarde de la nuit, deux chevaux attachés à un arbre et qui piaffaient d'impatience.
Le faux roi mit le pied à l'étrier sans faire aucune question, se jeta en selle et
laissa passer devant le mystérieux envoyé.
Celui-ci fit prendre le galop à sa monture, la lança à travers champs, et suivi du comte Hector, gagna la lisière d'une forêt qui s'étendait, manteau sombre, sur les épaules inégales et tourmentées d<' deux coltines et d'une vallée étroite au milieu de laquelle les deux cavaliers s'engouffrèrent par un chemin tortueux et a peine tracé.
Certes, il fallait être plus que brave pour aller ainsi, p. ir ce site sauvage et d'aspect sinistre, ;i !a suite de ce guide qui s'envelOppait d'un sombrv incognito, ;'i une
mort presque inévitable, — et y aller sans trembler, sans frémir, sans y songer même.
Car il n'y songeait pas, le fier et noble j eune homme, — il ne daignait pas accorder une seule de ses pensées à ce poignard suspendu sur la poitrine de Henri de Valois et qui le devait atteindre, lui.
Il rêvait à cette femme une heure entrevue, à celte femme adorée depuis avec toute la frénésie, toutes les folies chevaleresques de la passion.
Ainsi qu'un marin altéré, qui n'a qu'un seul verre d'eau douce et qui le ménage avec une économie furieuse, Hector s'abreuvait goutte à goutte a la coupe enchantée de ses souvenirs, les égrenant pour ainsi dire avec une voluptueuse lenteur, depuis l'heure où il avait vu Marguerite pour la première fois, jusqu'à celle où il l'avait quittée pour jamais, emportant d'elle un mot qui valait une couronne, un baiser capable de cicatriser la plus béante et la plus venimeuse des blessures.
.1! se laissait bercer à l'allure rapide
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et parfois saccadée de son cheval, oubliant le lieu où il était, l'homme qu'il suivait, le but auquel il tendait, pour ne se sou venir que de Marguerite et de ce baiser qu'elleavait imprimésurson front.
Pendant ce temps, la vallée dans laquelle il s'était engagé avec son guide se rétrécissait à vue d'oeil, les montagnes qui l'encaissaient devenaient de plus en plus] roides, a pic, affectant des formes tourmentées et sauvages et laissant surgir de leurs flancs noirs de grandes masses de rochers blancs qui ressemblaient) au milieu des ténèbres, à toute une po-
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pulation de fantômes épars ça et là, par une nuit de sabbat.
Tout à coup, l'homme masqué arrêta brusquement sa monture.
- Sire, dit-il d'une voix enrouée à dessein pour la mieux déguiser, il y a des pistolets dans vos fontes.
— Ah! fit le faux-roi avec insouciance.
— Ces pistolets sont chargés.
— Eh bien !
— Or, reprit l'homme masqué, nous
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approchons du lieu de réunion de la très Sainle-Vehme, et tout homme cité à son tribunal souverain y doit arriver désarmé.
Pour toute réponse, le Roi de Trèfle, — nous pouvons maintenant lui donner ce nom, — prit les pistolets l'un après l'autre et les déchargea en l'air.
— Très bien, dit le guide.
Et il continua sa roule.
Les ténèbres augmentaient, la vallée
se rétrécissait toujours, — enfin elle fit un brusque coude, et le Roi de Trèfle se trouva face a face avec un immense roc de granit qui semblait la fermer comme un mur d'airain impénétrable à toute force humaine.
Du reste, la vallée élail entièrement déserte, et l'on n'y entendait d'autre bruit que les sanglots du vent qui passait désolé a travers les branches des sapins noirs, leur arrachant des craque-
ments lugubres et de sourds murmures.
Le cheval de l'homme masqué ne s'arrêta qu'après avoir heurté de son sabot
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ferré la base du roc auquel il arracha une gerbe d'étincelles.
Aussitôt lt> cavalier tira son épée etne frappa le roc avec le pommeau par trois fois et a intervalles égaux.
Alors une partie du roc parut se mouvoir, tourna sur d'invisibles gonds et mit à jour l'orifice d'un trou noir dont il était impossible de calculer la mystérieuse profondeur.
Le cavalier devant qui le bloc de granit venait de s'entrouvrir mit pied à terre