L- hs ce moment le roi 8 retourna et aperçut Fleur
Es se
| + ‘en ons à diverses reprises, est son frère, l’abbé
Fouquet.
Ah! fit le roi, et où est-il, cet abbé Fouquet ? —D'après les, rapports que j'ai reçus aujourd’hui
… même, il est encore à Paris, mais il se dispose à partir.
—Pour la Bretagne ?
—C’est incontestable, bien que ses préparatifs de départ aient un air de mystère. Il se ren sans doute à Ancenis, où M. Fouquet entretient trois cents piqueurs. —Trois cents piqueurs! plus que le roi de France
* men a?
—C’est que le roi de France-ne s’en sent - qu’à la
. chasse.
Le roi fronça le sourcil.
—Et M. Fouquet, acheva Colbert, s’en fera au premier jour des gardes du corps.
Le roi fit un brusque mouvement sur son dite.
—Ceci est trop d’impudence ! s’écria-t-il,
—L’abbé, poursuivit Colbert, va sans doute porter à
la noblesse bretonne des instructions et des promesses.
. Qui sait si le surintendant ne rêve point la succession
de M. Mazarin.
—[l faut que cet homme soit arrêté, dit Louis XIV,
et que les papiers dont sans doute il est porteur ne par- :
viennent point aux Bretons.
Colbert parut réfléchir!
—Le plus simple, dit-il, seraited’établir une souricière aux environs d’Ancenis. Maïs je répèterai à Votre Ma- jesté, il faut pour cela un homme étranger à la cour et à la maison du roi, un émissaire inconnu... et c’est
“Je le trouverai, M. Colbert, soyez-en sûr.
Ÿ Mer
FRRRTENT Len 4 Ty .!
—Oui, Sire, répondit Fleur-de-Mai, et j'ai malgré moi surpris un secret d'Etat, . M. Laporte, en m’introduisant m’avait recommandé d’attendre que Votre Majesté m’interrogeñt.
Louis XIV ‘attacha sur le jeune homme son regard perçant et clair.
— Vous êtes gentilhomme, monsieur, n’est-ce pas? lui demanda-t-il.
—Oui, Sire.
—Alors la parole d’un gentilhomme doit me suffire; donnez-moi la vôtre que vous avez oublié déjà ce que vous venez, d'entendre.
—Sur mon honneur et mon écusson, je le jure! dit gravement Fleur-de-Mai.
Louis XIV continuait à le regarder attentivement.
—Monsieur, lui dit-il encore, vous êtes brave...
—Je le crois, Sire.
—Moi, je le sais, répliqua de roi; vous vous êtes battu
ce matin même, à midi sonnant, sur la place Royale
avec un certain chevalier du Vernais, une créature de M. Fouquet, je crois.
Et le roi interrogea Colbert du regard.
Le financier feuilleta quelques notes et dit:
—Duvernais, officier démissionnaire, sans patrimoine, joueur, vicieux, dévoué au surintendant qui paie ses dettes et lui confie d’assez vilaines missions.
Très bien, dit Louis pIV,. Vous l’avez blessé à la cuisse. Le mal n’est pas grand, monsieur, puisque &e du Vernais est un assez triste gentilhomme; mais je
vous préviens qué je vais remettre en vigueur les édits du feu roi mon père contre le duel. Le sang de mes |
gentilshommes appartient à la France, et ils ne le peu-
vent verser que sur un champ de bataïlle, Avez-vous - | 4
été blessé? poursuivit le roi.
—Non, Sire.
ne d’où viennent ces gouttes de sang que je vois sir votre pour point ?
Fleur-de-Mai rougit légèrement, .
C’est un second coup d'épée, Sire; je l'ai réçu à huit heures du soir.
—Ouminent! s‘écria le roi avec un mouvement d’im-
patience Gù perçait néanmoins une satisfaction légère,‘
eux duels en un jour, monsieur, et à votre âge!
—Ah! $Sire, répliqua hardiment Fleur-de-Mai, on insultait M. le cardinal, et on voulait jeter à l’eau deux femmes de qualité.
Ê: Fleur-de-Mai raconta au roi la scène du Pont- Neuf.
Louis XIV garda un moment le sieste puis, re garant Fieur-de-Mai :
—Puisque vous êtes aussi prodigue de votre sang, monsieur, dit-il, je suppose que vous le verseriez un peu pour m°r service.
—J'usqu'à la dernière goutte, Sire. :
—-Vous m'avez tout à l'heure entendu parler dun messager que je veux envoyer en Bretagne ?...
-—Nni, Sire.
-—Scri2z-vous ce messager ?
—Ponrquoi pas? répondit Fleur-de-Mai avec ur: hardiesse qui xlût fort au roi, et arracha un sourire ap- probateur au visage austère ide Colbert. :
—Cunnaisrez-vous beaucoup de monde à Paris? con: binua le oi.
—Pomonne, Sire, si ce n’est le vicomte de Mailly. C’est veaucoup trop déjà, murmura Colbert. Le vicomte est des amis du surintendant, et il est lié avec - le chevalier du Vernais.
Ah! fit le roi.
| Certainement, Sire, reprit le financier expliquant sa pensée, et voici pourquoi læ espions de M. Fouquet sont nombreux; monsieur est arrivé hier à Paris, il en
HN ee
repart demain ; les gens de sa connaissance, le vicomte, par exemple, s’inquiètent de-ce brusque départ, et Péveil est donné.
… —Ceci est fort juste, dit le roi, mais comment faire?
—Ma foi! Sire, répliqua le financier, aux grands maux les grands remèdes. Le plus sage serait d’envoyer le vicomte passer huit jours à la Castille.
—Non pas, monsieur, car ce serait injuste.
—AÂlors, dit Colbert avec ténacité, advienne que pourra.
Louis XIV demeura pensif un moment.
—Mieux vaudrait dui demander sa parole.
—A ce compte, Siré, mieux vaut encore l’employer.
Cette idée plut fort à Fieur-de-Mai.
—$ire, dit-il, M. de Mailly, Coquelicot et moi, nous , arrêterions bien M. l’abbée Fouquet, le cas échéant, et sans le secours de M. le gouverneur de bretagne.
Puis, voyant que le roi l’écoutait, il ajouta :
—Lorsque trois hommes possèdent un secret, ce secret court risque de s’éventer comme une bouteille de vieux vin-qu’on décoiffe du moins, c’était l'avis ide mon père qui avait ide l’expérience.
Colbert regarda le page du coin de l’oeil.
—Or, poursuivit Fleur-de-Mai, qui se sentait dans son élément\ dès qu'il s'agissait d’un danger à courir, que Votre Majesté me permette de dire à M. de Mailly et à mon écuyer que je pars à son service, et que je cours risque de la vie, ils me suivront sans demander où je vais. Ce sont des hommes qui savent aimer le roi et le servir. Je réponds pour eux. J’offre au roi trois coeurs et trois épées.
Louis XIV réfléchissait toujours, et, en réfléchissant, il observait cette physionomie franche et hardie, spirituelle et fine du jeune page, comme s’il eût voulu de: viner en elle l’avenir tout entier de Fileur-de-Ms .