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= TER 1 RS k AS st RE n né tete armani ms re danse ei pl nn neo et és -
Le roi qui devait se connaître le mieux en hommes, et d’un seul coup) d'oil, commençait à se révéler.
Colbert et Fleur-de-Mai respectaient la rêverie du roi enfin, Sa Majesté reprit :
—{M. Colbert, écrivez deux lignes à M. le gouverneur d'Anjou, et dites-lui que le messager qui les lui remettra a toute ma eonfi ‘e, et que ce qu'il lui enjoiréra de faire il le fera par mon ordre.
Colbert écrivit, le roi signa.
—Maintenant, ajouta-t-il en se tournant vers Fleurde-Mai, quand on a dix-huit ans on ne saurait demeurer page fort iongtemps et une lieutenance dans un de mes régime uts vaudrait mille fois mieux.
Un éclair d’orgueil passa dans Tes yeux de Fleur-de- Mai.
Fleur-de-Mai fit un pas de retrait; de roi le retint: d’un signe.
M. Colbert, dit-il, voulez-vous ouvrir cette cassette que vous voyez dà sur ce dressoir. (C’est ma cassette particulière. Prenez-y deux cents pistoles ét remettrezles à M. de Chastenay. Ce serait chose inuï qu’un gentilhomme voyage ;t de ses deniers pour le compte du roi de France.
Colbert exécuta l’ordre de Sa Majesté, qui donna sa main à baiser au jeune Fleur-de-Mai et le congédia.
—Sire, dit alors Colbert, voilà un enfant qui ira loin; il est intelligent et brave. Votre Majesté fera vien de l’employer, et de le toujeurs garder à son service.
—J’y songe, répondit simplement le roi en souriant.
OU . FLEUR-DH-MAT WIONNA DE PLUS EN PLUS COQUELICOT, LEQUET, S'APERÇUT QUE L'AMOUR, DONT Jl PENSAIT FORT PEU DE BIEN D HISNTE, AVAIT QUELOLEFOIS LE DON DE DÉVMLOPPER L'INTET- LIGENCE A UN HAUT DEGRE
Fleur-de-Mai, en sortant de dhws le roi, retrouva Coquelicot seul et philosophant dans Pantichambre où il l'avait laissé.
L’honnête écuyer était mélancoliquement assis sur une banquebts, le dos au mur, les yeux deri-fenmés, ainsi qu'un homme qui rêve à un monde tout autre que celui qu’il occupe.
(à, mot bon anni, lui dit Fleur-de-Mai, allonsnous-en et dépêchons.
Et où allons-nous done à cette heure, M. le chevalier? demanda Coguelicot ébah: de Pair affairé de son maître.
-Païbleu ! nous nous en allons.
Mais où? .
Nous coucher, probablement.
{lions; dit maïveme.t Coquelicct, excusez-moi,
: e , . RS . . à :
monsieur, mais je croyais que le roi logeait ses pages er
leurs écuyers; par conséquent...
—Mon logis n’est pas prêt.
Et sur cette brève réponse, Fleur-de-Mai passa out:e, et entraîna Coquelicot vers l’escalier des gentilshowmes de service qu’il descendit quatre à quatre. Ce ne fut que dans la rue de Valois que, rompañt son mutisme, Fleur-de-Mai se pencha à l’oreille de son écuyer.
—Nos chevaux sont un peu las, n’est-ce pas? lui dit. .: LIRE
—Plaît-il? fit Coquélicot.
—Feront-ils bien dix lieues encore ?
—Ah çà! mais nous partons donc ?
—Demain, au point du jour. /
—Où allons-nous?
—C’est mon secret. :
Coquelicot recula d’un pas. Il était stupéfait d2 l’aplomb de Fleur-de-Maï.
—C’est-àdire, ajouta celui-ci, c’est le secret du roi. Donc il ne m’appartient pas.
Coquelicot hocha la tête de haut en bas en signe d’approbation.
—-Les chevaux sont las, dit-il, mais ils sont bons; allons-nous loin ?
—C'est encore mon secret.
—Très bien, murmura Coquelicot à part du: ; je vois que mon ieune maître est devenu en une heure un personnage important, puisque le roi, qui ne l’avait jamais vu ce matin, lui confie une mission storête.
— Maintenant, continua Fleur-de-Mai, allons rue St- Jacques, chez le vicomte de Mailly.
Je vicomte est couché, monsieur; il est onze heu-
—Il se lèvera.
Meurxle-Mai avait réponse à tout.
Bon! anurmura philosogphiquement Coquelicot, on
Ne
a beau avoir cinquante ans, on apprend toujours quelque chose. Hier, mon jeune maître ressemblait fort à
‘une belle fille ignorante et timide ; aujourd’hui, il a le
geste leste, le verbe décidé ; il est devenu un personnage. IL ést vrai qu'entre hier et aujourd’hui M. le chevalier ust devenii amoureux. Que l’on dise après cela que l’amour rend bête! Je trouve, au contraire, qu’il donne furieusement de lesprit.
Onze heures sonnaïent en ce moment à St-GermainlAuxerrois. Fleur-de-Mai et son écuyer avaient pris’ la rue St-Honoré, puis celle de lArbre-Sec, et ils cheminaient à grands pas le long de la rivière, gagnant le pont St-Michel.
Coquelicot/ monologuait sur amour et les jeux bizasres du hasard qui d’un petit gentilhomme de province faisaient tout à coup un messager du roi de France; Fleur-de-Mai croyait faire uu rêve, et récapitulait les nombreux événements de la journée.
Or, comme l’amour a place dans tous les rêves, et comme l’ambition l’encourage au lieu de lui nuire, notre héros tout en échafaudant un magnifique ave-nir sur le succès de son entreprise aventureuse, et s’appelant n. petto déjà M. le lieutenant, notre héros se prit à songer à la belle jeune fille de la place Royale, et il porta plusieurs fois à ses lèvres Îles glands de la dra-
æonne nouée par ses Lianches mains à la garde de son épée.
Or, tout en songeant à elle, leur-de -Mai s’avoua avec tristesse qu’il allait quitter Paris LL qu’il partirait sans l’avoir revue.
—Mais Fleur-de-Mai était en veine de hardiesse.
Je veux la revoir, se dit-il.
Si l’honnête Coquelicot eût entendu son maître, il eût haussé bien certainement les épaules, car il était onze heures du soir, et à cinq heures du matin, Fleurde-Mai devait avoir le pier à l'étrier.
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__ A moins que le diable ne s’en mêlât, il était mpossible de trouver un prétexte honnête et plausible pour se présenter place Royale à ure heure aussi indue. Nous: woserions affirmer que Fleur-de-Mai qui était an garçon pieux, eût compté sur le diable en cette occurrence ; mais il était devenu page, et un page doute-t-il jamuis de rien ?
Fleur-de-Mai cherchait donc le prétexte, lorsqu’il arriva à la porte de M. de Mailly.
. Le suisse n’était point couché encore. Au premier coup de marteau, ii ouvrit.
—Ton maître est-il encore levé?
Le suisse se troubla et balbutia.
—Parle, dit Fleur-de-Mai d’un ton bref, je” veux absolument le voir.
—Monsieur, reprit timidement le suisse. M.
comte est, comme chaque nuit, dans le petit pavillon de jardin où jamais on ne le dérange.
—Diable! pensa Fleur-de-Mai qui se souvinc ‘le tout ce qu'il avait vu à travers les persiennes, le vicomte est bien l’homme de plus mystérieux que je connai#”, et je serais curieux de savoir ce qu’il fait dans le pavillon.
Puis il ajouta tout haut:
— N'importe! va le prévenir. C’est de la part du roi.
Au nom du roi, le suisse n’hésita pas, et il alla quéiir son maître, tandis que Fleur-de-Maiï et Coquelicot attendaient dans la petite salie à tentures sombres où 1° vicomte demeuraïit pendant le jour
Le vicomte arriva. Il était fort pâle et bémoigna unc grande surprise de voir Fleur-de-Maï.
-—Je vous ai dérangé, dit celui-ci; excusez-mort.
—Oh! fit M. de Mailly, d’un ton qu'il s’efforça de rendre insouciant et léger, l: nuit est belle; je prenaïs Pair au jardin. Maïs, mor cher chevalier, je vous
Rat. Eure
ai offert de loger chez moi; vous avez accepté. Je ne vous attendais que demain, mais vous êtes le bienvenu aujourd’hui. Un ami peut frapper à ma porte la nuit comme le jour.
—Mon cher vicomte, répondit Fileur-de-Mai avec la :
même faniliurité, depuis trois heures que je ne vous ai vu, je suis entré en fonctions.
—Fonctions de page ?
Cai, de page voyageur.
Le vicontc ouvrit de grands yeux.
—Le roi a probablement l'intention de faire un veyage en Anjou, car il m’envuie mréparer ses logis.
—-Et vous partirez ?
—‘Au point du jour.
—Merci, en ce cas, d’être venu me serrer la main.
—Attendez douc, interrompit Fleur-de-Mai, ce & ’est point tout encore.
—Mon Dieu, vous m’effrayez.
— Vous avez servi, n’est-ce pas ?
—Oui, aux mousquetaires.
- —[Le service du roi vous déplaisait-il ?
—Non certes, mais des chagrins domestiques m’ont fait quitter la casaque.
Et moi, je la prends. Le roi aura voulu m’éprouver: il me donne du même coup un secret à gard:r, anille ennemis puissants à gagner, ur coup de poignand à risquer; il me traite en favori dès le premier jour.
—Que dites-vous, chevalier ? un secret à vos dix<huit ans ?
Un secret à mes dix-huit ans, et qui sera bien gardé, foi de gentilhomme !
—Ht des coups de poignard ?
—Oh! pour cela, je ne puis rien garantir ; poignard, pistolet et arquebuse, je ne sais pas au juse ce qu m'attend et je ne m’en soucie-guère. Par la mort-Dieu?
de d'a en
qu’en dites-vous, cher vicomte. Au service ce matin, .
ce soir en campagne. Le roi Louis XIV se connaît en hommes, il faut l’avouer.
—En hommes, dit le vicomte qui sourit doucement. Pauvre enfant! je ne te laisserai pas seul courir le monde. Attendez-moi, chevalier, je voué suis. Vous garderez le secret du roi, maïs je vous suivrai comme votre ombre, et si le péril doit venir, nous serons deux à le recevoir.
—Merci, dit le chevalier, j'accepte DE le roi et pour moi.
—Que m'importe après tout? dit le rent en se parlant à lui-même; ne vaut-il pas mieux mourir en protégeant cet enfant que de mourir ici de ma douleur ? Il passa la main sur son front, comme pour chasser un souvenir pénible. Où allez-vous, mon beau page, dit-il, où allez-vous, mon capitaine? z
—Mon cher, dit Wleur-de-Mai avec un calme parfa:t, je vous avouerai que c’est un peu le monde renversé. Vous avez trente-cinq ans, Coquelicot cinquante, moi dix-huit. Ce serait donc moi, en apparence, qui devrais ignorer le but du voyage et suivre les conseils de mes maîtres en expérience. Eh bien, pas du tout, c’est moi qui commande et dirige l’expédition, car tel est le bon plaisir de Sa Majesté, et vous le savez, vicomte, le bon plaisir de Sa Majesté doit être le nôtre. Tout pour le roi, et que saint Denis nous protège!
Le vicomte regardait Fleur-de-Mui, et commençait à se demander sérieusement sil n'avait point perdu la tête.
Mais le page tira de sou sein le billet de Colbert.
—{(onnaiseez-vous cette écriture ? demanda-t-il. Le vicomte fut contraint de reconnaître que Fleur-
de-Mai n’était point fou, et il s’inclina.
Maintenant, continua le page, il me faut votre pa-
SU
role que nul, à Paris, ne saura de votre bouche où vos allez.
—Je vous la donne.
— Ensuite, demain au point du jour, vous monterez à hevcal et m’attendrez à la porte St-Jacques.
—Très bien; mais pourquoi ne point partir d'ici?
—Pourquoi? dit Fleur-de-Mai qui avait une arrièrepensée, parce qu’à quatre heures du matin trois chevaliers qui chevauchent par les rues éveillent l’attention des bourgeois. Et, je vous le répète, notre mission est
secrète, —A présent, bonsoir, vicomte. A quatre heures, à la porte St-Jacques.
—J’y serai, dit le vicomte pensif.
Et Fleur-de-Mai quitta le vicomte sous prétexte d’aller dormir deux heures et préparer son départ.
Mais, en réalité, notre héros avait autre chose à faire, car lorsqu’il eut atteint avec Coquelicot l’extrémité opposée du pont St-Michel, il dit à ce dernier:
-—Maiïintenant, mon bon ami, tu vas rentrer à l’hôtellerie de la rue de l’Arbre-Sec, tu feras panser les chevaux, fermeras nos valises et règleras notre écot. Après quoi, tu dormiras, si bon te semble, en m’attendant.
—En vous attendant ?
—fSans doute.
—Mais où allez-vous encore ? |
—Bon! dit Fleur-de-Mai avec suffisance, vais-je pas maintenant te faire un beau discours pour te prouver qu’un gentilhomme qui &e respecte ne saurait se dispenser d'aller rêver un peu sous le balcon de sa maîtresse ? Je vais à la place Royale, pardieu |
«Ah ! par exemple! s’écria Coquelicot abasourd:, je
>. crois, monsieur le chevalier, que vous avez vieilli de dix $ # années en quelques heures. Si cela continue, je serai
fou en huit jours, tant vous changez à vue d’ oeil.
M Pa
Fleur-de-Mai répondit par un éclat de rire, et, laïssant Coquelicot stupéfait, il prit en courans le chemin de la place Royale.
La place Royale n’était point alors ce qu’elle est aujourd’hui, c’est-à-dire ur paisible quartier habité par de bons-bourgeois qui se couchent à dix heures, et écoutent avec satisfaction le pas cadencé des patrouilles veillant sur leur repos.
A cette époque, elle était noblement: lbabitée; les grands seigneurs y avaient leurs hôtels, quelques belles impures leur petite maison ; on y soupirait d’amour sous les croisées, et les seigneurs espagnols, venus à la suite de la reine Anne, y avaient introduit avec succès le goût de la sérénade.
C'était encore le terrain invariablement chañi pour les nombreux duels qui avaient lieu, et le guet ne s’y hasardait jamais, mettant en pratique ce proverbe: “Qu'il ne faut déranger ni les amoureux ni les gens qui se battent. ”
Lorsque Fleur-de-Mai y arriva, la place était déserte. Par extraordinaire, aucun gentilhomme n’y pinçait les cordes d’une guitare ou n’y âttendait un rival l'épée à la main.
Si bien que Fleur-de-Mai était maître du terrain.
Le page était venu à la place Royale sans trop savoir comment et sous quel prétexte il pourrait s’introduire chez la chanoïnesse, mais obéissant à une pensée aussi vague qu’insensée.
Au moment où il franchissait les grilles, qui demeuraïient ouvertes toute la nuit, ses yeux rencoutrèrent une Jumière. Cette lumière brillait doucement, à travers
- des rideaux de soie, au premier étage d’une maison.
O bonheur! cette maison était celle de la belle cha-
noïnesse, et, bonheur plus inespéré encore, Fleur-de-Mai de
en se rappélaut la topographie intérieure de l'hôtel,”
souvint qu’il avait remarqué, dans la soirée, un grand —.
arbre qui montait, épais et touffu devant les croisées de l’oratoire où la jeune femme l’avait introduit pour y panser sa blessure.
Or, précisément la croisée éclairée était vis-à-vis du grand arbre; donc la lumière venait de l’oratoire; et qui pouvait être dans l’oratoire, à cette heure, si ce n’était la chanoinesse ?
L'esprit poussait si merveilleusement à Fleur-de-Maï depuis quelques heures qu’il fit toutes ces réflexions-là en un clin d'oeil, et bâtit sur4le-champ tout un plan
d'attaque.
Le plan était hardi: il ne s'agissait de rien moins pour le page, que de s’introduire nultamment chez Mme de Mailly.
Fleurde-Mai s’-pprocha done de l’arbre, mesura du regard son tronc noueux, la longueur de ses branches, et remarqua avec joie que l’une d’elles, poussant horizontalement, s’approchait de la croisée à une distance de deux mètres.
Le saut était rude, et si Fleur-de-Mai manquait son
coup, il était évident qu’il se casserait les reins. Ensuite, ÎT y avait un autre inconvénient: si, à la rigueur, on pouvait sauter de la branche sur lentablement de la
- croisée, il était impossible de sauter de l’entablement
sur la branche. (Comment donc, en admettant que Fleur-de-Mai pénétrât dans loratoire et qu’il n’y fût point reçu comme un voleur de nuit, s’en retournerait-
- il par le même chemin? Fleur-de-Mai réfléchit à tout
cdla, et il se grattait l’oreille comime un homme très embarrassé, lorsqu'il entendit marcher derrière lui.
T1 se retourna brusquement, et se trouva face à face avec un homme entre deux âges, vêbu comme un bourgeois, d’un visage souriant et bonhomme, et qui le salua avec uné familiarité respectueuse en lui disant:
- Bonsoir, mon gentilhomme,
Ÿ., | 4 y. CG Sr Ve 2N y CG < y AN «<< NA S N LS UC NA A €. < K Y Ÿ, €" > ŒAau y 5 AAaasaa = | . CR nu + 2] =U <y sg | cJu = Z SÙ | UE z 2 = = — ES ge.
=+i- | ÉR es É N | NN N 7 AN NN AN D JR ® Ce SN = Ÿ a Ten / À 49,9 N LA 7 + en WS s$? \ »2 4 Ne ee, ON dé 4 AE
CÈ
—Bonsoir, l’ami, répondit Flexr-de--Mai tpatients d’être dérangé.
La branche est bien loin de la croisée, continua Pinconnu, répoñdant ainsi de vive voix aux réflexions méntales de Fleur-de-Mai. «
—Plait1i? fit celui-ci en tressaillant.
—-Je dis que la branche est bien loin...
—Ah çà! que me chantez-vous donc là, mon ami? “demanda Fleur-ûe-Maï un peu troublé de se voir deviné si bien.
L’inconnu se prit à sourire.
—Pardon, mon gentilhomme, dit-il ; mais je vois que Votre Seigneurie ne me connaît point.
En efiet, dit Feur-de-Maï.
—On m’appelle le père Mathias, poursuivit l’inconnu.
Eh bien! monsieur Mathias, je suis exchanté d’avoir fait votre counaissance.
L’inconnu sourit de nouveau.
—Il faut que Votre Seigneurie soit de province, ditil, car sans cela...
--Eh bien! sans cela..
Elle saurait que je ui puis ètre itile:
—Quelle est done votre profession, M. Mathias ?
—Je suis loueur d’échelles et de guitares.
—Plait-il ?
—Je demeure ici près, sous les arceaux opposés. Je tiens boutique de guitares pour les amoureux timide: qui s'amusent et s’arrêtent à l’amour sentimental, ei je loue une bonne échelle de huit pieds aux amoureux plus hard's, qui trouvent que mieux vaut escalader le balcon de sa maîtresse que soupirer dessous un roman- cero.
.=Par ia sambleu! s'écria Fleur-de-Mai enthousias-
mé, vous êtes un homme précieux, M. Mathias.
—Votre Seigneurie me combie. Du reste, ajouta le
bé
juif, je suis discret, croyez-le bien. Je ne me souviens pas plus, le lendemain, du gentilhomme à qui j'ai loué mon échelle que de la ercisée contre laquelle je l'ai appogée. Il m'est arrivé même de louer deux ou trois fois la même échelle dans la même nuit, pour atteindre la même croisée, à deux ou trois gentilshommes différents, sans que n° les uns ni les autres l’aient su jamais.
—Diahle! murmura Fieur-de-Mai, à qui ceci plaisait beaucoup moins. Le chevalier du Vernais louerail-il pareïllement des échelles ?
—Or, continua Maïhias, j’ai deux sorts d’échelles. Les unes ont huit pieds, je les loue deux pistoles: les autres, seize, je les loue un petit écu.
—Tiens, dit Fleur-de-Mai, voilà qui est bizarre. II me semble que les plus longues devraient êt'e louées plus cher, au contraire.
—-Votre Seigneurie est dans l'erreur. Les échelles de huit pieds ne vont qu’au premier étage, tandis que celles de seize atteignent le deufiè ne.
—Eh bien ?
—Eh bien, le premier étage est occupé généralement
par les femmes de qualité, alors que le deuxième est
destiné à leurs suivantes; il est donc raisonnable que
Pon paye plus cher pour les premières que pour les .e-
condes.
Ce raisonnement parut si profond à Fleur-de-Mai, qu’il ne trouva aucune objection à y faire, et dit à Mathias :
—ÆEh bien! c’est une échelle de huit pieds qu’il me faut.
Je lPavais deviné, mon gentilhomme, car je: vous - suis depuis dix minutes, voilà l’échelle.
Et lesdrôle étendit la maïn vers les arceanx, au pied
desquels l'échelle en question était posée horizontale-
ee
une de. fonmes les plus os les ds —— les a
bi
ment. Puis il l’éleva, lappliqua sans bruit contre le mur, salua Fleur-de-Mai, et lui dit:
—Bonne chance, mon gentilhomme. Vous sifflerez avant de redescendre. Je fais le guet.
Et Mathias s’éloigna.
Mleur-de-Mai s'était trop aväncé pour reculer. Il assura l’échelle, y mit bravement le pied, et monta à fassaut de la croisée, comme à Passaut A ville, le coeur chaud et le front hardi.
Notre héros ne s'était point trompé. C'était bien la fenêtre de l’oratoire de Mme de Ma:lly qui était éclairée, et cette dernière, comme il en avait eu le pressentiment, s’y trouvait malgré l’heure un peu avancée.
La chanoïnesse était assise dans un grand fauteuil, la tète renversée en arrière, les yeux demi-clos et rêvant.
Rêvant comme rêve une jeune fille de vingt ans qui sait déjà la vie où elle entre à peine, et qui a la prescience de l’amour sans avoir aimé encore.
À cette époque un peu galante, la jeune fille à qui des voeux temporaires et légers donnaient le titre de chanoinesse, se trouvait par là même plus indépendan-
-te, plus femme accomplie, si l’on peut employer ce mu,
que ls autres filles de son âge.
Le titre religieux était un chaperon et donnait droit à la qualification de madame.
Une chanoinesse, sans que sa réputation « en souffre, pouvait recevoir des visites, sortir seule en chaise à portou:s ou en carrosse, aller aux bals de la cour ”t aux rceptions du roi, et recevoir enfin les hommages respoctueux d’un aspirant à sa main. Dans ce dernier cas, si les: hommages étaient agréés, da choinesse s’a-
… dressait à Mgr larchevêque de Paris, qui la relevait te. . ses voeux, Ca colle se mariait.
Mme de Mailly, qui avait alors die-nédit atis, était
PART. DRAP OUR Le NM ER
plus andemment désirées par tout ce que Paris et la cour possédaient de gentilshommes à la mode.
Si Mathias n’eût été discret, il aurait pu énumérer à Fleur-de-Mai les ombres de guitares qu’il avait louées à son intention; quant à nous, qui sommes historien, nous dirons hautement que jamais il n’avait jusque-là loué une chelle pour atteindre aux croisées de la chanoisse.
Mme de Maillÿ était hebituée aux hommages et sn souciait peu. En dépit des efforts de ses adorateurs, elle demeurait chanoïingsse, et ne parlait de rien moins que de prôhoncer un pen plus tard des voeux irrévocables. nu
Elle avait pour cela deux raisons :
La première c’est que son coeur demeurait muet et n'avait encore tressailli pour personne, si galants et si bien tournés cependant que fussent ses adorateurs.
La seconde raison, était plus sérieuse encore : son frère le vicomte n'était point marié, mais il n’avait que trente<inq ans, il se marierait inévitablement un jour où l’autre pour ne point laisser éteindre son nom, et aiors la dot de la chanoïnesse, soumise aux dures lois du droit d’ainesse serait des plus minces.
Eh bien, depuis quelques heures les belles résolutions de la chanoinesse avaient été un peu ébranlées, son coeur, qu'on prétendait de marbre, s'était ému, son front calme avait rougi, sa lèvre, que la coquetterie armait d’un infernal sourire, était subitement devenue sérieuse,
Depuis quelques heures Mme de Maïliy n’était plus la même femme était pensive et rêveuse.
ge, s’emparait d'elle. Jusque-là, le chevalier du Vernais ne Jui avait inspiré qu’une indifférence railleuse
- — Elle rêvait délicieusement à tous des événements de cette journée, et un sentiment bizarre, presque étran-
et un peu hautaine, elle était indignée de l’andace qu'il
ER os | à
avait déployée la veille, et elle éprouvait une sorte de haine pour lui. Peut-être songeait-elle qu’il aurait pu tuer Fleur-de-Mai.
Et la Soirée s’avançait. (La wieille marquise de Pré- Gilbert avait depuis longtemps regagné son appartement, où elle n'avait (pas tardé à s'endormir en lisant a un roman de Mlle de Scudéri, la protègée ide Mn:e de A4 Rambouillet, et la chanoïinesse était toujours dans son oratoire, la tête renversée en arrière, ses ibelles mains appuyées sur les bras du fauteuil, et l’oeil tourné vers celte icroisée enir ’ouverte qui donnait sur la place Royale.
Tout à coup un léger bruit la fit tressaillir ; elle leva vivement les yeux et étouffa un cri d’effroi.
Un hômme était debout sur l’antablement extérieur de la eroisée, et cet homme posait un doigt sur ses lèvres comme pour recommander le silence,
La terreur avait empêché la chanoïinesse de crier. Son proiier mouvement fut de se lever et de fuir Mais elle n’en eut point le temps; car l’homme, pous-
sant la persienne, sauta résolument (dans la chambre. Et Mme de En demeura immobile de stupeur 2t comme paralysée. .
Elle avait reconnu Fleur-de-Mai.
On sait avec quelle témérité notre héros avait exéc.1té son projet. Tant qu’il n'avait été aux prises-qu’avec les obstacles mucériels, son audace avait été croissant : mais ces obstadles sunmontés, et dès qu’il se trouva ea présence de celle qu'il aimait, chez elle, à près de minuit, il sentit s’évanouir sa hardiesse, et’ il redevint
tremblant et timide, et honteux de sa folle démarche à la vue de cette femme pâle et stupéfaite qui le rare daït avec une sorte d’épouvante. me
Pendant quelques secondes, les deux jeunes gens se regardèrent sans oser échanger ün mot, Fleur-de-Mai
pan à redonter ma n’eût $ tout on com=.
. Promis la cause de son amour par son audace; la cha- l: noïnesse en se demandant si ce téméraire qui s’introdui- | sait chez elle comme un voleur de nuit et par l’escalade était bien le même que ce jeune seigneur à qui elle avait dû la vie quelques heures auparavant.
Enfin Fleur-de-Mai domjpta son émotion, et fit quel-
| ques pas vers elle, mit un genou en terre et murmura A humblement : te $ —Pandonnez-moi, madame... | Quand l’homme supplie, la femme redevient forte | auss'tôt. Mleur-de-Mai était à genoux, Mme «de Mailly | 25 se trouva aussitôt maîtresse d’elle-même; et comme ll l’anme la plus tsrrible de la femme est la dissimiulation, eo
elle se prit à sourire pour cacher son trouble.
Mais son sourire n'avait rien de hautain, il était à. Le peine railleur, et Fleur-de-Mai comprit qu’il était déjà da pardonné. EN AS
—Ah çà, M. de Chastenay, se hâta de dire da chanoinesse qui tenait à parler la première, m’expliquerezvous laventure qui vous entraîne à vous réfugier chez moi? Avez-vous encore pourfendu quelqu'un, et cette fois la maréchaussée est-elle encore à vos trousses? Dans ce cas, je vais vous cadher bien vite... tenez... là... dans ce cabinet... Et la chanoïnesse souriait toujour.
Heureusement Meur-de-Mai avait repris tout son aplomb : ‘ Lo
—Rassurez-vous, madame, dit-il, personne ne me poursuit, et je viens simplement vous faire visite.
—Une visite! monsieur...
—QOui, madame...
—À minuit passé?
Tiens, fit négligemment le page, qui devenait effronté, excusez ma distraction, madame, je ne croyais
pas qu'il fût si tard. Die —Bon! fit Mme de Maïilly qui partit d’un éclat de
rire : avez-vous également pris la fenêtre pour la porte ?
, Dans ce cas-là, monsieur, au lieu de vous cacher et de
vous mettre à lPabri des sergents, j’enverrais quérir un
chirargien pour vous saigner, car vous avez bien certainement un transport au cerveau.
L’éclat de rire de la chanoinesse eût inévitablement. déconcerté un amoureux ondinaire et produit sur lui Veffet d’une carafe d’eau versée sur une tête en ébullition ; mais notre héros n’était point un amoureux ordinaire, et il répondit avec le plus grand calme :
—Pandonnez-moi, madame, mais je pars demain au point du jour. Le roi m’a changé d’uue mission secrête; et je ne pouvais quitter Paris sans vous voir une dernière fois.
—Eh! monsieur l’ambassadeur, fit la ch&noinesse; eh! monsieur le diplomate, qu” avez-vous fait de votre dignité? Un envoyé du roi de France escalader mon
tisnne ? é
portante choses à vous dire.
—Oh ! oh! serait-ce un secret d'Etat ?
… —Hélas! non...
—Serait-+e pis encore ?
—Peut-être oui... pour moi du moins...
La chanoïnesse souriait toujours.
— Voyons, monsieur, dit-elle, expliquez-vous... de quoi s’agit-il ?
—De l’état de mon coeur, murmura Flvur-de-Mai fort sérieusement.
Et il se remit à genoux, prit dans ses mains da petite main @ Mme de Maiïlly, qu elle n’eut point le LenrAge : 48. ui retirer, et levant sur elle un oeil suppliant:
Savez-vous bien que je vous aime? dit-il.
REPORTS TE ER CRT ES (PT SR RE ERREUR PE Lai CRT ER CUT Pr en A À
humble fenêtre! Que va dire Sa Majesté très chré- :
—Ah! soupira Fleur-de-Mai, c’est que j'avais d’im-
- La déclaration était directe. Mme de Mailly ue put rene de Rien et elle te vivement sa Es ;
—Oh! pardonnez-moi, madame, lui dit vivement Fleur-de-Maï, je vous ai vue une heure, et j'ai senti que je vous aimerais éternellement; et lorsque le roi "n’a ordonné ide partir, j'ai été pris d’un accès de folie, il m’a semblé que partir sans vous voir, sans emporter de vous un mot d'espoir, un regard d’adieu, serait le plus cruel de tous les supplices, et alors je suis venu, et n’osant m’introduire par la porte, j’ai escaladé la fenôtre. Si Je suis coupable, punissez-moi, mais de grâce ne me repoussez point.
Un moment émue et dominée par les battements pré- Ccipi és de son propre coeur, Mme de Mailly eut bientôt
* reconquis sur elle-même cet empire absolu qui fait les
femmes si fortes. Son sourire reparut et elle dit à Fleur-de-Mai :
—Savez-vous bien que vous êtes fou ?
—QOui, dit-il avec un adorable mélange ide hardiesse et de naïveté, fou d'amour.
—Quel âge avez-vous ?
—Dixhuit ans.
—Moi j'en ai dix-neuf; je suis votre aîniée par conséquent, et je dois avoir plus d'expérience que vous.
—Ah! dit Fleur-de-Mai, la regardant étonné, c’est bien possible. .
Cela est, monsieur. Or, continua da jeune femme en lui jetant un tendre regard, je sais une chose, c’est que les hommes prétendent qu’ils aimeront éternellement...
.—Eh bien?
Et ils sont aussi inconstants, monsieur l’écervelé, qué le beau temps en automne, les papillons au printemps et la mer bleue sous les tropiques.
"—Oh! je ne suis pas ainsi.
Bon! c’est ce que tous «disent.
, unes mon amour à l'épreuve... ma constance. .
L’attitude de Fleur-de-Mai était suppliante, con gesle Gioquent, sa voix caressante et persuasive, Mme de Mailly commeuçait à se repentir un peu de n’avoir point crie au voleur,
—Je vous aime... murmurait-il tout bas.
—1l vous aime, murmurait également une voix gecrête à l’oreille de la chanoinesse ; et lle coeur de la chanoïnesse palpitait et était prêt à répondre :
—Moi aussi...
Et puis, 1l était minuit; c’était au mois de mai, par la croisée entr’ouverte entraient les brises embaumées, et le silence mystérieux d’une nuit d’été propice aux confidences de deux jeunes coeurs.
"Mme de Mailly et Fleur-de-Mai se regardaient et ne parlaient plus... lui, toujours à genoux, elle, debout
et à demi inclinée sur lui: Enfin elle se domina :
—— Vous allez donc en campagne ? dit-elle,
—En campagne, oui, répondit le page.
—Pour longtemps ?
—Je ne sais.
—Eh bien! fit-elle avec un adorable sourire, revenez bien vite... peut-être vous croirai-je.
Fleur-de-Mai poussa un eri de joie et voulut reprendre sa main. Mais elle la retira et lui dit:
—S1 vous voulez d’abord que je puisse croire à votre amour, et qu'ensuite je mette à l'épreuve votre constance, 11 vous faut avant tcut mériter votre pardon.
—Suis-je donc coupable ?
La chanoïnesse montra du doïîgt sa croisée :
—Pensez-vous, fit-elle en souriant, que le saint-père vous doive un chapeau de cardinal pour la belle ma-
. nière dont vous êtes entré chez moi ?
Cest juste, murmura Fleur-de-Mai jque faut-il - donc faire pour obtenir ce pardon ?
. —Reprendre sur-le-dhamip le même chemin. Adieu. … Fleur-de-Mai était trop galant chevalier pour ne point
ne
obéir sur-le-champ ; il salua la jeune femme du regard et du geste, sauta sur l’entablement de la croisée et
. posa un pied sur l’échelle.
Alors, désarmée par sa soumission, la chanoinesse fit un jpas et lui tendit la main.
Fleur-de-Mai la porta à ses lèvres, y mit un ardent baiser, puis la main lui fut retirée, la croisée se referma soudain, et la lumière s’éteignit.
À la rigueur, Mleur-üe-Mai aurait pu croire qu’il avait rêvé.
Le père Maëhias attendait au bas de l’échelle :
— Votre Seigneurie a du bonheur, dit-il.
—Comment cela? dit Fleur-de-Mai brusquen.ent rappelé à la réalité par la voix cauteleuse du juif.
—Le guet vient de passer, dit-il, mais il n’a rien vu; J'avais prudemment retiré l'échelle.
—M. Mathias, répondit le page pénétré de reconnaissance, vous êtes un homme d’esprit. |
—Votre Scigneurie me comble.
Et le page tirant sa bourse ajouta :
— Voici deux pistoles pour léchelle et trois pour vos bons soins et votre prudence.
Mathias salua jusqu’à terre et pensa que Fleur-de- Mai était un prince du sang qui courait le guilledou incognito.
—Que le Dieu d'Israël et ide Jacob, murmura-t-il,
fasse longue vie à Votre Seigneurie et me conserve sa pratique !
—Merci du souhait, l’ami; mais je crains bien que la” :
seconde partie de votre souhait, ne s’accomplisse point. —Mon Dieu! fit le loueur de guitares avec effroi, ariez-vous rompu avec la dame ?
—-Oh! bien au contraire.
. —Alors, espérons-le, Votre Seigneurie aura encore … . besoin de mon échelle.
—Je ne le crois pas.
Et comme Mathias le regardait étonné, Fleur-de-Mai poursuivit avec une fatuité superbe :
—Je crois qu’à l'avenir j’entrerai simplement par la. { . porte.
: Et il s’en alla en fredonnant, laissant le juif stupéfait de son aplomb. : \ :
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