‹ Le page Fleur-de-Mai [microforme]Chapitre 19 sur 29 · FN AT MR · texte numérisé non relu

FN AT MR

et alors il suffit d’un i-dice, d’un soupçon, pour que l’hôtellerie soit cernée, attaquée, et qu’on mette tout en. oeuvre pour délivrer le prisonnier.

—C’est juste, murmura M. de Maïlly.

En ce moment-là on entendit le galop d’un cheval; c'était le second coureur, celui qui précédait le carrosse d’une neure ou deux seulement, qui arrivait. -

Le coureur avait passé comme une flèche au carrefour du Chêne. Il avait bien vu le cheval mort; mais un paysan l’avait dépouillé de son harnais, et il n’était point venu à l’idée de lestafette que ce cheval était celui ide l’abbé.

—Hé! vite des chevaux, s’écria-t-il en sautant à terre devant maître Jean ébahi.

—Les chevaux, pour qui?

—Pour M. l’abbé Fouquet, le frère de Mgr le eurintendant.

—Ï1 arrive donc ?

—Ah çà, fit le coureur stupéfait, vous n’avez donc pas vu le premier coureur? celui qui est passé entre onze heures et minuit ?

—Il n’en est point passé.

—Vous êtes fou!

—WSur ma parole, je vous le jure.

Cette conversation avait lieu sur le seuil de l’hôtellerie. Fleur-de-Mai et le vicomte s'étaient penchés à la croisée pour voir le coureur.

T’abbé écoutait avec anxiété. Mais il avait eu le temps, pendant que les deux gentilshommes se pen:

chaïient une minute à la croisée, d’arracher d’un eale- : :

pin qu'il avait sur lui un feuillet sur lequel il écrivit ces deux lignes :

“Je suis prisonnier à Ing: nde, gardé par trois

hommes, délivrez-moi.

Pabb£. Fouquet.”

par en M ne net rédac ou “

$ $ Ë pe î : [£

Comment ferait-il parvenir cet avertissement aux siens? Il ne le savait pas, mais il avait écrit à tout hasard, et il comptait sur une circonstance imprévue.

L'espoir d’être délivré lui était revenu. Et puis il avait réfléchi qu'à Ancenis on saurait fort bien qu’il n'avait point paru, qu’alors on soupçonnerait la vérité, et qu’une petite armée se mettrait en route pour le sauver; mais il fallait pour cela que les soldats du gouverneur d'Anjou n’arrivassent point avant le carrosse.

Tandis que l’abbé reprenait ainsi courage et avait pruldemment caché sous son oreiller le feuillet arraché à son calepin, Pepe écoutait, du fond de l’écurie où il pansait son cheval, le dialogue de l’hôtelier et du coureur.

La sagacité de l'Italien ne pouvait s’y tromper. Ce coureur dont on demandait des nouvelles, c'était le prisonnier de Fleur-de-Maïi. Maintenant, quel était-il ?

La beauté de ses mains, la finesse de son lige disaient éloquemment que c'était un homme de qualité. Pepe était sur la trace ; il allait la suivre patiemment, et savoir quel parti il pourrait tirer de sa vengeance,

—Aïnsi, vous ne l'avez pas vu! insista le coureur.

—Non, je vous le jure.

—Qui sait, murmura le piqueur, s’il n’aura pas pris

* le raccourci à trois eus d’ici, et gagné le château se-

crètement ?

Le coureur enisrachs une monture fraîche et repar-

Ni tit; tandis que les palefreniers garnissaient à la hâte

les chevaux du carrosse et les chevaux de selle destinés

ii ” aux gens de la suite de M. l’abbé Fouquet, Pepe avai

entendu les derniers mots du coureur.

Ah! pensa-t-il, Phomme disparu avait hâte d’arri- - ver. Qui sait si ce n’était point un ami ou le frère du

surintendant, arrêté par ordre du roi?... Oh! dans œ :

cas, ajouta l’Ttalien avec un diabolique sourire, ma ven-,

L” geance serait superbe! je sauverais M. l’abbé Fouquet,

coie TÈE sn

et, comme on ne panlonne jamais à un officier de laisser échapper un prisonnier @’Etat, M. de Chastenay pourrait bien avoir un terrible compte à régler avec le bourreau, en place de Grève.

Et Pepe sortit de l’écurie en fredonnant un refrain bachique et il monta Chez Fleur-de-Mai, qui n’avait pas perdu un seul mot du colloque entre l’hôtelier et le coureur.

Le vicomte et Fleur-de-Mai se concertaient.

—Ïl est évident, murmurait le vicomte, que les gens du carrosse apprenant que le coureur de nuit n’a pas passé, iront bride abattue jusqu’à Ancenis, et si les soldats d'Anjou n'arrivent, il faudra soutenir une défense désespé-née.

—Le plus claïr de tout cela, dit à son tour Heur-de- Mai, c’est que M. l’abbé Fouquet pourrait bien être mort dans une heure, car il est certain que nous ne le livrerons point vivant. |

Le prisonnier tressaillit; une sueur froide perla à ses tempes, mais il ne bougea pas.

— Attendez donc, fit Coquelicot, je vais arranger les choses.

Et comme Pepe entrait, il lui fit signe de prendre sa place, sortit et rejoignit lhôtelier :

—Un mot, lui dit-il. |

—Parlez, dit maître Jean étonné.

Coquelicot l’entraîna dans un coin:

—Le carrosse de M. l’abbé va arriver! lui dit-il.

—Oui, dans moïns d’une heure.

—On vous demandera peut-être des nouvelles du

coureur. Ru —Je ne l’ai pas vu.

—Vous vous tromipez, maître Jean.

L’hôte recula d’un pas.

—Je vous le répète, il n’a passé aucun coureur ce nuit,

Î Pc ES mere

Page 1