FOUQUET
Au bruit des pas du cheval, une persienne du pre mier étage s’ouvrit, une tête apparut, un cri de femme se: fit entendre...
Et le coeur de fleur-de-Mai, où le désespoir et le froid de la mort habitaient depuis une heure, se mit à battre violemment.
Mme de Maiïlly descendit en courant, elle alla vers lui les bras tendus ct s’écria :
—Ah! .sauvé, libre enfin!
Vener, venez, lui dit-elle en lui prenant les mains... venez, je vous ai ménagé une surprise, un bonheur...
Fleur-de-Mai ne comprenait pas.
Elle l’entraîna, le fit entrer dans la villa, le conduisit au premier étage et poussa une porte devant lui.
Fleur-de-Mai jeta nn cri.
Dans un petit salon, faiblement éclairé par une lampe à abat-jour, il y avait une femme vêtue de noir, trir. te et souriante à la fois. (C’était Bluette!
Elle courut à Fileur-de-Mai; mais le jeune homme
recula d’un pas et lui dit:—Vous, ici, madame la vi
comtesse de Maïlly!
—La vicomtesse de Mailly ! exclama la chanoinesse.
Et elle regarda Fleur-de-Mai avec stupeur, croyant qu’il était fou!
Alors Fleur-de-Maïi la regarda à son tour, tandis que Bluette se laissait retomber anéantie sur le siège qu’elle occupait une miuute auparavant.
—Oui, madame, dit-il, cette femme est ma soeur, ot cette soeur est mariée au vicomte votre frère.
La chsnoinesse courut à Bluette pâle comme une statue.
—#Hst-ce vrai, cela ? est-ce vrai? lui demanda-t-elle, Qui, balbutia Bluette d’une voix mourante.
——Et vous me l’aviez caché, ma soeur ? s’écria la jeu- . ne femme en pressant Bluette dans ses bras. Bluette. se tut.
Mme de Mailly regarda Fleur-de-Mai. Fleur-de-Maïi était immobile et sombre sur le seuil.
Œlle regarda Bluette. Bluette tremblait comme les feuilles jaunies que l’aile du vent d’automne roule dans la poussière après les avoir arrachées de leur tige.
Mon Dieu! murmura-t-elle, quel sombre mystère m’avez-vous done caché tous deux? Zourquoi - vous, Fleur-de-Mai, vous que j'aime, vous qui m’aimez et que votre soeur adore, êtes-vous aussi pâle et défait à sa vue? Pourquoi, vous, madame, vous qui êtes venue chez moi me supplier de sauver votre frère...
Ah! exclama la chanoïnesse s’interrompant tout à coup, je devine à présent pourquoi vous ne vouliez pas que le vicomte vous vit, et pourquoi vous avez exigé qu'il ignorât ce dernier rendez-vous que je deabasr à Fleur- Bu a
Fleur-de-Mai fit un pas vers elle.
: | —Madame, dti non us je vous ai aimée, ôu-
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semble? Je suis venue ici, auprès de cet ange, animée … Æun double espoir:.. Notre amie m’a reçue dans,
Et il alla à sa soeur:
—Venez, lui dit-il, venez, suivez-moi, et allons si loin que nous v perdions jusqu’au souvenir du passé.
À ces derniers mois, Bluette poussa un cri, elle ge leva tout d’une pièce, et regardant Fleur-de-Mai:
HP dit-elle, toi aussi... toi aussi, tu me condamnes
Et, dans l’accent désespéré de cette femme, il y eut comme un de ces rris de l’âme qui révèlent l'innocence.
Ce cri, ces paroles bouleversèrent Fleur-de-Mai.
—Mais parle donc, s’écria-t-il, parle, ma soeur! défends-toi... disculpe-toi... dis-moi que cet homme est un misérable... un d'mon!
—J’ai juré! murmura-t-elle brisée, juré sur le crucifix !
‘Fleur-de-Mai était fou de douleur.
La chanoïnesse s’approcha de Bluette :
—Ma soeur, lui dit-elle en lui tendant la main, voulez-vous m’embrasser ?
Bluette se jeta dans ses bras avec un cri de reconnaissance :
—Oh! si vous saviez, dit-elle...
—Je sais que vous êtes innocente. Vous êtes deux fois ma soeur, ajouta-t-elle à son oreille tout en la couvrant ide caresses.
Pour la première fois, depuis tant d’années, un éclair de bonheur illumina les yeux de Bluette; puis elle se
tourna vers son frère qui demeurait irrésolu, partagé
entre son coeur et ses souvenirs. * . —Mon enfant, dit-elle, je te pardonne d’hésiter. J'ai
tout fait pour te cacher ce triste secret; maïs peut-être fallait-il qu’il te fût révélé. Pour aujourd’hui, contente-toi de ma parole. Il faut, avant tout, te sauver; et qui sait, ajouta-t-elle, si nous ne serons pas sauvés en- | œtte |
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maison solitaire ; et c’est ici que nous avons tout combiné pour ta fuite. Tu es hors de la Bastille, grâce à elle; mais tu nes pas libre, tu n’es pas sauvé! C’est elle, elle seule qui achèvera son ouvrage. .
La chanoinesse voulut parler; mais Rluette Vattira sur son éein, et continua en lui mettant la main sur la bouche :
—Tu veux la quitter, mon Fleur-de-Mai; tu veux faire ce sacrifice à ton honneur de frère. Mais sais-tu que depuis quinze grands jours elle a remué de monde pour toi?
Pendant que Bluette parlait ainsi de sa douce voix, Fleur-de-Mai se tordait les mains; il sentait tout son coeur voler au-devant de sa maîtresse. Ta chanoinesse se leva:
—Nous n’aurons rien fait, dit-elle, tant que vous n’aurez pas remis entre les mains du roi la preuve des trahisons du surintendant. Votre liberté, votre réhaàbilitation sont atiachées à ce parchemin. Ecoutez-moi sans m’interrompre, dit-elle en voyant que Fleur-de-Mai voulait parler.
Elle baissa les yeux, et ajouta d’une voix plus tendre: | —Nous repenserons demain à notre amour.
| En Fleur-de-Mai n‘y put tenir, et se jeta sur sa main If qu’il baisa en l’unissant à la :nain de Bluette.
—Chevalier, dit la chancinesse, j’ai su que du Vermaïs était le dépositaire de l’acte d'association des seigneurs bretons avec Fouquet. J’ai dû descendre jusqu’à la dissimulation et à la ruse pour acquérir cette certiture; que Dieu me pardonne. Enfin, je l’ai su à n’en pas douter, du Vernais, en sortant de la Bastille...
—Quoi! dit Fleur-de-Mai, du Vernais est lihnt . —Du Vernais, l’abbé Fouquet et Pepe. Il n’y avait lu pe de preuve kgalé contre eux, il fallu les relâcher
et rejeter sur vous toute la faute. Le surintendant n’a
: on revoir du ee qui 8 est plaint nr = . |
amèrement d’avoir souffert pour lui et d’en être disgrâcié. C’est Bluette qui a pensé la première que cette disgrâce était trop entière, trop peu motivée, trop brusquement reprochée, pour ne pas être une feinte. Nous avons passé deux journées entières, tantôt au fond d’un carrosse, tantôt nous promenant déguisées autour de VPhôtel du chevalier, à nous assurer que personne n’y venait de la part du surintendant. Nous avons vu partir sa jitière, la nuit, sans flambeaux ; c'était un indice, car il ne peut encore se remuer, ses blessures le retiennent au lit, et il était dans sa litière entre deux draps. Coquelicot a suivi le chevalier jusqu’à Bezons, où il a une terre, et il est entré avec lui, et je ne sais par quel moyen, il est venu à bout de le voir lui-même et de le revoir, car il y est allé depuis tous les jours. Il a vu tirer de sa litière une cassette, qui depuis a disparu; mais il a su par Antoine, le valet de chambre du chevalier, que c’était un dépôt précieux apporté la nuit précédente avec mystère à l’hôtel du chevalier, à Paris. C'était un trait de lumière. Nous avons prodigué l'or aux serviteurs restés à l’hôtel, et l’un d’eux nous a avoué qu’un affidé du surintendant était venu déguisé, pendant la nuit, porter une cassette à M. du Vernais. Maintenant, M. de Chastenay, vous allez à Bezons. Tout mon espoir est dans les mystérieuses ressources de Coquelicot. Que ne suis-je un homme pour vous suivre !
—Je vous suivrai, moi, mon frère, dit Bluette... Ne me dites rien, ce n’est pas une soeur alamnée qui s’attache aux pas de son frère. Ma destinée, comme la vôtre, sera décidée cette nuit...
Et elle ajouta comme se parlant à elle-même :
—I1 faut que du Vernais me délie de mon serment, ou que je meure. Fleur-de-Mai tressaillit à ces mois;
mais il n’ouvrit pas la bouche. La chanoïnesse seule é
essaya de détourner Bluette de son dessein. À res aller sans péril chez du bi dit- H
“yen reE. DANSE TP ANA TT FE A
lle, vous qui n< pouvez même entendre son nom sans
frémir. ee.
"—Ce n’est pourtant pas du Veruais que je redoute b
lus en ce moment, répondit Bluette en portant la main
éür son coeur pour en contenir les battements; M. de
Mailly, ajouta-t-elle d’une voix tremblante, vous a ac-
compagné avec Coquelicot?. N'importe, le sort en est
jeté! Doantë-moi mon masque et embrass2-moi, ma
soeur, dit-2lle avec une énergie étrange; Fleur-de-Mai,
partons. Surtout, ajouta-i-elle en étendant la main
vers lui, que M. de Mailly ne sache pas... Je me décou-
vrirai au dernier moment. Que Dieu ait pitié de moi!
partons !
Fleu:-de-Maïi la suivit sans répondre. Pendant que
Va chanoïinesse tombait à genoux, le vicomte suivait Teur-de-Mai ct cette femme masquée sans proférer è une parole, en homime à qui 1 monde est indifférent. Fleur.de-Mai partit le premier, ayant Bluctte à côté
de lui; le vicomte et Coquelicot se mirent en selle, tt | partirent au galop derrière-eux. 6 1