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; pt sentier qui conduisait du cimetière au village, c’est
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roulèrent lentement sur ses joues, tandis que sa bouch? murmurait une prière.
Emu d’un pareil spectacle, Fleur-de-Mai s'avança à son tour, s’agenouilla pareillement, et, comme l’homme au pourpoint bleu, il se mit à prier pour ce mort inconnu qu’un seul être semblait réellement regretter.
Ce fut alors que l’homme au pourpoint bleu releva la tête et reconnut ce jeune eavalier que le hasard avait placé sur le chemin de l’enterrement, qui avait pieusement suivi le cortège au champ du repos et aui, lui tout seul, s’agenouillait sur cette fosse à peine comblée,
—Oh! la jeunesse! s’écria-t-il en lui tendant les mains avec expansion, il n’y a qu’elle qui soit bonne et généreuse : elle seule a du coeur...
Et cet homme qui: pleuraït pressa la main de Fleurde-Mai avec énergie et murmura. : \
—Merci, mon gentilhomme, merci, qui que vous
soyez, de cette prière que vous venez de faire sur la
tombe de mon ami.
—Cet homme était donc votre ami? demanda le jeune chevalier, ému jusqu'aux larmes et montrant la fosse.
—Le seul que j'aie eu jamais, répondit l’homme au pourpoint bleu en se levant et poussant un gros soupir.
Puis il se hâta d’ajouter :
—Quand je dis mon ami, j'ai tort, car c'était mon capitaine, et je ne suis, moi, qu’un pauvre soldat; mais je l’aimais tant... et puis il savait bien que j'aurais donné ma vie mille fois pour lui, et il m’aimait un peu.
Le soldat passa la main sur ses yeux et fit un pas de retraite Fleur-de-Mai lui prit silenciensement le bras et l’entraîna hors du cimetière.
d’une voix émue, et tandis qu'il descendait à pas lents
oire de la vie: le: mauvais restént, les bons s'en.
—Monsieur, continua l’homme au pourpoint bleu De
a vus DT ve
—Vous aimiez donc bien votre capitaine? interrogea timidement Fleur-de-Mai.
L'homme au pourpoint bleu soupira de nouveau :
N’avez-vous pas entendu dire, murmura-t-il, que le chien errant s’attache au premier passant qui le caresse et lui jette un regard de compassion ?
Cette éloquenté et simple réponse toucha Fleur-de- Mai jusqu'aux larmes, Il regarda cet homme pauvrement vêbu, à physionomie vulgaire et presque grotesque, et il devina en lui un coeur généreux et plein de nobles instincts.
—Monsieur, poursuivit ce dernier, je vous l'ai dit, je suis un pauvre soldat: je suis né je ne sais où, dans les Flandres, m'o-t-on dit; j'avais quatre ou cinq ans lorsque l’armée française qui guerroyait contre les Espagnols, brûla la chaumière de mes parents, me fit orphelin, et m'adopta. J’ai été enfant de troupe; à quinze ans, j’ai porté le mousquet, et, comme dès cet âge j’evais le teint empourpré, mes frères d’armes me surnommèrent Coquelicot. J’ai toujours porté ce nom. J’ai cinquante-cinq ans au moins, j'ai fait la guerre toute ma vie, me battant par instinct, tenan,. peu à la vie, car personne ne m’aimait, cherchant toujours à aimer quelqu'un, et ne recueillant d'ordinaire que mépris ou indifférence. Les vrais amis, voyez-vouks, c’est aussi rare en ce monde que les-femmes réellement aimantes. On en trouve un quelquefois, jamais deux. Un jour, sur un champ de bataille, un soldat, mon compagnon, frappé à mort, me recommanda son fils. J’acceptai le
legs. Ilya de cela vingt-huit ans. T’enfant avait
trois ans: sa mère était morte en lui donnant le jour.
- Le pauvre petit était orphelin; je me jurai d’être son … :
père ; ; je le plaçai chez un vieux prêtre qui l’instruisit. Quand il eut vingt ars, j'en fis un soldat. Le jeune nme était beau, brave, savant, il fit son chemin. He nt Ho puis capitaine. Je Pages il m'añtaait
un peu, Il m’appelait son père; moi, qui n'étais qu’un soldat, je savais bien que je lui devais le respect, à lui, mon officier, et je lui donnais jamais le nom de fils. ” Hélas! monsieur, acheva Coquelicot en soupirant e versant une larme, Dieu me l’a repris. Il y a un mois, dans une rencontre avec les Espagnols, mon pauvre capitaine a été frappé d’une balle en pleine poitrine. D’abord, le chirurgien de la compagnie n’avait point jugé sa blessure mortelle,, et il lui conseilla le repos et un air plus doux que celui des Flandres, où nous nous trouvions alors. Le vieux prêtre qui l’avait élevé habitait un petit village de la Touraine, à quelques lieues d’Amboise, dans un joli pays vert et parfumé, adossé à un coteau au bord de la Loire. (Ce fut là que je songeai à le conduire. Lorsqu'il fut en état de supporter la selle, je demandais un congé illimité et nous partîmes voyageant à courtes étapes, nous arrêtant deux où trois : fois par jour et allant au pas, car le moindre mouvement un peu brusque pouvait rouvrir sa blessure à peiue fermée, Il nous fallut près d’un moïs pour atteindre. Beaugency. (Chaque jour, mon parnvre capitaine se sentait plus faible, plus brisé, et une pâleur mortelle se répandait sur son visage lorsque je le pre- - naïis dans mes bras pour le remettre en selle. Nous arrivâmes ici il y a huit jours.—Courage! lui dis-je, nous n'avons plus que douze ou quinze lieues à faire porr arriver, Nous repartirons demain. Mais le lendemain il n’eut point la force de se lever.—Attendons! me ditil. Nous attendîmes un jour, puis deux, puis trois, et .je compris que l’heure approchait. . . Il est mort hier matin, monsieur, au point du jour, à cette heure où la
2 se s'éveille | 2 les milles voix harmsnieuses des oi-
Coquelicot s’interrompit, il fondait en larmes.
Fleur-de-Mai et lui venaient de s'arrêter au pied de l'arbre où le jeune Blaiscis avait attaché son cheval. Fe
—Mon gentilhon.me, reprit alors le soldat tandis que Li Fleur-de-Mai, passant la bride à son bras, continuait à \ pied son chemin, vous me trouverez bien indiseret peut- à être; mais oserai-je vous demander où vous allez? | 4
—Je vais à Paris, répondit Fleur-de-Mai.
— Vous arrêterez-vous à Beaugency ?
—Oui, jusqu’à demain, car je suis venu de Blois sans débrider et mon cheval est las. F
—[ÆEn ce cas, répondit Coquelicot, je vous servirai de Hé guide. Il n’y a qu’une seule auberge à Beaugency, à ; l’enseigme de Saint-Bonaventure ; c’est un méchant logis, le vin y eci mauvais, la pitance mauvaise, mais quand on est jeune et vaillant comme vous paraissez l’être, on se fait à tout; venez.
Les deux voyageurs continuèrent leur route; lun pensif et rêveur, l’autre absorbé par ses souvenirs poignants ; et ils arrivèrent &.1s1 à la porte de l’auberge, au-dessus de laquelle un Michel-Ange de village avait barbouillé une figure joufflue qui représentait, tant bien que mal, Saint-Bonaventure. Fleur-de-Mai confia son cheval à un valet d’écurie, demanda une chambre, -commanda un souper, et invita Coquelicot à partager son repas.
Le pauvre diable n’avait ni faim ni soif, mais le jeune sire de Chastenay lui plaisait, il se sentait entraîné 4
vers lui par une secrète sympathie, et il accepta son of- î
ire avec joie.
Fleur-de-Mai avait eu le coeur gros toute la journée: ?
- les regrets du foyer abandonné, le souvenir de Bluette,
l'isolement de la route parcourue, puis cet er:terrement
: “auquel Je hasard l’avait fait assister, enfi.. la maïve et : 4 touel ante histoire de Coquelicot, tout avait Lcontripé
à assambrir sor front de dix-huit ans, et à jeter nné mélancolie profonde en son âme.
Maïs quelques flacons poudreux, la vus d’une nappe ‘bien blanche et cet appétit qui est le meilleur compagnon de l4 jeunesse, eurent bientôt raison üe sa rêverie, ét au bout d’une heure, il avait retrouvé cette insouciance merveilleuse qui faisait l’admiration des Blaisois.
D'ailleurs, Fleur-de-Mai n'était point encore amoureux ; et l’on sait bien qu’il n’y & que les tristesses d’amour qui résistent à la distraction.
Quoique médiocre, le vin de l’hôtelier délia un peu la iangue du damoiseau ; à son tour il conta son histoire à Coquelicot, omettant prudemment, du reste, certains détails relatifs à Bluette. Puis il parla de la lettre que son père lui avait lissée pour M. de Mazarin, de l’esperance qu’il avait d’obtenir du service dans les armées du roi... Et Coquelicot l’écouta religieusement, «t le vieux soldat, déjà guidé par une synpathie mystérieuse, se prit à aimer de tout son coeur ce gentil et charmant jeune homme qui débutait dans ia vie avec une bonne somme d'illusions, une âme neuve et croyante, un regard hardi, une conscience pure et fière.
—Mon gentilhomme, lui dit-5 tout à coup, vous plairait-il de m’écouter quelques minutes?
—Parlez, répondit Fleur-deMai étonné de cette brusque interruption.
—]l y a quelques hecres, dit Coquelicot, j’avais formé le projet de demander mon congé définitif, de me retirer dans le village où le vieux curé éleva mon pau- 1 vre capitaine et d'y attendre patiemment l’heure où
+ Dier me rappellerait à lai. Je n’aimais plus rien en
cé monde, et c'était tout simple. Mais voici que je me reprends à mon existence d'autrefois, à la vie des camps - et des aventures, aux coups d'épée et de mousquet, et je sens bien que je mourrais d’ennui en six semaines si Fe au mur ma Nr
DEE 1 abs
+ e le crois, murmura Fleur-de-Mai qui ne savait trop encore où Coquelicot voulait en venir.
—V ous “atrez dans la vie, reprit le soldat, sans attre guide que les conseils de votre père mort, un coeur vaillant et. quelques centaines de pistoles. Vous n’avez pas d’ami et moi je n’en ai plus. Je creis qu’à novs deux nous formerions une petite association qui aurait bien son mérite. Certes, ajouta Coquelicot avec humilité, vous êtes gentilhomme et je ne le suis pas, je connais trop bien La distance qui nous sépare pour «ver svuhaiter votre amitié; maïs si vous vouliez me prendre pour vorre serviteur, votre écuyer, l’homme qui vous suivra partout et se fera tuer au besoin, je m’estimerai très heureux.
Fleur-de-Mai, ébahi de sa proposition, regardait Uoquelicot et se demandait si le ieux soldat n’obéissait pas à l’hupulsiun d’un estomac reconnaissant.
Mais Coquelicot n'avait ni bu ni mangé pour ainsi dire, il avait toute sa raison et il se hâba de poursuivre:
— Vous me voyez aujourd'hui, monsieur le chevalier, pour la première fois, et l’homme qu’on a rencontré sur une tombe encore ouverte ne saurait être bien gai. Mais, d'ordinaire, voyez-vous, je suis bon compagnon; je ris à mes herres, je bois sec, je suis philosophe dans les mauvais jcurs, et ceux aui ont longtemps vécu avec moi, prétendent que je suis un homme de ressources.
“A mon âge, on n'aime plus que la jeunesse. Elle est seule généreuse et pleiné de foi alors que l’âge mêr est impitoyable; je vus aime depuis une heure parce
que vous avez pleuré sur ce que j’aïmais, ne me refusez
Me
Et y oeil de Coquelicot, ce petit oeil gris perçant qui brillait sous ces joues rubicondes, devint suppliants à - ces mots. à + . Fleur-de-Mai lui tendit spontanément le main.