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ARMES

à Soit, lui dit-il, car il faut être fou ou ingrat pour repousser l’ami que le hasard vous envoie.

Le lendemain, Coquelicot se mit en route avec Fleurde-Mai, et tous deux continuèrent leur chemin vers Paris.

Pendant le première journée, Je vieil aventurier fut triste et affectueux, il parla peu, il essuya souvent une larme fugitive au souvenir de son cher capitaine; mais le soir il mangea et but; et puis, le joar suivant, Pinsouciance du soldat revint peu à peu ; cette merveilleuse philosophie que donne la vie des camps l’emporta à . demi sur sa douleur, et, comme ces amoureux meurtris et froissés qui veulent se reprendre à un nouvel amour sur-le-Champ, il se laissa aller tout entier à cette affection naissante que lui inspirait Fleur-de-Mai. Fleurde-Mai, lui, grâce à l’humeur un peu taciturne de, son compagnon, avait le temps de faire mille rêves sur l’existence moüvellé que Paris allait lui offrir. Et comme dans tous les rêves de la jeunesse l’amour tient sa place, notre héros se prit à songer que le hasard ne pouvait lui refuser, dès son arrivée à la cour, les faveurs et les sourires d’une de ces belles dames parées de diamants, vêtues de velours et de soie, et plus belle qrr les anges, comme il en avait vu dans les fêtes et les carrousels du pays blaisois.

La jeunesse est aventureuse et le hasard se plaît à la servir à souhait. Le troisième jour du voyage, comme il approchait de la petite ville d’Arpajon, Fleur-de-Maï

selon la mode e œspagnok, et escortée pr ns ve

Les rideaux de la litière étaient écartés, et l’oeil cu-

-Mai demeura ébloui... Il n’avait jamais

vit passer sur la route une litière portée par “des mules,

€ n Hvrée. - ARTS mn ee

É du jeune homme put apercevoir À fem covehé les coussins, la plus ravissante créature du monde,

ni même sex une femme aussi belie qué cebte jeune |

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fille de vingt ans, blonde, rose, Llanche comme un lis dont elle possédait la taille élancée & flexible, souriante et émue à la fois, adorable mélange de légèreté coquette et de vague mélancolie. Fleur-de-Maï avait couru cependant tous les châteaux des environs de Blois, il y avait vu les plus nobles dames et les plus belles héritières de la province, mais aucune ne lui avait paru si belle que la chanoïinesse qu’il avait devant les yeux; car elle était chanoïnesse, son costume le disait; maïs une chanoïnesse ne prononçait pas de voeu; elle était du monde ; elle pouvait quitter sa prébende et son affiquet pour prendre un mari. Fleur-de-Mai le savait ou ne le savait pas, mais il savait qu’elle était belle à le rendre fou, et #l éprouva soudain cette sensation indicible’ qui

s'empare de l’homme à la vue de la femme qu’ est

destiné à aimer.

On a établi sur l’amour mille et mille théories...

Selon les uns, c’est une fièvre ;selon les autres, c’est le résultat immédiat d’une prédisposition fâcheuse de l’esprit et du coeur. Les philosophes prétendent que Pamour est une aberration mentale ; les poètes le glorifient comme le sentiment le plus pur ‘et le plus éthéré de la nature humaine ; les hommes de trente ans soutienzent qu'on maime pas avant cet âge, ceux de dix-huit prétendent tout le contraire.

. En un mot, personne n’est d’accord sur les symptômes qui le précèdent ,ni sur le genre auquel il appartient, ni sur la facon dont se produit l’amour, et, pour - être de l'avais de tout le monde, le meilleur est de n’en ans parler.

Quoi qu'il en soit, Fleur-de-Mai devint subitement

amoureux. La litière trottait bon train et paraissait vouloir gagner une prochain ehôtelleric.

—Morbleu ! dit Fleur-de-Mai à Coquelicot, voilà une

> belle comme un ange, et le prix d’un royaume

payerait à peine un de ses sourires. J’ai grande envie de la suivre.

Un naïf sourire passa sur les lèvres än bon écuyer. —Ah! les jeunes gens, murmura-t-il, leur coeur prend feu à la première étincelle. Et il piqua des deux pour suivre son maître qui galopait déjà sur les traces de la litière.

Les mues étaient fraîches, les chevaux des cavaliers un peu las. Ce ne fut done qu’une heure après environ que Fleur-de-Mai rejoignit la litière au moment nù, sortant d’Arpajon, elle s’arrêtait à la porte d’une peute hôtellerie isolée sur la route.

Un orage et la nuit prochaine venaient de déterminer sans doute ce brusque arrêt, car la belle voyageuse ne se trouvait plus qu’à trois lieues de Paris.

—Coquelicot, mon ani, dit Fleur-de-Maï à son compagnon, je crains fort la pluie, et il m'est avis que nous trouverons à souper dans cette bicoque.

—Bon lrépondit Coquelicot, voici l’aventure qui se noue.

Il mit pied à terre le premier et appela un valet d’écurie pour lui confier leurs chevaux,

Les mules de la jeune femme étaient déjà remisées, et la plus belle chambre de lhôtellerie lui avait été offerte; de sorte que Fleur-de-Mai en pénétrant dans la cuisine, la salle commune de toutes les auberges de grande route, apprit que la voyageuse s’était retirée chez elle et qu’elle avait désiré qu’on lui servit à souper dans son appartement. -

Ceci convenait fort peu à notre héros: cependant il en prit son parti, espérant la voir le tendemian, et après -un souper assez monotone en tête-à-tête avec Coqueli- .Cot, il se retira dans sa chambre.

- Lhôtellerie n'avait qu’un premier étage, ét n ’offrait ds - du sua rh destiné aux cuisines et as

tables. La plus spacieuse et la plus commode avait été donnée à la belle inconnue, l’autre fut le parties de Fleur-de-Maï.

Une simple cloison assez mince séparait les deux pièces et il était facile d’entendre ce qui se cisait au travers.

Q'iant à Coquelicot, il s'était contenté forcément da grenier au-dessus des écuries, lesquelles faisaient, partie d’un corps de logis séparé.

Lorsque Fleur-de-Maï rentra chez lui, il se prit à écouter avec une curiosité naïve le bruit qui se faisait dans la chambre de sa voisine.

Cette dernière allait sans doute se mettre au lit, lorsque des pas légers se firent entendre dans l’escalier. Puis les pas se rapprochèrent, et Fleur-de-Mai entendit frapper deux coups discrets à la porte de la jeune femme.

Il cru que c’éta't l’hôtesse, et la jeune femme le crut cornme lui, car elle ouvrit la porte sans défiance.

Mais soudain, Fleur-de-Ma' lui entendit pousser un cri d’effroi ; et il écouta avec avidité.

— Vous ii, monsieur le chevalier ! exclamait la jeune voyageuse.

—Moï-même, madame, répondit une voix ferme et résolue, la voix d’un homme.

—AÀ cette heure, au milieu de la nuit, sur une route déserte. Fée

—Pardon, pardon, chère madame, calmez votre effroi

et permettez-moi de vous expliquer comment jai l’hon- : |

neur de vous faire ma révérence un peu tard. . Fleur-de-Mai écoutait la sueur au front.

Parlez, murmura la peune femme d’une voix de plus en plus émue. pes Ta nuit et l’orage m’ont surpris... J’ai cherché un

. gîte... et Je suis arrivé ici. J'ai appris que vous Y

x: et ie so vous offrir mes humbles ons

Me nt)

“Eh bien, chevalier... balbutia la jeune femme, mille grâces... et bonsoir! |

æ—Je vois, chère madaine que vous me croyez un peu trop sur parole...

—Moi ? fit-elle de plus en plus effrayée.

—Hé! sans doute, car que voulez-vous que je fasse à pareille heure sur les grands chemins, si je ne cours après, vous ?

—Courir après moi! et... dans quel but?

Fleur-de-Mai écoutait toujours, et son coeur battait à rompre.

— Chère madame, reprit la voix d’un ton goguenard,

vous savez que je vous aime.

—Taisez-vous, monsieur ! à paraïlle heure, un tel aveu est un outrage !

— Pardon, l’explication m’excusera. Je vous aime ardemment et mon voeu le plus cher est d’obtenir votre main.

—Monsieur !

—Or, j'ai eu le malheur de déplaire à la marquise, votre tante, et, bien que je sois l’ami du vicomte votre

- frère, je n’obtiendrai jamais votre main’ si je ne brusque un dénouement quelconque. J’ai résolu alors de vous enlever, et j'ai pris toutes mes précautions. Vos laquais me sont vendus. Je vais vous amener de gré ou de force à Palaiseau d’où vous revenez.

Fleur-de-Mai entendit un cri, puis à ce, cri suco6té rent ces mots :

—Monsieur ! vous êtes un lâche! :

.—Bon !fit Ta voix d’un ton railleur; il n’y a pas 0

AMOUT, __ VON LE * … Fleur-de-Mai : n’en entendit pas dre il se leva, “e

porte était que poussée, il. Le Ë voyageuse é un

trente à ans environ que sa brusque apparition fit reculer d’un pas.

—Madame, dit froidement Fleur-de-Mai en tirant son épée du fourreau, je vous suis inconnu ; mais je suis gentilhomme et mon bras vous appartient.

—Monsieur! s’écriu le chevalier avec colère et portant la main à son épée.

—Vous êtes un lâche, dit le jeune horime avec calme, et je bénis la Providence qui me drag de me placer entre cette femme et vous.

L'oeil de l’adolescent flamboyait, il portait son épée nut au visage du chevalier, et la jeune femme comprit ; qu'elle avait en lui un protecteur.

Le ravisseur, au contraire, était devenu fort pâle, et ses uoigts crispés s’appuyaient avec rage sur la garde de son épée.

—Monsieur, dit-il enfin, vous me rendrez raison d’une pareille insulte,

—Je suis à vos ordres, monsieur.

le chevalier allait dégaîner, Fleur-de-Mai l’arrêta.

—Pas ici, dit-il. D’abord deux hommes courtois ne se battent point devant une femme; ensuite, une rencontre cette nuit même compromettrait fort sa réputation. Mais nous nous retrouverons à Paris.

—L’excuse est charmante, ricana le chevalier.

Fleur-de-Mai avait un pistolet à sa ie il le prit et l’arma.

—Monsieur, dit-il d’un ton sec, vous êtes entré ici comme un voleur de nuit; si vous ne sortez pas à Pins- Er. je vous casse la tête.

E: il l'aurait fait. | *

a Dar donc! rs le chevalier en poussant un -

, lui dit Fleur-de-Mai, vous pouvez Pe

én paix, je veille sur vous. Si demain vous continuez ‘ votre route, je briguerai l’honneur de vous escorter jusqu'aux portes de Paris,

Fleur-de-Mai baïisa à ces mots la main que la jeune femme lui tendit avec une ex pression de vive gratitude, et il se retira discrètement.

-Le lendemain, au point du jour, la litière se remit en route,

Fleur-de-Mai n’avait dormi de la nuit, et déjà il était assez amoureux pour bâcir sur sa première aventure tout un magnifique château en Espagne.

Le chevalier avait disparu; seulement, par un excès de délicatesse, FWleur-de-Mai jugea convenable de ne, point instruire Coquelicot- des événements de la nuit, et, feignant d’être toujours inconnu à la belle voyageuse il attendit son départ pour mettre le pied à létrier; mais il suivit la litière à quelques portées de mousquet, ze la perdant point de vue et prêt à accourir au moindre péril.

La jeune femme fut touchée sans doute de cette discrétion chevaleresque, car deux ou trois fois pendant le trajet, elle montra sa tête aux portières de sa chaise, et lorsque Fleur-de-Mai, atteignait en même temps qu’elle la porte Saint-Jacques, où désormais elle était en sûreté, elle lui fit de la main un petit une coques et gracieux qui semblait dire :

… —Nous nous reverrons |

—Oh! certes, murmura-t-il en comprenant ce geste, : il faudra bien que je la revoie!... À

. bruits qui s’échappent des villes populeuses.

ohne longèrent jusqu’à le était emplie = r nés ë

- Au moment où Fleur-de-Mai entra dans Paris, là __ grandé ville s’éveillait toute murmurante de ces mille

La rue Soint-Jacques, que le jeune homme et son

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Coquelicot que ce bruit, ce mouvement, cette foule qui lui paraissait inacçoutumés, étaient ce qu’il y avait de plus ordinaire à Paris. Même aux jours de fête et de carrousel, il n’avait jamais vu pareille affluence. dans la paisible ville de Blois, son bereeau. Coquelicot savait son Paris par coeur; il conduisit Fleur-de-Mai droit à la rue de l’Arbre-Sec, à l’hôtellerie de la Croix du Trahoir, où les gentlishommes de marque et les gens

“de qualité qui habitaient la province descendaient d’or-

dinaire.

Le jeune chevalier fut reçu par, l’hôtellier, qui était un ancien soldat, compagnon d’armes de Coquelicot, avec toutes les marques de respect dues à sa jeunesse, à sa bonne mine et à ses vêtements, qui annonçaient un gentilhomme riche, et il attendit en déjeunant en têteà-tête avec son écuyer, l'heure convenable où il pourrait se présenter au Palais-Royal et demander une audience à Mgr le cardinal de Mazarin, auquel il avait hâte de réuettre la lettre de recommandation de son père, feu le sire Enguerrand de Chastenay.

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