‹ Le pain du siège, conférence faite à l'École supérieure de guerreChapitre 3 sur 5 · I. — Installation des moulins · texte numérisé non relu

I. — Installation des moulins

Principes généraux d'installation. — Ce n^était pas un problème aisé à résoudre que celui d'improviser de puissants moyens de mouture dans la capitale assiégée.

On ne pouvait pas, assurément, songer à créer des établissements sur le type de ces beaux moulins qui ont acquis un grand renom dans la meunerie, et dans lesquels le grain , mécaniquement transporté à l'étage supérieur, descend en subissant les diverses opérations de nettoyage, puis se distribue sous les meules et se rend, toujours sous Taction de la gravité, dans les bluteries qui séparent les diverses qualités de farines et d^issues. Il fallait une installation simple, rapide, économique : ce qui entraînait la suppression des étages et la simplification des appareils.

On ne devait pas, non plus, accumuler les meules dans vm moulin central, unique, qui aurait eu l'inconvénient d'être exposé aux coups de l'ennemi, aux séditions populaires, au danger de Tincendie, et d'exiger de grands frais de transport des grains et des farines.

Au lieu de cette installation grandiose, mais peu praticable, on devait donc adopter la solution, plus modeste, mais plus économique et plus sûre, qui consistait à répartir les meules entre les divers quartiers de Paris, à portée des dépôts de grains et des boulange ries , et à utiliser, pour cela, les ateliers industriels déjà pourvus de force motrice et condamnés au chômage par les événements.

A cet effet, dans les premiers jours de septembre, un appel fut adressé à un certain nombre de constructeurs de Paris, pour leur demander d'installer un moulin dans leur atelier, ce Ce n'était pas^ disait-on^ une affaire et (( des bénéfices qxi* on leur proposait ; mais on réclamait « leur concours désintéressé pour une œuvre 23atrio-' c( ticjue. »

Cet appel a été entendu et accepté sous cette condition expresse de désintéressement et de patriotisme, qui n'a cessé d'être, d'un bout à l'autre, le trait dominant des entreprises rattachées au service des moulins; elle en a déterminé la marche, caractérisé les détails et fécondé les efforts.

C'est là un mobile trop honorable [pour que je n'y insiste pas d'une manière spéciale, dès le début de cet exposé. Si trop d'indignes spéculateurs se sont abattus sur la France agonisante, comme sur une proie, pour lui arracher un lambeau, une once de sa chair, il est consolant de voir une grande œuvre, confiée à des industriels qui, par le premier article de leur contrat, s'interdisent tout bénéfice autre que celui de servir leur pays, et se contentent du remboursement pur et simple de leurs avances.

C'est sur cette base, morale et saine, qu'ont été signés les marchés, et qu'ont été réglés effectivement les décomptes. Si quelque contractant, plus âpre, avait voulu s'en écarter, il y aurait été impérieusement ramené parle contrôle auquel il était soumis, et par une

sorte de pudeur qui Taurait empêché de se mettre définitivement en rupture ouverte avec les précédents admis par tous ses confrères.

Sauf de timides et rares velléités aussitôt réprimées, tous, je le répète, ont tenu à honneur d'acquitter rengagement qu'ils avaient contracté, et je les en félicite hautement.

Cette fois, comme toujours, on a pu reconnaître qu'il n'est aucune garantie qui vaille la moralité des contractants ; qu'on doit, avant de traiter, savoir avec qui Ton traite; que tant vaut l'homme, tant vaut le contrat, et, qu'avec d'honnêtes gens, les transactions bien étudiées et bien suivies sont toujours faciles et sûres. C'est là une vérité en apparence élémentaire et banale, mais qu'il importe cependant de redire : bien des entreprises >ont péri pour Tavoir méconnue et le succès du Service des moulins en est une éclatante confirmation.

Eutre le 9 et le 20 septembre, ce Service passe 16 marchés avec autant d'usiniers jusqu'à concurrence de 166 paires de meules (au lieu des 100 paires autorisées par le Comité des subsistances). C'est là l'effectif des moulins correspondant à la 1^^ période.

Meules. — Pour monter des moulins, il faut des meules. Or, Paris ne possédait ni l'industrie de la préparation des meules, ni les matières premières permettant de les fabriquer.

Heurevisement, par une prévoyante inspiration de M. de Franqueville, l'éminent directeur général des ponts et chaussées, le ministère des travaux publics fit acheter, à tout hasard, le 23 août 1870, le stock de meules disponibles dans les magasins de la Ferté-sous- Jouarre. Ce stock s'élevait à 300 paires et en comprenait de toutes sortes, de tous diamètres, même de second choix et démodées. Mais, telles qu'elles étaient, elles ont rendu d 'inappréciai >! es services.

Ces meules furent aussitôt chargées en wagon ; mais, par suite de Fencombrement des voies de l'Est, elles ne nous arrivèrent à la Villette que par les derniers trains qui aient pénétré dans Paris avant Finvestissement. Quelques heures de plus, elles tombaient au pouvoir des Prussiens ; la défense était privée de ce précieux moyen, qu'elle aurait eu bien de la peine à remplacer, et la durée du siège en aurait été presque certainement abrégée dans une large mesure.

A défaut d'emplacement clos et couvert, ces meules furent déposées provisoirement à la place Fontenoy, derrière FEcole militaire. C'est là que les constructeurs allèrent successivement les choisir pour les installer dans leur atelier, où elles devaient subir, suivant l'expression technique, le travail de « mise en moulage )) .

Quand ces 300 paires de meules furent ainsi utilisées, il en manquait encore une cinquantaine de paires pour compléter nos moyens de mouture. L'embarras était grand, quand on apprit, par hasard, qu'un entrepositaire de meules de la Fer té, d'Épernon et de Mennecy avait pris, avant de se réfugier en province, la précaution d'enfouir dans le sol, à Ivry hors Paris, tous les matériaux de son chantier, en vue de les soustraire aux éventualités du siège.

Un arrêté fut aussitôt rendu à la date du 29 novembre, pour mettre ces éléments de meules à la disj^osition du Service des moulins. Mais son exécution fut paralysée quelques jours par les événements militaires. C'était en effet le moment de la grande sortie (30 novembre — 2 décembre) sur Champigny ; les chemins étaient obstrués par les troupes et le matériel de l'armée, et les portes fermées pour tout ce qui n'avait pas immédiatement trait à l'expédition. Quand ce mouvement se fut écoulé, nouvelles difficultés provenant de la rigueur de la température, qui s'est abaissée, au com-

mencement de décembre, jusqu'à plus de 10^ au-dessous de zéro. Avec un froid pareil, la terre était durcie et résistait à la pioche que les hommes maniaient d'une main engourdie.

Les matériaux furent enfin découverts. Ils comprenaient de simples plaquettes en meulière, sans rhabillage ni rayonnage. Force nous fut de nous faire fabricants de meules pour assembler ces matériaux et leur donner la dernière main. L'autorité militaire nous donna près de 300 gardes mobiles qui connaissaient ce travail. Ils furent installés dans la halle de la gare de Lyon et y terminèrent 51 paires de meules, en décembre, par les froids les plus rigoureux, qui raidissaient leurs doigts, gelaient le plâtre, et que l'on combattait mal avec des brasiers, d'ailleurs parcimonieusement alimentés pour ménager le combustible.

C'est ainsi que l'administration parvint à fournir aux constructeurs les meules qu'ils n* auraient pu se procurer par leurs propres moyens.

Bluteries. — Tarares. — Les constructeurs n'auraient pas été moins embarrassés pour les appareils de nettoyage, qui étaient, comme les meules, hors de leur atteinte individuelle, et dont le Service des moulins dut, à ce titre, organiser la fabrication.

On ne pouvait songer à tous les appareils compliqués de nettoyage qu'emploie la meunerie, et Fon se rabattit sur un seul appareil, a le tarare américain à crible émotteur», dont on eut la bonne fortune de trouver un spécimen, qui fut démonté pour servir de type.

De même, les appareils de blutage sont d'habitude gradués et multipliés, de manière à fournir des produits étagés, qui conviennent aux diverses catégories de consommateurs. Dans les circonstances où l'on se trouvait, il eût été fort impolitique de privilégier telle ou telle partie de la population au détriment de telle ou telle

autre, sans compter que cette graduation et ce fini du blutage étaient des complications incompatibles avec la simplicité et la célérité recpiises pour rinstallation des moulins. On se décida donc à ne faire qu'une seule qualité de farine et d'issues, et à n'employer qn'un seul type de bluteries, sorte de grand coiïre de 6 mètres de long* snr 4 de haut, dans lequel tournait sur un axe incliné un cylindre octogonal, garni de soies, d'une maille plus ou moins u ouverte » suivant le produit à obtenir.

Le calcul des besoins de ces appareils fut établi sur le pied d'un tarare et d'une bluterie par batterie de 5 paires de meules.

Le 24 septembre 1870, l'administration traita avec un entrepreneur intelligent et bien outillé, M, Renard, pour la fourniture des tarares et bluteries. La fabrication totale a été de 39 tarares, 42 bluteries, et autres appareils accessoires. On y utilisa 4,000 mètres de soie qui se sont heureusement trouvés approvisionnés chez un négociant de la halle aux blés.

Système de montage des moulins. — Deux systèmes principaux ont été employés pour la mise en mouvement des meules.

Dans le premier système, la charpente, qui sert d'assiette aux meules et qu'on appelle a le befïroi », se prolonge et supporte à 3^^,25 au-dessus du sol l'arbre horizontal de transmission, qui entraine par des engrenages coniques les arl^res verticaux de commande des meules. Quant au ce fer de meule )), sur lequel repose et oscille librement la meule supérieure ou (( courante », il ne participe pas au mouvement de rotation et n'est susceptible que d'un léger mouvement de translation de haut en bas pour régler récartenient des meules.

Le second système, au contraire, arrête le beffroi au niveau de la table des meules, qu'aucune pièce ne dépasse. La transmission horizontale repose solidement

à la partie inférieure du bâti, et entraine le fer de meule, qui, dans cette disposition, sert à la fois à la rotation et à la suspension de la meule courante. Ce fer, maintenu à sa traversée dans la meule a gisante;) par un palier en fonte ou ce boitard r» , s^'appuie à son extrémité inférieure sur une crapaudine en fonte, et il est commandé par un levier qui permet de régler la mouture au gré du meunier.

Le premier système, en apparence plus simple, s'est, en réalité, trouvé moins commode que le second. Il n'a été appliqué qu^'à 64 paires de meules et a été abandonné dès que ses inconvénients ont été constatés.

Moulin type. — Le local nécessaire pour installer le moulin type de 10 paires de meules devait avoir au moins 7 mètres de largeur sur 12 de longueur, et offrir de larges accès pour les transports. Les 10 paires étaient distribuées en 2 batteries de 5 paires, chaque batterie formant un ensemble complet, et pourvue à ce titre de sa transmission, de son tarare, de sa l^luterie, et parfois même de son moteur spécial.

Latitude laissée aux constructeurs. — Ces charpentes et ces transmissions, tous ces détails, en un mot, de rinstallation des moulins, — sauf Tacquisition des meules, des bluteries et des tarares, étaient confiés aux constructeurs sous la surveillance du Service et avec le concours des meuniers de la grande banlieue, réfugiés dans Paris et heureux de contribuer à la défense nationale. Ces meuniers furent répartis entre les divers établissements pour en guider l'installation et Texploitation au point de vue professionnel et, par leur expérience et leur dévouement, ils ont été pour nous de précieux collaborateurs.

Cette latitude ainsi laissée aux constructeurs stimulait leur initiative, engageait leur responsabilité et soula-

geait celle de radministi^ation : elle a produit, en fait, d'excellents résultats.

Progrès de rinstallation. — La fin de septembre et le commencement d'octobre furent consacrés à l'installation. Du 14 octobre au 1^^ novembre, tous les moulins de la première série furent prêts à fonctionner, environ six semaines après la signature du traité avec les constructeurs.

En même temps, Tadministration avait successivement traité avec les exploitants des divers moulins de la banlieue, situés à Fabri des forts, à Gharenton, Saînt- Maur, Saint-Denis, et représentant un total de 64 paires de meules.

A la fin de cette première période, les courants de l'opinion publique s'étaient brusquement modifiés au suj(?t de la durée du siège. On avait acquis la conviction que l'ennemi ne pouvait enlever Paris d'assaut ou par un coup de main. Dès lors on entrevoit qu'on va avoir à compter, non plus avec une attaque de vive force, mais avec la faim.

Aussi, les moulins, qu'on ne prenait pas au sérieux dès le début, commencent-ils à apparaître comme le plus sûr auxiliaire de la défense et à devenir le point de mire de toutes les préoccupations officielles, jusquelà détournées sur d'autres objets en apparence plus pressants. Le Comité des subsistances qui, dans sa séance du 10 septembre, avait réduit les propositions des ingénieurs de 300 à 100 paires de meules, fut heureux d'apprendre que sa décision avait été largement outrepassée, et reffectif des moulins porté, en réalité, à 166 paires de meules dans la limite des crédits ouverts.

Le 20 novembre, les farines en magasin ne représentaient plus que la co|j|pommation de 23 jours. Une fois ce stock épuisé, Paris devait se rendre ou vivre sur ses

moulins. Il n'y avait donc pas un instant à perdre pour aviser. A cette date, j'eus Thonneur d'être appelé devant le Comité des subsistances et lui révélai la situation dans toute sa gravité. Séance tenante, le doublement des moulins est décidé. L'hôtel de ville se charge de traiter avec M. Cail pour 200 petites meules Falguer, et le ministère du commerce est invité à porter son effectif à 300 paires de meules.

Je ne parlerai pas des moulins de M. Cail, sur lesquels le Service des moulins n'a pas eu d'action, ni de renseignements assez explicites. Je me borne à dire que, tandis que les grandes meules de nos moulins étaient horizontales, avaient de 1"%30 à 1"',60 de diamètre, et faisaient une centaine 'de tours par minute, les petites meules Falguer étaient verticales, avaient un diamètre de 0^^,30, tournaient à 7 ou 800 tours par minute, et donnaient un produit d'environ moitié de celui de nos meules. Les 200 paires de meules Falguer équivalaient donc à 100 paires de nos meules à grand diamètre. ^

Moulins des gares. — Placé en face de ce nouveau problème, le Service des moulins comprit qu'il fallait, pour le résovidre, recourir à des moyens plus puissants que pour ses premiers travaux. Il avait d'ailleurs épuisé la série des constructeurs particuliers avec lesquels il pouvait contracter sûrement. Il se retourna donc vers ces grandes compagnies de chemins de fer, qui ont des ressources considérables en matériel et en personnel, et qui savent aborder et résoudre les plus difficiles problèmes, grâce à leur forte organisation.

Les halles à marchandises des gares offraient de vastes emplacements pour installer les moulins et de larges accès pour le service. On y avait sous la main, dans les locomotives, condamnées à l'inaction par le blocus, des moteurs aussi puissants qu'ils sont com-

modes et prompts à mettre en place. Les ateliers de construction pouvaient prêter leur concours pour les travaux d'établissement et d'entretien. Enfin^ et surtout, le personnel supérieur des compagnies, en mettant son organisation, ses talents et son patriotisme à la disposition de Fentreprise, devait en assurer le succès. C'est donc de ce côté qu*il fallait porter ses efforts.

Dès le 20 novembre, quelques heures après la séance du Comité des subsistances, Féminent et regretté directeur de la compagnie de l'Est, M. Sauvage, avait déjà accepté rinstallation d'un moulin de 20 paires de meules dans la gare dle-d'^T^'^^iH^^ La compagnie du Nord en acceptait, je5*l^iïfeine'{éi^K^ une autre de 28 paires dans celle d4^a Chaj^ll^ E^>l^endemain matin, on siernait les traités J>ase du rembour-

sement des déperises jujSii>fîeësT

Du 22 au 29, les compagnies de^Ê^n, de l'Ouest et d'Orléans signent aussi des marojiïè^, sur la même hase pour 60 nouvelles paires >^e^^n>ieiiles. Enfin, les 5 et 6 décembre, deux traités supplémentaires sont conclus avec les compagnies de Lyon, d'Orléans et de l'Est pour Finstallation de 44 paires de meules, ce qui portait à 152 paires l'eflectif total des moulins des gares.

Ces nouveaux moulins ont été tous établis sur un type identique très simplifié. Gomme les avantages du second système, décrit plus haut, avaient été consacrés par la pratiqvie, on adopta le type de commande par transmission inférieure en élaguant tout ce qui n'était pas nécessaire à son fonctionnement.

Les belfrois en nombre pair, et groupés deux par deux, furent disposés perpendiculairement à la voie ferrée qui long eait la halle à un mètre en contre-bas du quai.

Chaqvie paire de beffroi avait ses meules mises en action par une locomotive transformée en moteur fixe,

et solidement installée au pied du quai sur des fondations en maçonnerie et en charpente, entre lesquelles était aménagée une fosse à piquer. Deux roues, une de chaque côté de la machine, étaient laissées libres, le bandage recouvert d'une fourrure en bois, et, au moyen d'une large courroie qui embrassait une poulie de grand diamètre, chacune d'elles commandait la transmission générale d'un des beffrois conjugués.

Des roues d'angle horizontales , correspondant à chacune des paires de meules qui composaient la file, prenaient leur mouvement sur cette transmission et entraînaient le fer de meules. Les bluteries disposées à trois mètres en avant des beffrois et d'équerre avec à la voie ferrée, empruntaient de même leur mouvement à l'arbre de couche général.

Le Service des moulins a ainsi employé 14 locomotives comme moteurs fixes, et il s'en est admirablement trouvé. (( C'est en effet, comme le dit si justement (( M. Jacqmin, le plus merveilleux instrument de trau vail qui existe : c'est presque un être animé qui joint à i( une force prodigieuse une admirable docilité. )> A la fois simple, énergique, ramassée sur elle-même, elle se plie à toutes les exigences de force, d'exiguïté de local, de célérité d'installation et de diversité d'allures, qu'on peut avoir à lui imposer.

Une fois le plan arrêté, on procéda à une bonne distribution de la tâche. Les compagnies avaient à aménager et à mettre en place les locomotives et à poser seulement la grosse transmission; les beffrois, bluteries, etc.* étaient confiés à d^liabiles constructeurs ; le complément, fer de meules, accessoires, était réparti entre de petits entrepreneurs locaux - On fît une certaine part dans l'adoption des détails du plan et dans la surveillance deB travaux aux meuniers qui devaient avoir plus tard la direction professionnelle du moulin, tandis que la compcignie se chargeait de produire la force motrice. Ces

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meuniers étaient choisis parmi les représentants les plus attitrés de la grande miumerie et se sont parfaitement acquittés de leur tâche. Enfin, à la tête de ch^un des mouhns, radmiiiistration plaçait un des agents du Service, connaissant Lien ce genre de travail et povivant au besoin aider et g uider les ingénieurs des compagnies, tout en s'elfaçant derrière eux.

Grâce à cette organisation et à l'expérience acquise dans la première période, Texécution des travaux s'est accomplie avec une rapidité vraiment surprenante, ainsi qu'en témoigne Texemple suivant:

A la gare du Nord (La Chapelle), la décision du Comité est du 20 novembre, le traité est signé le 21 ; le môme jour, les ingénieurs du service arrêtent le dessin d'ensem])le et la répartition du travail.

Pendant la nuit du 21 au 22, on dresse les plans détaillés des beffrois; le 22, on attaque les fondations. Dans les ateliers de M. Renard, le travail des charpentes, bluteries, etc., est poussé jour et nuit. Le 26, ud beffroi terminé est transporté à la Chapelle; le 27, il est mis en montage et prêt à recevoir la transmission. Le montage s'eifectue en une semaine par les ouvriers de M. Renard.

Ces travaux se heurtaient à de sérieuses difficultés, dont on ne peut plus se faire une idée exacte aujourd'hui. C'était la brièveté des jours, la rareté des bois et des fontes que se disputaient les travaux de défense, les exigences de la garde nationale auxquelles il était malaisé d'arracher les ouvriers, la gêne des transports causée par les réquisitions des chevaux et le mauvais état des chemins que la neige ou le verglas rendaient impraticables à certains jours; la surexcitation morale produite par les apprêts de la sortie du 2 décembre, puis par les combats de Villiers et de Champigny, qui enlevaient les esprits et les bras à tout ce qvii était étranger â ce suprême effort de la ville assiégée; enfin, et sur-

tout, la rigueur de la température contre laquelle on avait peine à défendre les hommes dans de grandes halles, mal fermées, avec des réchauds auxquels on mesurait strictement le combustible.

Malgré ces difficultés, les moulins du Nord étaient terminés 18 jours après la conclusion du traité, essayés dans la nviit du 10 au 11 décembre et inaugurés, le lendemain matin le dimanche, 11 décembre, en présence de M. Magnin, Ministre du commerce et de divers hauts fonctionnaires venus pour assister à l'inauguration.

Le Journal officiel du 12 décembre contenait une communication du gouvernement consacrée à « cette <( construction d^un moulin de 28 paires de meules en « 18 jours », qu^elle appelait a un tour de force indusce triel », et donnait à la population l'assurance que les moyens de mouture allaient se trouver au niveau des approvisionnements de grains.

L'inauguration des autres moulins suivit de près celle des moulins du Nord.

Enfin, grâce à Fappoint de quelques moulins industriels qu'on \}w\ transformer, l'effectif total du service se trouva porté à 343 paires de meules, savoir :

. (créés .... 147 ou 43 p. 100.

Moulins particuliers < , . , . , , ^

^ (transformes. 44 13 —

Moulins des gares 152 44 —

Totaux 343 ou 100 —

Cet immense outillage, qui échappe môme à une conception bien nette par son ampleur, exigeait une force motrice de o à 6 chevaux par paire de meules, soit, d'ensemble, 2,000 chevaux. Mais les 48 moteurs chargés de la fournir, y compris les 14 locomotives des gares, représentaient une puissance au moins double de celle qui était strictement nécessaire. Cet excès de force -îut un emploi très utile avec une production surmenée

et fut surtout mise à profit pour récrasement des mé-^ langes rebelles à la mouture.

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