ACTE PREMIER
L U M I R — Non, je ne crois pas.
Monsieur le Comte, est-ce qu'il y a beaucoup de gens dans votre vie qui vous aient dit : Turelure, j'ai confiance en vous ?
TURELURE— Ah, petite rusée ! Comme tu sais trouver la place faible d'un vieux bonhomme !
L U M 1 R — Dois-je vraiment partir >
TURELURE— Non!
L U M 1 R — Comte, vous êtes riche et je n'ai rien, et le peu que j'avais n'était pas même à moi.
TURELURE — Ce Louis est un grand coquin !
L U M I R — L'argent des femmes — ce sont des femmes qui l'ont ramassé, — l'avarice des mères et des veuves, la dot des jeunes filles, le pain des orphelins, les larmes et le sang des proscrits et des martyrs ! Pas un sou qui ne soit poissé de sang.
TURELURE — Tout cela sert à défricher les jujubiers de la Mitidja.
L U M 1 R — 11 est lâche de me voler ainsi, abusant de ma faiblesse !
TURELURE — Je ne vous ai pas volée !
L U M I R — ... Comme un homme qui vole une petite fille, lui prenant sa tartine dans son petit sac !
TURELURE — Je ne vous ai rien volé, sacré bout de bois ! J'ai aidé le capitaine tant que j'ai pu. A moi aussi, il me doit de l'argent.
LUMIR — Rendez-moi mon argent à moi,^ Monsieur le mouton, et je vous tiens quitte du reste.
TURELURE — Mais il est ruiné dans ce cas et vous ne pouvez l'épouser.
LUMIR, baissant les yeux. — Naturellement,^ je ne puis l'épouser sans argent.
TURELURE -^ Vous ne l'aimez donc pas?
LUMIR — Ma vie est trop courte pour que je m'attache tellement à aucun homme.
TURELURE — Vous avez raison. Il ne vous aime pas. Il a trop d'idées dans l'esprit.
LUMIR — Je suis si jeune, j'étais fière qu'il eût besoin de moi.
TURELURE — D'autres peuvent avoir besoin de vous !