ACTE PREMIER
L U M I R — Alors, laissez-moi le moyen de les aider.
TURELURE. — Un autre qui n'est pas loin.
LUMÎR — Qui?
TURELURE — Pourquoi parler de vicomte; et toutes ces images héroïques et funèbres,
Qui font tant de plaisir aux petits enfants? Qiie diable ! C'est bon, la vie !
LUMIR — Je ne puis rester que si mon argent part à ma place.
TURELURE, ^^'T^r^. — Lumîr, répondezmoi. Aimez-vous réellement votre pays ?
LUMÎR — Je ne sais. C'est une question que je ne me suis jamais posée.
TURELURE — Eh bien, tout de même, vous valez plus pour votre pays que dix mille francs ! Il y a autre chose à faire dans la vie que d'être honnête !
Il y a autre chose à faire de la vi e quand on est jeune que de mourir bêtement comme dans les versions latines, ou autrement de se laisser mettre les fers aux pieds.
Qiiand vous vous serez laissé enterrer toute vive à Boufarik, au milieu d'un grand champ de poreaux,
Croyez-vous qu'on n'avait pas autre chose à faire de vous ?
L U M î R — On ne me demande pas davantage.
TURELURE — Louis n'est pas de notre race. Ce n'est pas un Coûfontaine ! Il n'a jamais su ce que c'était qu'un Coûfontaine 1 II ne pense qu'à ses échéances.}
Moi, je vous comprends, Mademoiselle. Mon vieux sang s'échauffe quand je vous entends. Que diable ! C'est nous qui avons fait la révolution !
L U M î R — C'est la Révolution qui vous a faits.
TURELURE — Je ne dis pas non. Mais la chose ne m'amuse plus autant. Et pourtant, faut le dire, parole d'honneur, il y a de bons moments.
Qiiand Sa Majesté sort des Tuileries, au roulement du tambour, entouré de toute sa cour et des représentants de la Propriété Française, ah, c'est un beau spectacle !