ACTE PREMIER
S I C H E L — C'est cela ce que tu vas mettre dans la main à ton fils ?
TURELURE — Ou peut-être lui écrire, quand il sera parti.
S I C H E L — L'âge rend les gens imbéciles. TURELURE — Une certaine imbécillité n'est pas inutile à l'agrément de l'existence. S I C H E L — Non, tu en as ta part !
TURELURE — Cette union immorale avec une Juive coûtait à ma conscience.
SICHEL — A ta conscience ?
TURELURE — A ma conscience. J'ouvre les yeux enfm.
J'ai eu des torts envers vous. Je vous ai séduite.
SICHEL — 11 est vrai. Je n'ai pas su vous résister.
TURELURE — Moi non plus. J'ai brisé votre carrière d'artiste.
Ah, j'ai eu de grands torts envers vous ! Le meilleur moyen pour moi de les reconnaître est de ne pas essayer de les réparer.
SICHEL — Cest un coup bien sensible pour moi.
TURELURE — Vous m'en voyez transpercé.
SICHEL' — J'ai bien dit que l'âge t'a rendu idiot.
TURELURE — Peut-être qu'il te rendra polie.
SICHEL — Tu vivras toujours, n'est-ce pas?
TURELURE — Je l'espère de toutes mes forces. L'expérience m'apprend que je survis à tout le monde.
SICHEL — Ce n'est pas l'avis de ton médecin.
TURELURE — J'en prendrai un autre.
SICHEL — Ni de ton fils sans doute.
TURELURE — Faudra bien qu'il s'y accoutume.
SICHEL — Si tu meurs, ayant épousé cette petite, — si tu meurs, dis-je...
TURELURE — J'ai bien entendu ! ce n'est pas la peine de répéter.