ACTE DEUXIÈME
Ça impressionne .C'est comme dans les romans.
Tout est de l'époque. On ne travaille plus comme ça aujourd'hui.
ALI — Also ! On me dit rien que les plombs une fois déjà aussi que vous avez arrachés,
Vous en avez eu pour dix mille francs.
TURELURE— C'est faux.
(// boif)
LOUIS — Voilà le chemin de fer qui va toucher Coûfontaine.
Il n'y a plus qu'à raser la baraque et à tout bazarder.
Quelle stupidité de tenir tellement à cette vieille terre, quand il y en a d'autres, toutes neuves et toutes chaudes, qui vous rapportent ce que vous voulez !
ALI — Des dattes.
TURELURE— Des dettes.
LOUIS — C'est gras, c'est fondant ! Une fois que vous avez extirpé les palmiers nains et toute la saloperie,
La charrue entre là-dedans sans aucun bruit, comme un sabre au travers d'un marchand de
LE PAIN DUR cacaouettes ! On n'en voit pas le fond.
Ça vous donne du blé comme du plomb zéra et des raisins à tous les ceps comme des paquets de boyaux.
TURELURE — Il n'y a pas d'autre terre que la terre de France.
ALI — Un an de blé, un an de betteraves. Blé, betteraves. Reblé, rebetteraves. Et encore du blé, et encore des betteraves. Et toujours du blé et sempiternellement des betteraves.
Trois pour cent dans les bonnes années. Tous les impôts à payer, [toute la sacrée boutique du Gouvernement sur votre dos.
Ce n'est pas vous qui avez la terre, c'est la terre qui vous tient par les bottes, une betterave entre les autres.
TURELURE — Pourquoi donc est-ce que vous avez tellement envie de ma terre de Dormant?
SICHEL — Il n'y a pas de spectacle plus désolant qu'un champ de betteraves.
L U M î R — Ça fait butter les chevaux.
LOUIS — Vous avez raison, père Ali ! Eh, disons-le, sambleu, il n'y a de vraie propriété que
ACTE DEUXIÈME celle qu'on a volée, parce qu'on en avait tellement envie I
Un bien qu'on a conquis les armes à la main et qu'on défend à coups de fusil ! "
Une putain de terre qui vous fout la fièvre et v dont vous êtes déterminé à faire ce qu'elle ne veut pas !
TURELURE — C'est comme ça qu'on a pris la Pologne, hé, hé !
ALI — Lisez l'histoire. Il n'y avait pas moyen de faire autrement que de la partager.
TURELURE — Cette méchante Pologne!
Oui, c'est elle qui a induit en tentation ses vertueux voisins. Ah, c'est là son grand crime qu'on ne peut lui pardonner !
— Vous ne dites rien, ma chère belle-fille?
L U M î R — Je cherche mon sac.
TURELURE — Le voici. Il était sous ma serviette. Qu'il est lourd ! Qu'est-ce qu'il y a dedans?
L U M î R , reprenant le sac. — Deux pistolets v chargés.
TURELURE — Otez l'un d'eux et faites une place pour mon cœur.
— Eh bien, père Ali, je crois qu'il est temps que nous en finissions et que nous réglions toutes ces affaires ensemble.
LOUIS — Mon père, vous savez que j'ai besoin de vous parler.
TURELURE — Est-ce tellement pressé?
LOUIS — Oui, c'est tellement pressé.
TURELURE — Eh bien, je suis à toi dès que j'aurai fini.
[Sortent TURELURE, AU et SICHEL.)